Article de 959 mots ⏱️ 5 min de lecture

L’Inde s’apprête à franchir une étape majeure dans le renforcement de ses capacités de défense aérienne avec le développement du projet Kusha, un système indigène de missiles sol-air longue portée (LR-SAM) destiné à rivaliser avec des références mondiales telles que le système russe S-400. Selon un rapport du Times of India, l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO) prévoit de commencer les essais du missile M1, capable d’intercepter à 150 km, dès 2026.

Les tests seront suivis par le missile M2 (portée de 250 km) en 2027, puis le missile M3 (portée de 350 km) en 2028, qui constitueront l’ossature d’un système de défense aérienne et antimissile multi-couches dans le cadre de la ambitieuse Mission Sudarshan Chakra (MSC). Lancée par le Premier ministre Narendra Modi, cette initiative vise à offrir une couverture sécuritaire globale aux zones stratégiques et civiles d’ici 2035. Voici un aperçu détaillé du projet Kusha et de ses enjeux pour le paysage défense indien.

Le projet Kusha, également connu sous le nom de système de défense aérienne à portée étendue (ERADS) ou Programme de missile sol-air longue portée (PGLRSAM), est une initiative dirigée par le DRDO visant à concevoir un système de défense aérienne entièrement automatisé et transportable, capable de neutraliser une large gamme de menaces aériennes. Cela inclut les avions ennemis, les chasseurs furtifs, les missiles de croisière, les drones et les munitions guidées de précision. Approuvé par le Comité de sécurité du Cabinet en mai 2022 avec un budget de 21 700 crores de roupies (environ 2,6 milliards de dollars) pour cinq escadrons de l’Indian Air Force (IAF), ce projet est un pilier de la MSC, qui ambitionne de mettre en place un bouclier de défense multi-couches comparable au Dôme de fer israélien ou au projet américain Golden Dome.

Le système comprendra trois variantes d’intercepteurs — M1, M2 et M3 — offrant des portées et des capacités croissantes, allant combler le fossé entre le missile sol-air moyenne portée MR-SAM (80 km) et le S-400 russe (400 km). L’IAF, en tant qu’agence principale, prévoit de déployer huit escadrons pour un coût total d’environ 40 000 crores de roupies (4,7 milliards de dollars), tandis que la Marine indienne intégrera le M1 ainsi qu’une version navale du M2 pour ses missions de défense maritime.

Le missile intercepteur M1, dont les essais sont prévus pour septembre 2026, est conçu pour neutraliser une menace située à 150 km. Il est équipé d’un système de poursuite à réseau à balayage électronique actif (AESA), combinant guidage infrarouge (IR) et radiofréquence (RF), et propulsé par un moteur-fusée à propergol solide à double impulsion. Sa probabilité d’élimination d’une cible en un tir unique dépasse 80%, pouvant atteindre jusqu’à 98,5% en mode salve. Son véhicule d’interception compact de 250 mm de diamètre, doté d’un système de stabilisation et de suivi du chercheur (SSTS) et d’un contrôle vectoriel de poussée, lui confère une grande maniabilité face à des cibles agiles telles que les chasseurs furtifs et les drones.

Le missile M2, prévu pour des essais en 2027 avec une portée de 250 km, reprend le véhicule d’interception de 250 mm du M1, mais utilise un propulseur plus puissant pour s’attaquer à des menaces avancées, notamment les systèmes d’alerte et de contrôle aéroportés (AEW&C) ainsi que les missiles balistiques antinavires (ASBM). Une variante navale du M2, dotée d’une portée de 200 à 300 km, est développée pour intercepter des ASBM volant à Mach 7, renforçant ainsi la capacité de la Marine indienne à protéger ses navires contre des menaces comme le missile chinois DF-21D, surnommé « tueur de porte-avions ».

Le missile M3, programmé pour des essais en 2028, étend la portée jusqu’à 350-400 km, comparables au missile 40N6E du S-400. Il est capable de cibler des actifs stratégiques de haute valeur tels que les avions de surveillance AWACS, les ravitailleurs en vol et les avions de transport. Le M3 offre par ailleurs des capacités limitées de défense antimissile balistique (BMD) contre les missiles balistiques à courte et moyenne portée (SRBM et IRBM). Son véhicule d’interception, plus large avec un diamètre de 450 mm, améliore son aptitude à engager des cibles lointaines et complexes.

Le DRDO, en collaboration avec Bharat Electronics Limited (BEL) et des industriels comme Larsen & Toubro, a achevé la phase de conception du missile M1, et la fabrication du prototype était en cours en août 2025. Le premier tir d’essai, initialement prévu en septembre 2025, a été décalé à 2026, suivi par une série d’essais utilisateurs sur une période de 12 à 36 mois. Les tests des M2 et M3 sont planifiés pour 2027 et 2028, avec une induction progressive dans l’IAF et la Marine entre 2028 et 2030.

Des défis restent néanmoins à relever. L’intégration complexe des radars avancés, des systèmes d’intelligence artificielle et des intercepteurs avec les plateformes existantes telles que l’Akash, le MR-SAM et le S-400 nécessite une interopérabilité parfaite. Des retards dans le développement des prototypes ou dans les essais utilisateurs, comme cela a été observé sur d’autres programmes du DRDO, pourraient repousser la disponibilité opérationnelle. Par ailleurs, la dépendance à certains composants importés pour les prototypes initiaux, ainsi que la nécessité de développer des sous-systèmes indigènes, tels que des chercheurs et radars de pointe, représentent autant de défis techniques majeurs.