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Alors que l’Inde s’apprête à lancer la construction du premier prototype de son Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), approuvé par le ministère de la Défense le 27 mai 2025, le pays franchit une étape cruciale pour hisser ce projet de chasseur furtif de cinquième génération sur la scène internationale. Avec un investissement de 15 000 crores de roupies (1,8 milliard de dollars) destiné à cinq prototypes et un premier vol prévu entre 2028 et 2029, l’AMCA s’annonce comme un pilier de l’initiative Aatmanirbhar Bharat (Inde autonome) et de la Mission Sudarshan Chakra lancée par le Premier ministre Narendra Modi le 15 août 2025.

Pour maximiser les avancées technologiques, répartir les coûts et garantir la pertinence mondiale du programme, l’Inde devrait activement inviter des observateurs internationaux ainsi que des partenaires stratégiques à participer à ce projet ambitieux. En favorisant des cadres de collaboration, l’Inde pourrait accélérer le développement de l’AMCA, intégrer des technologies de pointe et s’affirmer comme un acteur majeur de l’écosystème aéronautique mondial.

L’AMCA, développé par l’Aeronautical Development Agency (ADA) sous l’égide de la Defence Research and Development Organisation (DRDO), est un chasseur furtif polyvalent bimoteur de 25 tonnes, conçu pour renforcer les capacités de l’Indian Air Force (IAF) face aux menaces régionales venant du Pakistan et de la Chine. Doté de caractéristiques avancées telles que le furtivité, la supercroisière, un pilote électronique assisté par intelligence artificielle (IA), la fusion de capteurs et une soute interne à armement capable de transporter 1 500 kg (avec 5 500 kg supplémentaires en charges externes), l’AMCA vise à remplacer les flottes vieillissantes telles que les MiG-29 et Mirage 2000.

Le programme se déploie en deux phases : l’AMCA Mk1, motorisé par des General Electric F414 (poussée de 98 kN), et l’AMCA Mk2, qui intégrera un moteur co-développé avec la société française Safran, approuvé le 22 août 2025 pour un montant de 61 000 crores de roupies (7 milliards de dollars) avec transfert complet de technologie.

Accorder un statut d’observateur à des pays comme le Royaume-Uni, le Japon, l’Italie ou l’Australie — membres clés du Global Combat Air Programme (GCAP) ou alliés du QUAD — pourrait offrir à l’Inde un aperçu des technologies de sixième génération, telles que le furtivité avancée, l’intégration de l’IA et les systèmes autonomes. Ce statut d’observateur dans des programmes comme le GCAP, qui développe le chasseur Tempest, permettrait à l’Inde d’accéder à la recherche et développement de pointe sans compromettre le caractère indigène de l’AMCA. Par exemple, Rolls-Royce au Royaume-Uni a proposé une conception conjointe de moteur pour l’AMCA, offrant une propriété intellectuelle complète, pouvant compléter le partenariat avec Safran.

Impliquer des partenaires stratégiques pour la co-développement, notamment dans les domaines de la propulsion, des capteurs et de la guerre électronique, permettrait de partager les risques financiers et d’accélérer les délais. Le pilote électronique à base d’IA, capable de fusionner les données des capteurs et de sélectionner les armes, bénéficierait notamment d’une collaboration avec des pays comme le Japon, expert des systèmes pilotés par intelligence artificielle.

Les avantages d’une collaboration internationale

Saut technologique : Obtenir un statut d’observateur dans le GCAP ou des programmes similaires exposerait l’Inde aux technologies de sixième génération, comme les armes à énergie dirigée (DEW) ou l’intégration de drones en essaim, qui pourraient être adaptées à l’AMCA Mk2 ou à des variantes futures. Ceci est crucial pour contrer les progrès rapides de la Chine dans le J-20 et les plateformes de sixième génération.

Partage des coûts : Le coût projeté de l’AMCA s’élève à 1,2 lakh crore de roupies (14,4 milliards de dollars) pour 126 appareils. Un partenariat avec des pays comme le Royaume-Uni ou le Japon pourrait alléger la charge financière, comme le modèle de partage des coûts observé au sein du GCAP entre l’Italie, le Japon et le Royaume-Uni.

Alliances stratégiques : La collaboration consolide les liens de défense de l’Inde avec ses partenaires du QUAD et ses alliés occidentaux, contrant la stratégie chinoise des « String of Pearls » dans l’Indo-Pacifique. Elle positionne également l’Inde comme un acteur clé des coalitions mondiales de défense, renforçant son potentiel d’exportation, les exportations militaires indiennes ayant progressé de 686 crores en 2013-14 à 23 622 crores en 2024-25.

Développement de l’écosystème indigène : Les partenariats incluant un transfert complet de technologie, comme celui conclu avec Safran, garantissent à l’Inde la maîtrise de la propriété intellectuelle et favorisent la constitution d’une chaîne d’approvisionnement aéronautique robuste. Des entreprises telles que Tata, Adani et L&T pourront tirer parti de l’expertise internationale pour renforcer leurs capacités industrielles, comme le montre le complexe de drones Adani-Elbit.

Cependant, malgré ces avantages, l’ouverture à des observateurs et partenaires présente des défis. Les restrictions liées à la propriété intellectuelle dans des programmes comme le GCAP peuvent limiter l’accès indien à des technologies cruciales, nécessitant des accords clairs sur le transfert et la co-possession des technologies. Le secteur privé indien a exprimé des inquiétudes concernant des politiques restrictives qui empêchent les collaborations étrangères, ce qui pourrait freiner l’innovation si ces obstacles ne sont pas levés. Par ailleurs, l’alignement des intérêts des partenaires avec les besoins stratégiques de l’Inde — par exemple, face aux bases aériennes fortifiées du Pakistan ou aux sous-marins de classe Type-095 chinois — est essentiel pour éviter des priorités divergentes.