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Le projet 75(I) de l’Inde représente bien plus qu’une simple étape dans le renouvellement de sa flotte navale. Il marque un bond décisif dans les capacités de guerre sous-marine du pays. Grâce à ce programme, l’Inde pourra mener des patrouilles secrètes et continues le long des voies maritimes stratégiques, renforçant ainsi son rôle de garant de la sécurité dans la région.

En intégrant des systèmes de propulsion indépendante de l’air (AIP) dans sa prochaine génération de sous-marins conventionnels, la Marine indienne augmente considérablement l’endurance en immersion. Cette dernière passera de deux jours, avec les sous-marins de classe Scorpène actuels, à près de trois semaines. Cette évolution majeure modifie profondément l’équilibre stratégique dans l’océan Indien, en bouleversant les dynamiques de dissuasion et en augmentant la capacité de projection de puissance indienne loin de ses côtes.

Au cœur du projet 75(I) se trouve le système de propulsion à pile à combustible AIP. Contrairement aux sous-marins diesel-électriques traditionnels, qui doivent régulièrement faire surface ou utiliser leur schnorchel pour recharger leurs batteries, l’AIP permet de générer de l’électricité sous l’eau sans recourir à l’oxygène atmosphérique. Cette technologie allonge non seulement la durée d’immersion, mais réduit également de manière significative les risques de détection. En restant immergés plus longtemps, les sous-marins équipés de l’AIP sont bien plus difficiles à traquer et à cibler, ce qui en matière de guerre navale moderne peut faire la différence entre la réussite d’une mission et une perte catastrophique.

L’avantage principal de la propulsion AIP est donc l’endurance opérationnelle. Là où les sous-marins de classe Scorpène pouvaient effectuer des missions furtives pendant environ 48 heures avant de devoir se découvrir, ceux dotés d’AIP peuvent désormais opérer sous l’eau pendant près de trois semaines. Cette extension permet d’élargir considérablement les capacités, allant de la surveillance continue en eaux contestées à la collecte de renseignements à longue distance le long des côtes adverses.

Cette immersion prolongée agit également comme un multiplicateur de force. Chaque jour supplémentaire passé en immersion améliore l’efficacité de la mission tout en réduisant la vulnérabilité face aux capacités de guerre anti-sous-marine. Les plates-formes aériennes modernes, les navires de surface équipés de sonars tractés et les réseaux de capteurs sous-marins représentent des menaces redoutables, que l’on peut en grande partie contrer lorsque le sous-marin reste dissimulé pendant plusieurs semaines.

Dans le contexte des principaux rivaux maritimes de l’Inde, la Chine et le Pakistan, cette capacité comble une lacune dangereuse. Ces deux pays disposent déjà de sous-marins munis de propulsion indépendante de l’air. En égalant, voire en dépassant ces standards d’endurance, l’Inde rééquilibre la donne de la dissuasion sous-marine dans la région de l’océan Indien (IOR). En stratégie navale, la dissuasion repose autant sur la perception que sur la capacité réelle. Un adversaire incertain quant à la position d’un sous-marin doit mobiliser des ressources disproportionnées pour le localiser et le contrer.

Les signatures acoustiques et radar réduites des sous-marins AIP, combinées à un nombre moindre d’immersions à la surface, accentuent cette incertitude. Cette caractéristique est cruciale dans l’IOR, où le contrôle de points de passage stratégiques comme le détroit de Malacca ou les approches du golfe Persique a des implications économiques mondiales. Avec le projet 75(I), l’Inde peut assurer des patrouilles secrètes continues sur ces axes maritimes stratégiques, consolidant ainsi sa position de fournisseur de sécurité régionale.

Au-delà de son utilité militaire, ce projet constitue aussi un catalyseur industriel. Le programme impose une indigénisation progressive : 45 % du contenu industriel pour le premier sous-marin, jusqu’à 60 % pour le sixième. Cette démarche de localisation structurée renforce l’écosystème national de défense tout en garantissant l’indépendance technologique pour les améliorations futures. En développant une expertise locale dans la construction sous-marine, l’Inde investit dans des capacités pérennes.