Saab confirme des discussions avec les Philippines concernant le chasseur multirôle Gripen
Le directeur général de Saab, Micael Johansson, a confirmé que la société maintient des négociations avec les Philippines au sujet du chasseur Gripen, lors d’une interview accordée à Dagens Industri. Bien que le processus d’évaluation à Manille ne soit pas aussi avancé que dans d’autres pays, il progresse et reste étroitement lié à la décision récente de la Thaïlande de commander davantage de Gripen.
Johansson a souligné que les Philippines suivent de près la modernisation de la défense thaïlandaise en raison de leurs liens étroits. L’acquisition et l’usage opérationnel récents du Gripen par Bangkok pourraient influencer les décisions philipinnes. Cette position place les Philippines parmi d’autres pays d’Asie du Sud-Est où Saab perçoit un intérêt potentiel pour le Gripen.
Le processus philippin d’évaluation du Gripen a inclus plusieurs étapes depuis l’annonce par Saab, en 2016, de son intention d’ouvrir un bureau à Manille pour soutenir une campagne d’achat de 12 chasseurs multirôles. En 2018, Saab a relancé ses efforts commerciaux en proposant le Gripen C/D MS20, en compétition avec le F-16V Block 70/72 américain.
En novembre 2022, le Conseil suédois de contrôle des exportations a autorisé la possible exportation de Gripens vers les Philippines, inversant ainsi un refus préalable. En juin 2023, un mémorandum d’entente sur la coopération en matériel de défense a été signé entre Manille et Stockholm lors du Dialogue de Shangri-La. Ce document, paraphé par le secrétaire à la Défense par intérim des Philippines, Carlito Galvez Jr., et le ministre suédois de la Défense, Pål Jonson, crée un cadre pour la fourniture potentielle de 12 Gripen C/D MS20 à l’Armée de l’air philippine.
Ces avancées montrent que Manille considère sérieusement la proposition de Saab, bien qu’aucun contrat n’ait encore été signé, le choix devant souvent se résumer à une décision entre le F-16 Lockheed Martin et le Gripen de Saab.
Les déclarations de Johansson coïncident avec une récente commande de quatre chasseurs Gripen E/F passée par la Thaïlande, d’un montant d’environ 583 millions de dollars, annoncée le 25 août 2025. Ce contrat porte sur trois monoplaces Gripen E et un biplace Gripen F, livrables entre 2025 et 2030, incluant la formation, l’équipement, le soutien ainsi qu’un accord de compensation à long terme intégrant transfert de technologie et coopération industrielle.
La Thaïlande exploite déjà un escadron de Gripen C/D livrés entre 2011 et 2013. Les nouveaux modèles E/F viendront s’intégrer à cette flotte existante. La Royal Thai Air Force a utilisé ses Gripen en opérations de combat pour la première fois le 26 juillet 2025, lors d’affrontements à la frontière cambodgienne, marquant ainsi l’emploi opérationnel inaugural de l’appareil en cause. Saab pourrait donc espérer que cette expérience de combat, combinée à une flotte mixte C/D et E/F, renforcera la position du Gripen en Asie du Sud-Est, et en particulier aux Philippines.
Cependant, aucun accord contraignant n’a encore été signé. Le financement demeure un obstacle majeur à Manille car les autorités continuent les discussions internes quant aux modalités financières d’un éventuel achat. Des rapports de 2024 et 2025 ont évoqué la possibilité d’un mécanisme de crédit export suédois facilitant la transaction, sans décision définitive pour l’heure.
Les versions du Gripen qui intéressent apparemment les Philippines sont les C (monoplace) et D (biplace), entrées en service en Suède en 2005. Elles disposent d’un contrôle de vol électronique fly-by-wire, de cockpits modernisés avec écrans numériques et de la capacité de ravitaillement en vol, utilisées aussi bien par des pays membres que non membres de l’OTAN. L’appareil mesure environ 14,10 m de long, 8,40 m d’envergure, 4,50 m de haut et atteint un poids maximum au décollage proche de 14 000 kg.
Propulsé par un turboréacteur Volvo Aero RM12, dérivé du General Electric F404, il développe environ 80,5 kN de poussée avec postcombustion. Ses performances incluent une vitesse supersonique dépassant Mach 2 en altitude, environ 1400 km/h au niveau de la mer, un plafond d’environ 15 240 m, un rayon de combat d’environ 800 km et une autonomie maximale de 3 000 km. L’appareil supporte des facteurs de charge de -3 g à +9 g et peut être prêt au combat en une dizaine de minutes.
Les Gripen C/D disposent de huit points d’emport et d’un canon Mauser BK-27 de 27 mm. Ils peuvent être armés de missiles à courte portée AIM-9/IRIS-T, de missiles moyenne portée AMRAAM ou MICA, de missiles BVR Meteor, ou encore de munitions guidées Maverick, Paveway II, de bombes Mk 82, de sous-munitions BK-90 et de missiles antinavires RBS-15F ou Taurus KEPD 350.
L’avionique comprend le radar Ericsson-GEC Marconi PS-05/A, un système de liaison de données Link 16 conforme aux standards OTAN, ainsi qu’une fusion intégrée de capteurs. Le Gripen est conçu pour des opérations décentralisées depuis des pistes courtes (800 m x 16 m) ou des bases routières avec un support minimal, ce qui lui assure une grande disponibilité et une maintenance facilitée.
Le Gripen E, plus récent, est motorisé par un General Electric F414G générant 98 kN de poussée, avec un poids maximum au décollage de 16 500 kg. Sa configuration delta-canard offre dix points d’emport et permet des décollages sur pistes très courtes, de 500 à 600 mètres. Le modèle E est muni d’un canon Mauser BK-27, tandis que la version F, biplace, en est dépourvue pour faire place à un second poste de pilotage.
Il peut emporter jusqu’à sept missiles Meteor BVR, deux IRIS-T à courte portée et une large gamme de bombes guidées ainsi que des pods de reconnaissance. Sa suite avionique intègre un radar AESA ES-05 Raven, un système de recherche et poursuite infrarouge, ainsi qu’une guerre électronique complète offrant une couverture à 360°.
Les ventes régionales de Saab en Asie sont potentiellement renforcées par des acquisitions simultanées dans plusieurs pays. En 2025, par exemple, la Colombie, le Pérou et la Thaïlande ont confirmé des commandes pour le Gripen E/F. La Suède et le Brésil demeurent les principaux opérateurs du Gripen E/F, tandis que la Hongrie, la République tchèque, l’Afrique du Sud et la Thaïlande exploitent encore les versions C/D. La Colombie a annoncé en avril 2025 son choix d’acquérir des Gripen E/F pour remplacer sa flotte de Kfir, attirée par le transfert de technologie et des conditions de financement avantageuses.