Les petits drones sont devenus l’une des menaces les plus dangereuses sur les champs de bataille actuels, à l’instar des engins explosifs improvisés (EEI) qui dominaient les conflits en Irak et en Afghanistan. Peu coûteux, mortels et difficiles à contrer, des quadricoptères chargés d’explosifs ou utilisés pour la surveillance ont détruit des chars, stoppé des convois et causé de nombreuses pertes humaines. Face à cette évolution, l’armée américaine s’efforce de rattraper son retard, tant sur le plan offensif que défensif.
Du côté de la défense, des solutions telles que les armes à énergie dirigée (lasers), des systèmes à micro-ondes capables de paralyser l’électronique des drones, ou encore des drones intercepteurs sophistiqués ont été développés. Toutefois, pour un soldat en patrouille au sein d’un petit escadron ou posté en avant, ces systèmes lourds restent peu adaptés. C’est précisément là qu’intervient le Projet Flytrap.
En juin 2025, lors de l’exercice Defender Europe 25, Flytrap 4.0 – un projet commun entre les États-Unis et le Royaume-Uni – a été testé avec succès. L’objectif est de concevoir un système de défense multicouche destiné aux soldats individuellement, au niveau escadron, un maillon trop souvent délaissé dans la défense antimissile et antidrones.
Le Projet Flytrap a été initié au sein du Rapid Capabilities and Critical Technologies Office (RCCTO) de l’armée américaine, sous la forme d’une initiative portée par les besoins concrets des combattants. Plutôt que d’attendre le développement de technologies coûteuses, Flytrap combine des équipements commerciaux modifiés, des systèmes standards adaptés et des capteurs militaires afin de fournir un dispositif défensif modulaire, facile à utiliser et nécessitant peu de formation.
Contrairement à des systèmes plus onéreux comme le DE M-SHORAD ou les armes à micro-ondes encore en développement, Flytrap est conçu pour un déploiement rapide à grande échelle et une utilisation efficace en conditions de combat par les soldats eux-mêmes.
Le dernier test a notamment impliqué des unités de l’US Army Europe et Africa, principalement la 3e division d’infanterie américaine, la 7e brigade légère mécanisée britannique ainsi que des équipes du RCCTO, du Army Futures Command et du Bureau conjoint de lutte contre les véhicules aériens sans pilote ennemis (JCO).
Au cours de l’exercice, les soldats ont affronté des scénarios simulant des essaims de drones FPV (First Person View) venant de multiples directions, des quadricoptères kamikazes exploitant le terrain pour des attaques surprises, des environnements sans GPS, ainsi que des menaces à charges utiles variées.
Le test ne portait pas uniquement sur la performance des équipements, mais aussi sur la rapidité avec laquelle les chefs subalternes et utilisateurs pouvaient intégrer ces dispositifs dans leur rythme tactique.
Un système de défense multicouche
Flytrap ne représente pas un seul appareil, mais un système constitué de différents composants jouant des rôles complémentaires pour détecter, perturber et neutraliser les drones ennemis.
La première couche, la détection, est assurée par plusieurs dispositifs. Des images issues de l’exercice montrent des panneaux radar, des optiques électro-optiques et infrarouges ainsi que des systèmes d’écoute passive.
- Système radar Echoshield : Un dispositif compact et léger, capable de détecter les petits drones à faible signature radar, notamment monté sur un véhicule Stryker.
- Radar RADA RPS-42 : Un radar à couverture 360 degrés avec une portée de détection jusqu’à 30 mètres, déjà employé par le Corps des Marines américain sur les véhicules MADIS et L-MADIS.
- Système d’écoute passive Skyview : Un dispositif mobile pouvant détecter les menaces à plus de 500 mètres en écoutant les émissions des drones, similaire au réseau d’alerte précoce utilisé en Ukraine.
Cette visibilité accrue sur l’espace aérien permet aux soldats de choisir des positions plus sûres, de dissimuler leurs emplacements ou de préparer les contre-mesures.
Une fois les drones détectés, les soldats passent à la couche de brouillage et de neutralisation électronique :
- NightFighter-S : Un système perturbant les fréquences de contrôle 2,4 et 5,8 GHz et pouvant également désactiver la navigation des drones.
- DroneBuster, DroneGun, Drone Defender : Des dispositifs portatifs en forme de fusil qui brouillent les signaux de commande des drones.
- Wingman et Pitbull : Deux dispositifs portatifs. Le Wingman détecte les drones et alerte le soldat, qui peut alors activer le Pitbull pour brouiller les émissions radio.
Ces outils permettent aux soldats de désactiver ou de déranger les drones ennemis avant qu’ils ne causent des dommages, soit en les forçant à s’écraser, soit en faisant revenir le drone vers son opérateur et en dévoilant ainsi sa position.
Dans certains cas, les drones ne peuvent pas être brouillés, notamment s’ils fonctionnent en autonomie grâce à l’intelligence artificielle, sans liaison radio. Il faut alors recourir à la destruction physique :
- Optique SMASH 2000 : Un système avancé monté sur fusil, doté d’un ordinateur qui verrouille automatiquement la cible et tire au moment optimal.
- Fusils à pompe et munitions SkyNet : Des cartouches capables de projeter un filet pour neutraliser les hélices des drones jusqu’à 128 mètres.
- Drone contre drone : L’armée américaine teste aussi des drones de combat, par exemple un quadricoptère équipé d’une charge Claymore capable de détruire un drone à voilure fixe.
Ces trois couches de défense intègrent les enseignements tirés des conflits actuels—en Ukraine, dans la bande de Gaza, et ailleurs—et offrent aux soldats un éventail de moyens adaptés pour se défendre au niveau de l’escadron, là où ils restent les plus vulnérables.
Consciente que les petits drones font désormais partie intégrante du paysage militaire moderne, l’Armée américaine mise sur Flytrap, un système conçu pour être abordable, modulaire et flexible, avec des solutions opérationnelles immédiatement disponibles, et non dans plusieurs années.
Le Projet Flytrap, encore en évolution, illustre la volonté de combler une lacune majeure dans la protection des soldats déployés au plus proche du terrain, renforçant ainsi la capacité des forces à répondre efficacement aux menaces aériennes furtives et mobiles.