L’Ukraine a confirmé le naufrage du navire de renseignement Simferopol à la suite du premier raid russe mené par un drone naval. Cet événement marque un changement tactique important dans la guerre navale en mer Noire, tout en soulignant la vulnérabilité des rares objectifs flottants encore disponibles pour la marine ukrainienne.
Dmytro Pletenchuk, porte-parole de la marine ukrainienne, a confirmé que le navire de renseignement Simferopol a été attaqué dans le delta du Danube par un véhicule de surface sans équipage (USV) russe à grande vitesse. L’assaut a causé la mort de deux marins, plusieurs blessés, ainsi que la disparition de membres de l’équipage, tandis que la majorité des marins a pu être secourue.
Le ministère russe de la Défense et les médias de Moscou ont rapporté le naufrage du navire après l’impact. Cependant, Pletenchuk a précisé qu’il ne pouvait pas « confirmer cette information » dans l’immédiat. Les versions contradictoires ont laissé planer une incertitude quant à l’état exact du navire juste après l’attaque, même si des images vidéo ont bel et bien montré le drone s’approchant avant de provoquer une explosion.
L’attaque a eu lieu à quelques mètres des eaux roumaines, soulignant la sensibilité géographique des opérations navales dans les espaces fluviaux et côtiers. Les analystes qualifient ce type de navire auxiliaire, lent et vulnérable, d’exposé aux menaces comme celle-ci dans des zones confinées. Les opérations de recherche des marins portés disparus se poursuivent, ce qui reflète la difficulté à établir un bilan clair dans l’immédiat après les combats.
Le contexte régional montre une vigilance accrue. Le jour précédent l’attaque, des avions de patrouille maritime P-8A Poseidon de l’US Navy ont été observés survolant l’ouest de la mer Noire, illustrant la montée en puissance de la surveillance face à l’essor des véhicules navals sans équipage. Ces éléments font de cet incident non seulement une perte tactique, mais aussi un signal fort des dangers croissants dans les zones maritimes contestées proches de l’OTAN.
Le Simferopol (A505), classé comme navire de reconnaissance moyen, avait été développé dans le cadre du programme Laguna à partir du coque inachevée d’un chalutier Projet 502EM dans le chantier naval Kuznia na Rybalskomu à Kiev. Mis à l’eau le 23 avril 2019, il a été acheminé jusqu’à Odessa par voies fluviales pour y réaliser ses essais en 2020, avant d’être officiellement baptisé en décembre de la même année. Entré en service en 2021, il représentait une intégration récente dans la flotte auxiliaire ukrainienne. La conversion en navire de reconnaissance a illustré la capacité d’adaptation ukrainienne pour transformer un coque civile incomplète en plate-forme de collecte de renseignement en mer.
Sa mission couvrait la reconnaissance radioélectrique, radiotechnique, radar et électro-optique. L’équipement principal était le système de renseignement radio passif Melchior, capable de détecter des émissions jusqu’à 450 km et de suivre simultanément jusqu’à 200 cibles maritimes, aériennes ou côtières. Le système comprenait également un radar de navigation Delta-M et des radiogoniomètres numériques large bande importés, acquis en 2019.
En juillet 2023, le Simferopol était doté d’une unique pièce d’artillerie AK-306 de 30 mm pour la défense rapprochée, complétée par des lanceurs portables de défense aérienne. Cet armement limité reflétait la vocation spécifique du navire à l’intelligence plutôt qu’au combat direct. Ses caractéristiques techniques comprenaient une longueur de 54,8 mètres, une largeur de 9,8 mètres, un tirant d’eau de plus de quatre mètres, un déplacement standard de 1 220 tonnes, une vitesse maximale de 11,6 nœuds, une autonomie de 28 jours ou 7 200 milles nautiques, avec un équipage de 29 personnes.
L’attaque russe marque la première utilisation confirmée en opération d’un drone naval contre un navire ukrainien, traduisant une nouvelle phase dans l’adoption des systèmes sans équipage par la Russie. Moscou avait annoncé auparavant la création d’unités dédiées et la formation de cadets à l’usage de drones navals, avec la présentation de prototypes en juillet 2025.
Des sources publiques ont noté que certaines de ces plateformes sans équipage possédaient des portées de contrôle limitées, poussant à tester des réseaux de relais pour étendre leur rayon d’action. Le succès de l’attaque contre Simferopol démontre que ces systèmes ont atteint la maturité nécessaire à un emploi opérationnel. Le même jour, l’agence de renseignement militaire ukrainienne a rapporté des dégâts sur un navire russe équipé de missiles Buyan-M dans la baie de Temryuk, infligés par des drones aériens et des avions d’assaut, illustrant que les deux camps intègrent désormais des systèmes non habités dans leurs opérations maritimes offensives.
Cette attaque, potentiellement responsable du naufrage du Simferopol, réduit considérablement la flotte ukrainienne déjà limitée de navires de reconnaissance spécialisés. La marine ukrainienne ne compte que peu de plateformes de ce type, ce qui fait de cette perte un coup dur pour ses capacités de renseignement électronique en mer et pour sa surveillance au-delà des radars côtiers et postes terrestres fixes.
Des navires espions comme le Simferopol fournissent une capacité de collecte mobile d’informations de terrain dans des zones contestées, offrant un avantage notable par rapport aux satellites ou aux installations fixes. Ils permettent de suivre les mouvements des flottes adverses, de localiser leurs émissions et de collecter les signaux électroniques des systèmes russes dans la région de la mer Noire.
Privée de ce navire, l’Ukraine voit sa capacité à analyser ces signaux s’affaiblir, la poussant à dépendre davantage des drones, des stations terrestres et du soutien des services de renseignement alliés. La destruction du navire ne se traduit donc pas uniquement par une perte quantitative, mais affaiblit aussi une fonction de renseignement spécialisée difficile à remplacer rapidement.