Le ministère britannique de la Défense a officiellement dévoilé son intention de développer un nouveau missile balistique tactique sol-sol dans le cadre du projet NIGHTFALL. Ce programme vise à doter les forces armées d’un système de missile mobile, précis et rapide, capable d’opérer dans des environnements tactiques très exigeants.
Le besoin est actuellement à un stade d’« engagement précoce ouvert ». Les industriels ont jusqu’au 18 septembre pour soumettre leurs réponses avant le lancement d’un appel d’offres formel.
Le ministère précise clairement dans le Single Statement of User Need (SSUN) les exigences : « L’utilisateur requiert un missile balistique tactique (>500 km), économique, capable d’être lancé en toute sécurité depuis une plateforme mobile dans un environnement tactique à haute menace, avec une navigation précise vers une coordonnée programmée par l’utilisateur. »
Les spécifications insistent sur la robustesse du missile : « Il doit pouvoir opérer dans des environnements physiques difficiles, de jour comme de nuit, avec une faible signature multispectrale, résister à un environnement électromagnétique complexe, y compris en cas de déni ou de dégradation du système GNSS, et être immunisé contre les attaques électroniques ciblées et le brouillage. »
Les caractéristiques techniques principales sont les suivantes :
- Portée : plus de 500 km en trajectoire balistique
- Charge utile : environ 200 kg d’explosifs par missile
- Précision : un CEP50 de 5 mètres, même en environnement privé de GPS
- Réactivité : frappe des cibles dans les 10 minutes suivant le lancement
- Volume de tir : plus de deux missiles par véhicule, tous lancés en moins de 15 minutes
- Production : capacité minimale de 10 missiles par mois, avec possibilité d’augmentation
Le ministère fixe également un objectif de coût : « Le coût unitaire visé pour le missile est de 500 000 livres, sans inclure l’ogive, le lanceur ni les frais de développement. »
L’ambition est de produire rapidement ce matériel : « L’objectif est une livraison accélérée, avec un tir de démonstration environ 9 mois après la signature d’un contrat, suivi de la production en série 3 à 6 mois plus tard, à raison d’au moins 10 unités par mois. »
Le missile devra être tiré depuis un lanceur mobile capable de lancer plusieurs missiles (plus de 2) avant de se déplacer rapidement pour éviter toute riposte : « Le véhicule doit pouvoir s’arrêter, tirer tous les missiles en 15 minutes puis repartir dans les 5 minutes suivant le dernier tir. »
Les trajectoires devront être rapides, avec un temps d’impact cible inférieur à 10 minutes. Chaque missile doit aussi posséder une « certaine capacité de manœuvre » tout en respectant les contraintes de coût et de précision.
Le ministère précise ce qui sera accepté ou rejeté. Les réponses peuvent concerner des missiles entiers ou des composants spécifiques comme la propulsion, la structure, la navigation, la production à grande échelle, les systèmes de lanceurs mobiles ou l’intégration des systèmes. Les prototypes sont autorisés s’ils peuvent atteindre un stade de test opérationnel en 9 à 12 mois.
En revanche, les propositions seront rejetées si elles dépassent les coûts cibles, impliquent des drones ou d’autres armes ne suivant pas une trajectoire balistique, du simple travail de documentation, des ogives, ou des produits ne pouvant être produits en série rapidement.
« Le projet privilégiera la scalabilité plutôt que des solutions complexes et coûteuses », insiste le ministère, soulignant la priorité donnée à la production de masse et à la rapidité de déploiement.
Certains éléments pourront être fournis par l’État, notamment la charge utile, les fusées, les installations de tests, le soutien à l’industrialisation, ainsi que les conseils de centres techniques gouvernementaux (DSTL, DE&S). Le ministère exige également que les conceptions minimisent les restrictions liées au commerce international, afin d’éviter la dépendance à l’égard de fournisseurs étrangers et les contraintes politiques associées.
Le missile devra en outre offrir une capacité d’évolution, avec des possibilités d’augmentation de la portée, de la précision, de la manœuvrabilité en vol, l’ajout de télémétrie et d’autres améliorations futures.
Pour accompagner le lancement du projet NIGHTFALL, une journée dédiée à l’industrie se tiendra à Londres le 24 septembre 2025, avec une limite de deux participants par entreprise (un seul si le nombre est trop important). Les réponses à l’appel sont attendues pour le 18 septembre.
Le ministère encourage les partenariats : « Le MOD invite les entreprises à collaborer au sein de consortiums pour répondre aux exigences complètes du projet NIGHTFALL. » Après cette phase de consultation, un appel d’offres sera lancé via le Defence Sourcing Portal, avec l’objectif de retenir environ trois propositions qui seront financées pour démontrer leur conformité en 2026.
Avec une portée supérieure à 600 km, une charge utile de 300 kg, des cycles de lancement et frappe rapides, et une cadence de production mensuelle élevée, le projet NIGHTFALL ambitionne d’offrir une capacité tactique nouvelle, évolutive et adaptée aux besoins contemporains du champ de bataille.