Article de 1250 mots ⏱️ 6 min de lecture

New Delhi. Le 79e anniversaire de l’Indépendance de l’Inde, célébré le 15 août, est devenu mémorable grâce à une émission spéciale diffusée à cette occasion, réunissant pour la première fois trois officières des forces armées ayant participé à l’« Opération Sindoor », menée en riposte à une attaque terroriste à Pahalgam, Jammu-et-Cachemire.

Colonel Sophiya Qureshi de l’Armée de Terre, Wing Commander Vyomika Singh de l’Armée de l’Air indienne, et Commander Prerna Deosthalee de la Marine indienne, toutes trois en uniforme, ont captivé les téléspectateurs en répondant avec aisance aux questions. Elles ont remporté 2,5 millions de roupies qu’elles ont fait don aux organismes de bienfaisance de leurs services respectifs.

L’émission, diffusée mondialement sur Sony, une des principales plateformes OTT, était animée par la superstar Amitabh Bachchan. Sa longévité exceptionnelle dans l’une des émissions télévisées les plus célèbres d’Inde, connue sous l’acronyme KBC (Kaun Banega Crorepati), lui assure un public international fidèle.

Lors de l’évocation des opérations militaires menées du 7 au 10 mai, le Colonel Qureshi, qui fut porte-parole auprès des médias internationaux, a expliqué comment les bases stratégiques situées le long de la frontière avaient été détruites. Il a également rappelé que le Corps de la Défense Aérienne avait neutralisé entre 300 et 400 drones, armés ou non, qui avaient pour but de mettre à l’épreuve les capacités opérationnelles et technologiques indiennes.

Sur l’émission, le trio a partagé ses parcours personnels, ses expériences en uniforme et leur conception du service à la nation.

Il ne s’agissait pas seulement de l’engagement contemporain des femmes dans les forces armées, phénomène encore récent, mais aussi de l’évoquer dans une perspective historique.

Le Colonel Qureshi, la plus expérimentée des trois, a évoqué la tradition militaire de sa famille : « Je viens d’une lignée où tout le monde a servi dans l’Armée. Les ancêtres de mon arrière-arrière-grand-mère combattaient aux côtés de Rani Lakshmi Bai… Je n’ai pas entendu de berceuses, mais seulement des récits de bravoure et d’histoires illustrant le courage », a-t-elle confié à un Amitabh Bachchan admiratif, sous les applaudissements du public présent et des millions de téléspectateurs à travers le monde. Un moment fort et émouvant pour beaucoup.

Rani Lakshmi Bai est une figure emblématique de la première Guerre d’Indépendance indienne de 1857, connue pour avoir combattu vaillamment, son jeune fils attaché dans son dos, jusqu’à sa mort sur le champ de bataille.

L’émission aurait pu poursuivre et offrir davantage de gains, mais elle s’est interrompue au moment où les trois officières allaient tenter de répondre à une question portant sur un gain potentiel de 5 millions de roupies, le buzzer indiquant la fin du temps imparti.

Cette participation féminine avait été organisée par le ministère de la Défense pour mettre en lumière le rôle croissant joué par les femmes officiers et sous-officiers dans l’Armée de Terre, l’Armée de l’Air et la Marine. Amitabh Bachchan, âgé de 81 ans, a assuré l’animation avec son charisme et sa voix imposante.

La Journée de l’Indépendance de l’Inde, célébrée le 15 août, était une date tout à fait appropriée pour cet hommage.

Il est à noter que la formation des officiers, hommes comme femmes, est désormais identique, avec un accent mis sur la guerre technologique, l’espace, et la connectivité en temps réel entre les différents moyens terrestres, maritimes et aériens.

Une rencontre entre soldats et cinéma empreinte de respect

Parmi les questions posées, une portait sur l’histoire : « L’« Arc du Souvenir » à Leicester, en Angleterre, a été conçu par le même architecte que lequel de ces monuments indiens ? » Les propositions étaient Victoria Memorial, Gateway of India, Fort St. George et India Gate. Avec l’aide du public, elles ont correctemment répondu India Gate, remportant ainsi la somme.

L’Arc du Souvenir à Leicester est un mémorial de guerre dessiné par Sir Edwin Lutyens, le célèbre architecte derrière plusieurs monuments emblématiques en Inde, dont l’India Gate à New Delhi, dédié aux soldats indiens tombés lors de la Première Guerre mondiale.

Que l’on qualifie cela d’opération de relations publiques ou non, l’accueil du public a été très positif, offrant une nouvelle dynamique à la convergence entre soldats et cinéma en Inde.

Contrairement à certains pays, la relation entre soldats et population est harmonieuse en Inde. Depuis son indépendance, l’Inde n’a jamais connu de régime militaire, et la population affiche un profond respect pour ses forces armées. Les enfants comme les personnes âgées saluent spontanément l’apparition d’un uniforme dans la rue.

Le lien entre armée et cinéma est ancien, même avant l’indépendance. Des personnalités du cinéma sont intervenues régulièrement pour soutenir l’armée et le public en période de conflits. Le regretté acteur Sunil Dutt, par exemple, menait des troupes d’artistes sur les frontières pour divertir les soldats, tandis que des spectacles de charité étaient organisés pour venir en aide aux familles des militaires. Les chansons de ces époques résonnent encore chaque 15 août.

Comme l’a souligné l’ancien chef d’état-major de l’armée, le général (rtd.) MM Naravane : « En Inde, la relation entre soldats et cinéma est multifacette, mêlant représentations patriotiques et parfois controverses. Les films de guerre célèbrent souvent l’Armée indienne et ses soldats, tout en reflétant les valeurs sociétales et en influençant la perception publique des forces armées. »

« La profession militaire et le cinéma, bien que très différents, ont en commun leur apport fondamental à la construction nationale », a-t-il ajouté lors d’un discours.

« Nous avons grandi en regardant des films de guerre tels que Vijeta et Hindustan ki Kasam, mais pour les jeunes générations, je mentionnerai Border, Uri et plus récemment Sher Shah. »

Il a également rappelé le fameux chant patriotique “Ae Mere Watan Ke Logon”, composé et interprété après le conflit de 1962 avec la Chine, qui a profondément ému la nation à l’époque et fut inclus lors de la cérémonie du Beating Retreat cette année-là, à l’occasion du grand défilé de la République, chaque 26 janvier.

Les films de guerre participent intrinsèquement au sentiment nationaliste : « Uri : The Surgical Strike », traitant de l’attaque de 2017 au Cachemire, a permis de faire connaître au grand public les réalités du champ de bataille, soulignant les sacrifices et les défis des soldats.

Bien que la plupart des combats récents se soient concentrés dans le nord de l’Inde, le cinéma du sud du pays a également produit des œuvres telles que Roja, Keerthi Chakra, Amaran et Sita Ramam. Ces films ont contribué à rendre hommage à l’Armée indienne, à l’Armée de l’Air et à la Marine, en mettant en scène des héros incarnant courage, dévouement et patriotisme.