Le conflit indo-pakistanais de 2025, connu sous le nom d’Opération Sindoor, a marqué une escalade importante des tensions entre les deux puissances nucléaires, avec des frappes de précision indiennes ciblant des infrastructures terroristes au Pakistan et dans la région du Cachemire occupée par le Pakistan (PoK). Dans ce contexte, un post révélateur publié sur X le 18 août 2025 par l’utilisateur @KesariDhwaj met en lumière la raison pour laquelle l’armée pakistanaise a reconnu publiquement la mort de soldats du Punjab Regiment durant l’opération, alors qu’elle avait historiquement nié celle de soldats de la Northern Light Infantry (NLI) lors de conflits comme la guerre de Kargil en 1999.
L’analyse souligne des dynamiques sociopolitiques profondes au sein de l’armée pakistanaise, où les soldats du Punjab, foyer historique de l’armée, bénéficient d’un traitement privilégié par rapport à ceux issus de régions marginalisées comme le Gilgit-Baltistan. Cette reconnaissance sélective, motivée par la crainte de réactions politiques, met en lumière des inégalités systémiques dans la culture militaire pakistanaise et relance le débat sur le traitement réservé aux soldats tombés au combat.
@KesariDhwaj explique pourquoi l’armée pakistanaise s’est sentie obligée de reconnaître publiquement les pertes du Punjab Regiment durant l’Opération Sindoor. Ce régiment d’infanterie, le plus important de l’armée pakistanaise, recrute majoritairement dans la province du Punjab, qui représente plus de 50 % de la population pakistanaise et constitue le cœur politique et culturel des forces armées. Ces soldats, issus de communautés influentes, ne sont pas considérés comme « jetables » par l’état-major. Ne pas honorer leur mémoire risquerait de provoquer l’ire de familles punjabi puissantes et d’engendrer des troubles politiques, un coût que l’armée ne peut se permettre compte tenu de la domination du Punjab dans la vie politique nationale.
Le 16 août 2025, les médias pakistanais ont brièvement publié une liste d’environ 150 soldats tués lors des frappes indiennes, principalement issus du Punjab Regiment, avant de la retirer. Un lien archivé partagé par OSINT Updates sur X a confirmé des pertes supérieures à celles officiellement admises, remettant en question l’affirmation initiale de l’Inter-Services Public Relations (ISPR) qui ne reconnaissait que 11 morts militaires. Cette divulgation, bien que temporaire, constitue une rupture avec la politique antérieure, reflétant un impératif de ménager les familles influentes du Punjab. Comme le souligne @KesariDhwaj, « L’armée pakistanaise ne peut se permettre de s’aliéner les familles de ces soldats en refusant de reconnaître leur décès. »
En revanche, le traitement réservé aux soldats de la Northern Light Infantry (NLI) lors de la guerre de Kargil en 1999 révèle un schéma de négligence. À l’époque, la NLI, alors force paramilitaire placée sous la Force Command Northern Areas (FCNA), recrutait dans la région marginalisée du Gilgit-Baltistan, caractérisée par une diversité ethnique (49 % chiites, 23 % ismaéliens, 18 % sunnites) et dénuée d’influence politique significative. Durant le conflit, les unités de la NLI, notamment le 6ème Bataillon à Skardu, ont affronté les combats les plus intenses. Malgré ces sacrifices et l’attribution à titre posthume du Nishan-e-Haider, la plus haute distinction militaire pakistanaise, l’armée a souvent rejeté ces pertes en qualifiant ces soldats de « militants » afin d’éviter de reconnaître une incursion militaire officielle.
@KesariDhwaj souligne le traitement inhumain réservé aux soldats de la NLI : « Les corps des soldats locaux étaient abandonnés en pleine nuit devant leurs domiciles, enveloppés dans des draps blancs », sans cérémonies militaires appropriées. Cette attitude s’explique par le fait que ces soldats, issus de petites tribus du Gilgit-Baltistan telles que les Baltees, Shins ou Yashkuns, étaient considérés comme « jetables » et sans impact politique. La NLI a été intégrée au sein d’un régiment d’infanterie régulier en 2008, une reconnaissance tardive de leur importance, mais les stigmates de 1999 persistent, les familles continuant à souffrir d’un manque d’aide et de reconnaissance.
Cette disparité dans la reconnaissance des pertes reflète la hiérarchie militaire et les réalités sociopolitiques du Pakistan. La prééminence du Punjab garantit que ses soldats reçoivent des hommages publics, l’ISPR diffusant noms et photos des personnels du Punjab Regiment et des techniciens de la Force aérienne pakistanaise (PAF) tombés lors de l’Opération Sindoor. En revanche, la marginalisation de la NLI durant la guerre de 1999 a permis à l’armée pakistanaise d’éluder ses responsabilités, une option impossible avec les unités punjabi, dont les familles jouissent d’une influence notable. Comme le rappelle @KesariDhwaj, « L’armée pakistanaise ne peut pas agir ainsi avec les soldats du Punjab, sous peine de graves conséquences. »
Cette inégalité a également des impacts politiques. La promotion du général Asim Munir au rang de maréchal des armées après l’Opération Sindoor, malgré des pertes sévères, a été moquée par le chef d’état-major de l’armée indienne, le général Upendra Dwivedi, qui l’a qualifiée de « revendication de victoire creuse ». Cette décision visait à renforcer le moral interne, en particulier au Punjab, mais a été critiquée sur les réseaux sociaux comme un voile sur des échecs opérationnels. Parallèlement, le traitement négligent réservé aux soldats du Gilgit-Baltistan attise la rancune dans cette région où la population subit déjà une discrimination systémique. Selon le Atlantic Council, l’Opération Sindoor a unifié les forces politiques fragmentées du Pakistan, mais ce traitement différencié des victimes risque de raviver des tensions régionales.