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À l’horizon août 2025, l’Armée de l’air indienne (IAF) fait face à une pression croissante pour renforcer ses capacités de détection et de contrôle aéroportés (AEW&C) dans un contexte de menaces grandissantes venant de la Chine et du Pakistan. Lors d’un entretien récent avec l’Institut de l’Armée de l’air (AFI), l’analyste en défense Ranesh Rajan a souligné que l’IAF aurait besoin d’au moins 12 avions AEW&C supplémentaires afin de gérer efficacement un scénario de guerre sur deux fronts. Cette analyse rejoint d’autres études qui préconisent une flotte d’au moins 20 appareils pour garantir une couverture continue et superposée des fronts ouest (Pakistan) et nord (Chine).

Actuellement, l’Inde ne dispose que de six avions AEW&C opérationnels — trois AWACS Phalcon israéliens et trois systèmes indigènes Netra — un nombre bien inférieur aux 10 à 12 plateformes pakistanaises et à la flotte chinoise qui compte plus de 40 appareils. Ce déséquilibre crée des lacunes critiques en matière de conscience situationnelle, de gestion tactique des combats et de coordination des opérations aériennes, comme l’a révélé le conflit récent « Operation Sindoor » en mai 2025.

L’importance d’accroître la flotte résulte de l’évolution rapide de la situation régionale. Le Pakistan, après avoir perdu deux de ses Saab 2000 Erieye AEW&C — l’un abattu par un système indien S-400, l’autre lors d’une frappe de missile sur la base aérienne de Bholari — cherche à renforcer sa flotte en négociant l’acquisition de plateformes chinoises KJ-500. Quant à la Chine, ses systèmes KJ-500 et KJ-3000, intégrés aux vastes moyens de la Force aérienne populaire de libération (PLAAF), assurent une surveillance quasi permanente sur l’Indo-Pacifique. Pour l’Inde, ces développements accentuent le besoin d’un développement rapide et d’un approvisionnement indigène pour préserver la supériorité aérienne.

Un parc AEW&C indien modeste mais technologique

La flotte indienne, bien que partiellement avancée sur le plan technologique, demeure quantitativement insuffisante pour couvrir ses vastes frontières sur une longue durée. Les plateformes en service sont :

  • Trois AWACS Phalcon israéliens : installés sur des Il-76 russes, ces avions offrent une couverture radar à 360° avec une portée de détection pouvant atteindre 400 km. Mis en service entre 2009 et 2011, ils constituent le noyau central de gestion tactique de l’IAF mais sont limités par le vieillissement des cellules et des difficultés de maintenance dues à la dépendance aux pièces russes. En 2025, ils restent opérationnels mais nécessitent des améliorations pour prolonger leur durée de vie.
  • Trois AEW&C Netra indigènes : développés par l’Organisation de recherche et développement de la défense (DRDO) sur la plateforme brésilienne Embraer ERJ-145, ces appareils proposent une couverture radar de 240° avec une portée de détection de 200 à 450 km. Le premier a été livré en 2017, le troisième en 2019. Ils ont démontré leur efficacité lors d’opérations telles que la frappe aérienne de Balakot en 2019 et l’Operation Sindoor, assurant une fusion de données en temps réel intégrée au système de commandement aérien intégré (IACCS).

Cette flotte limitée permet une couverture réduite, avec seulement environ 80% de disponibilité en raison des besoins de maintenance et de rotation. Par comparaison, le Pakistan exploite neuf Saab 2000 Erieye AEW&C (360°) et quatre ZDK-03 Karakoram Eagle chinois, assurant une surveillance 24h/24. La Chine, quant à elle, dispose de plus de 20 KJ-500, quatre KJ-200 et quatre KJ-2000, tandis que le nouveau KJ-3000 (basé sur le Y-20) est en phase d’essais, promettant une endurance et une portée accrues.

Les programmes indigènes à venir : Netra Mk-1A et Mk-2

Pour remédier à ces insuffisances, l’Inde porte deux principaux programmes menés par la DRDO dans le cadre de l’initiative « Atmanirbhar Bharat », visant à atteindre un contenu local de 78%. Ces projets ambitionnent de presque tripler la flotte d’ici le milieu des années 2030, en ajoutant 12 appareils tout en renforçant la souveraineté technologique.

  • Six Netra Mk-1A sur plateformes Embraer ERJ-145 : approuvés par le Conseil d’acquisition de la Défense (DAC) en mars 2025 avec une Validation de Nécessité (AoN), ce programme de 9 000 crore INR (environ 1,1 milliard de dollars) améliore la conception Netra existante. Les appareils seront acquis sur le marché secondaire faute de production neuve et intégreront des radars AESA à base de nitrure de gallium (GaN) offrant une portée accrue à 450 km et une couverture de 240°. Les améliorations incluront des suites de guerre électronique avancées, une intégration dans les réseaux de combat et une meilleure endurance. Les livraisons sont attendues dans les cinq ans, fournissant un renfort rapide. Selon un rapport de juillet 2025 d’India TV, ces appareils bénéficieront aussi de technologies prévues pour le Mk-2, telles qu’une meilleure résistance au brouillage et le suivi de plus de 60 cibles simultanément.
  • Six Netra Mk-2 sur plateformes Airbus A321 : approuvé par le Comité de sécurité du Cabinet (CCS) en juillet 2025 pour un coût de 19 000 à 20 000 crore INR (2,2 à 2,4 milliards de dollars), ce projet transforme six anciens A321 d’Air India. Les modifications, réalisées dans des usines Airbus en Espagne ou France, comprendront des renforcements structurels, des groupes électrogènes auxiliaires et un radar AESA dorsal offrant une couverture à 300° (un antenne frontale améliorera la surveillance frontale). Le radar GaN, dérivé de l’Uttam AESA, pourrait atteindre 360° et suivre des missiles balistiques jusqu’à 600 km. Les essais sont programmés pour 2029, avec une première livraison attendue entre 2030 et 2033. Un dépassement de budget de 7 000 crore a été signalé en raison de modifications additionnelles, mais ce programme s’inscrit dans la logique d’autonomie, impliquant HAL, BEL et des entreprises privées comme Adani Defence.

Un autre projet d’AWACS avancé basé sur Airbus A330, offrant une couverture complète à 360° et une portée de 400 km, est toujours en suspens en raison d’une escalade des coûts et de facteurs géopolitiques. Initialement approuvé en 2015 pour deux unités à 5 113 crore INR, il a été retardé par des contraintes budgétaires et la priorité donnée au Netra Mk-2 sur A321.

Plateforme Quantité Couverture Portée de détection Statut (août 2025) Caractéristiques principales
Phalcon AWACS (Il-76) 3 360° 400 km Opérationnel Gestion tactique ; cellules vieillissantes
Netra Mk-1 (ERJ-145) 3 240° 200-450 km Opérationnel Indigène ; intégration IACCS
Netra Mk-1A (ERJ-145) 6 240° 450 km AoN validé (mars 2025) ; livraisons sous 5 ans Radar AESA GaN ; améliorations guerre électronique
Netra Mk-2 (A321) 6 300° (jusqu’à 360°) 450-600 km CCS approuvé (juillet 2025) ; premier vol 2026-2027 Radars dorsal + nez ; sonde ravitaillement
A330 AWACS 6 (proposé) 360° 400 km Retardé Escalade des coûts ; en révision

La recommandation de Rajan d’ajouter 12 avions découle des exigences stratégiques d’un conflit sur deux fronts, où les menaces simultanées de la Force aérienne pakistanaise (PAF) agile, disposant de neuf Erieye et quatre ZDK-03, et de la PLAAF chinoise, avec plus de 40 AEW&C dont le KJ-500, pourraient saturer les moyens limités de l’Inde. Lors de l’Operation Sindoor (mai 2025), les systèmes Netra et Phalcon ont fourni des données en temps réel essentielles, mais leur insuffisance a obligé à recourir à des radars au sol, révélant des vulnérabilités majeures. Les analystes estiment qu’une vingtaine de plateformes sont nécessaires pour assurer une couverture permanente : dix pour le front occidental (frontière de 3 323 km avec le Pakistan) et dix pour le front nord (politique fron­tière de 3 488 km avec la Chine).

D’ici 2035, une flotte de 18 à 24 appareils AEW&C pourrait métamorphoser l’Armée de l’air indienne en une force centrée sur le réseau, compensant le déficit numérique face à ses adversaires grâce à une intégration supérieure. Comme le souligne Rajan, « dans une guerre sur deux fronts, avoir des yeux dans le ciel n’est pas un luxe, c’est une nécessité ». Face aux tensions persistantes et aux récents conflits comme Sindoor, l’accélération du programme AEW&C indigène constitue un impératif stratégique pour la stabilité régionale et la dissuasion.