Les pilotes de la Marine américaine considèrent souvent être les meilleurs au monde – demandez-leur – et la raison principale qu’ils avancent est difficilement contestable : ils atterrissent sur des porte-avions. Que ce soit en mer calme sous un ciel dégagé ou sur un pont balloté par une tempête nocturne, la maîtrise de l’appontage, ou “trap”, est au cœur de l’aviation navale.
Mais dans un changement majeur concernant la formation des aviateurs, la Marine et le Corps des Marines ont récemment revu leur programme de formation au vol. Désormais, les pilotes obtiennent leur diplôme d’école de pilotage et reçoivent leurs « Wings of Gold » — la désignation officielle des brevets de pilote de la Marine — sans avoir à réaliser un atterrissage sur porte-avions.
« La dernière qualification d’appontage de frappe sur porte-avions a eu lieu en mars 2025 », a déclaré un responsable de la Marine. « Les stagiaires de la filière de frappe, ceux formés pour piloter les F/A-18, F-35 et EA-18G, ne sont plus obligés de valider leur qualification en atterrissant sur un porte-avions avant leur graduation. »
Selon Sterling Gilliam, capitaine de la Marine à la retraite et actuel directeur du National Naval Aviation Museum à Pensacola, en Floride, les pilotes candidats approchant la fin de leur formation initiale devaient auparavant effectuer au moins un vol vers un porte-avions pour enchaîner une série d’appontages et de catapultages. Ces phases pratiques étaient perçues comme le rite de passage ultime avant de décrocher leurs ailes, après plusieurs semaines de simulateurs sur terre.
« C’est ce qui rend l’aviation navale unique », a expliqué Sterling Gilliam. « L’audace a toujours caractérisé l’aviation navale, et la singularité des opérations sur porte-avions, notamment les lancements et récupérations d’aéronefs à voilure fixe, nécessite un haut degré de compétence, de pratique et de professionnalisme. »
Cependant, ce nouveau parcours de formation semble justifié aux yeux de la Marine et devrait peu impacter la compétence finale des pilotes. Depuis mars, les pilotes destinés à servir sur porte-avions valideront leurs qualifications d’appontage après avoir obtenu leurs ailes, lors de leur intégration dans les escadrons de flotte de remplacement chargés de leur formation sur les avions de combat qu’ils piloteront ensuite.
Ce changement radical est lié à une évolution du matériel utilisé lors de la formation. Pendant des décennies, les pilotes de chasse embarqués s’entraînaient près d’un an sur le T-45 Goshawk, un jet d’entraînement haute performance capable de supporter les rigueurs des appontages. Ceux qui se destinaient aux hélicoptères ou aux avions de transport basés à terre suivaient une filière distincte, sans formation sur T-45 ni appontages.
Toutefois, la Marine progresse vers le retrait des T-45 vieillissants au profit d’un nouvel avion d’entraînement, encore non spécifié, en développement dans le cadre du programme Undergraduate Jet Training System (UJTS). Ce nouvel appareil ne disposera pas du train d’atterrissage renforcé indispensable aux appontages, ce qui permettra de réduire son coût d’acquisition ainsi que ses coûts de maintenance en évitant les contraintes liées aux nombreuses opérations sur porte-avions.
Mais ne faudrait-il pas que les pilotes destinés à une carrière sur porte-avions commencent à s’exercer à cette compétence dès leur formation initiale ? Pas forcément, répond la Marine, qui met en avant une avancée technologique majeure déployée sur ses chasseurs les plus modernes.
Depuis plusieurs années, les avions de chasse en service disposent d’un système d’atterrissage assisté baptisé Precision Landing Mode (PLM). Introduit en 2016 sur les F-18, ce système, officiellement nommé Maritime Augmented Guidance with Integrated Controls for Carrier Approach and Recovery Precision Enabling Technologies (MAGIC CARPET), automatise une partie des commandes de vol durant l’appontage. Il coordonne la poussée du réacteur et l’action sur les surfaces mobiles des ailes pour assurer un approche plus stable et douce dans les secondes critiques précédant le toucher du pont.
Ce système facilite notablement les atterrissages sur porte-avions, ce que ne permet pas le T-45. Ainsi, les pilotes formés sur ce dernier consacrent plusieurs semaines à une compétence qui leur sera peu utile en service actif.
Néanmoins, l’appontage demeure au cœur de l’aviation navale.
« Décoller et revenir se poser sur un porte-avions, ce n’est rien d’autre qu’un trajet quotidien », a souligné Sterling Gilliam. « La vraie mission, c’est ce que nous accomplissons entre le coup de catapulte et l’appontage. C’est là toute la valeur que nous apportons aux États-Unis et à leurs citoyens. »
« Cela dit, c’est tout de même un trajet assez amusant », a-t-il conclu.