Le débat autour de l’utilisation de la Garde nationale américaine sur le territoire national, piloté par l’administration du président Donald Trump, prend une tournure de plus en plus conflictuelle. Après le déploiement controversé de Garde nationale californienne et de marines américains à Los Angeles à la mi-juin, en réponse à des manifestations contre des opérations d’immigration menées par l’ICE, la Maison-Blanche a récemment mobilisé la Garde à Washington, D.C., ainsi que d’autres forces fédérales. Le président évoque désormais la possibilité d’étendre ces déploiements à l’ensemble du pays.
À Washington, environ 900 gardes nationaux locaux ont d’abord été placés sous commandement fédéral, aux côtés des forces de police du district. Par la suite, 1 300 militaires supplémentaires provenant d’États dirigés par les Républicains ont rejoint ces effectifs. Initialement, ces troupes patrouillaient sans armes dans les zones touristiques peu affectées par la criminalité du centre-ville. Certaines avaient même pour mission de participer à une « task force de rénovation urbaine » en identifiant des emplacements destinés à des travaux de réhabilitation imminents.
La Garde nationale de Washington patrouille désormais armée
La semaine dernière, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a signé un mémorandum autorisant le port des armes aux troupes, en fonction des nécessités de leur mission. De son côté, la maire de Washington, Muriel Bowser, a jugé ce déploiement injustifié, soulignant que la criminalité dans la capitale avait chuté récemment, atteignant son plus bas niveau depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2020. En réponse, le ministère de la Justice a lancé une enquête pour vérifier l’exactitude des statistiques de criminalité invoquées.
Donald Trump a menacé de prendre le contrôle total du district fédéral et a rappelé qu’aucun homicide n’avait été enregistré dans la ville depuis le début du déploiement. Il a également laissé entendre envisager un envoi de la Garde nationale à Chicago, une ville dirigée par les Démocrates et confrontée à une recrudescence de la criminalité. D’autres villes, dont New York, figureraient aussi dans ses plans. Par ailleurs, des projets sont en cours pour maintenir des forces d’intervention permanentes prêtes à être déployées sur tout le territoire.
Des forces d’intervention permanentes et un possible changement de nom du Pentagone
Il y a deux semaines, le Washington Post avait révélé que le Pentagone envisageait de constituer une force de 600 soldats en alerte d’une heure, répartis sur deux bases militaires situées en Alabama et en Arizona. Ces troupes seraient divisées en deux unités de 300, chacune couvrant une zone géographique distincte, séparée par le Mississippi. Plus récemment, Donald Trump a ordonné à chaque État de constituer une unité d’intervention similaire.
Si des unités comparables existent déjà dans plusieurs États, elles demeurent sous l’autorité du gouverneur local pour des opérations dans sa juridiction. Le projet vise donc à établir des forces permanentes placées sous commandement fédéral. Ce débat a été alimenté par des déclarations controversées de Trump et de Pete Hegseth lors d’une conférence de presse sur le déploiement à Washington, où ils ont évoqué l’idée de renommer le Department of Defense en Department of War — le nom officiel utilisé jusqu’en 1947.
Trump avait déjà évoqué ce changement, soulignant que l’ancien intitulé « sonnait mieux » et rappelant que les États-Unis avaient remporté toutes leurs guerres avant cette modification. Cette proposition contraste avec l’image que Trump s’est construite de pacificateur, notamment par son opposition aux interventions militaires étrangères. Elle semble davantage destinée à provoquer ses opposants politiques. Pete Hegseth a confirmé que des plans concrets pour renommer le ministère de la Défense seraient bientôt proposés.
Stefan Axel Boes