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La marine indienne collabore avec ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) pour intégrer le missile de croisière sous-marin (SLCM) à portée de 500 km, développé localement par l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO), sur les futurs sous-marins U-214NG du projet 75-India (P-75I). Ce partenariat illustre la volonté de l’Inde de renforcer ses capacités navales avec des technologies indigènes, tout en réduisant sa dépendance aux systèmes étrangers, comme le missile antinavire Exocet SM-39 actuellement utilisé par sa flotte sous-marine.

Le SLCM, dérivé compact du missile de croisière Nirbhay, est conçu pour être lancé depuis des tubes lance-torpilles standards de 533 mm. Il est compatible avec les sous-marins déjà en service, tels que les Kalvari (classe Scorpène) et Sindhughosh (classe Kilo), ainsi qu’avec les plates-formes futures comme l’U-214NG. Sa portée de 500 km se décline en deux versions : le missile de croisière d’attaque terrestre (LACM) et le missile de croisière anti-navire (ASCM). Il intègre des technologies avancées comme la commande de poussée vectorielle, le déploiement d’ailes en vol, et un chercheur à radiofréquence (RF) pour le guidage terminal. Le missile mesure environ 5,6 mètres de long, pèse 975 kg, et embarque une ogive conventionnelle de 300 kg. Sa trajectoire en mode “sea-skimming” permet d’échapper aux radars adverses.

Lors d’un test réussi en février 2023, le SLCM a été lancé depuis une installation sous-marine improvisée au large de Visakhapatnam, atteignant une portée de 402 km et remplissant tous les objectifs de la mission. Un second essai, réalisé en novembre 2024, a confirmé ses performances, avec de nouveaux essais prévus début 2026 pour optimiser ses systèmes de guidage, incluant le système de navigation inertielle (INS), le GPS et le Digital Scene Matching Area Correlation (DSMAC). Toutefois, le missile n’a pas encore été testé depuis un sous-marin opérationnel, étape cruciale pour son intégration totale dans l’arsenal de la marine indienne. Selon des sources du DRDO, le développement complet et l’intégration sous-marine pourraient nécessiter encore quelques années, un calendrier en accord avec la livraison prévue du premier sous-marin P-75I autour de 2031.

Actuellement, la marine indienne équipe ses sous-marins Kalvari avec le missile antinavire français Exocet SM-39, dont la portée limitée à 50 km et la dépendance au fabricant étranger posent des problèmes stratégiques. La volonté d’adopter le SLCM témoigne d’une orientation vers l’autonomie technologique, motivée par des préoccupations liées à la sécurité des chaînes d’approvisionnement et à la nécessité de systèmes évolutifs et économiques. La portée étendue du SLCM et ses capacités duales (attaque terre et anti-navire) représentent une modernisation significative, permettant d’engager des cibles à distance tout en conservant la discrétion tactique. Par ailleurs, sa conception indigène facilite les mises à jour et garantit une disponibilité mieux maîtrisée, contrairement aux systèmes étrangers soumis à des restrictions d’exportation.

TKMS, principal prétendant au programme P-75I, est en discussions avancées avec la marine indienne et le DRDO pour assurer que les sous-marins U-214NG puissent intégrer le SLCM sans modifications majeures des tubes lance-torpilles. L’U-214NG, version améliorée du Type 214, est équipé d’une propulsion indépendante de l’air (AIP) assurant une endurance prolongée en immersion, ce qui en fait une plate-forme idéale pour les besoins stratégiques indiens dans la région indo-pacifique. Les spécifications du P-75I imposent la capacité de transporter 12 missiles de croisière à vocation terre et anti-navires, rôle que le SLCM est prêt à remplir. Les discussions portent également sur une éventuelle intégration du SLCM à des systèmes de lancement vertical (VLS) sur les sous-marins de prochaine génération, comme ceux du projet 76 ou les sous-marins d’attaque nucléaires (SSN) envisagés.

Le programme P-75I, d’une valeur supérieure à 70 000 crores de roupies, vise la construction de six sous-marins diesel-électriques avancés avec un haut degré de contenu local, en coopération avec un chantier naval indien, probablement Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL). En partenariat avec MDL, TKMS concourt face au constructeur espagnol Navantia, la candidature allemande étant favorisée grâce au design éprouvé de l’U-214NG et à sa technologie AIP. L’intégration du SLCM constitue un critère déterminant pour la marine, en parfaite cohérence avec l’initiative « Make in India », qui valorise la production nationale et le transfert de technologies. L’expérience de MDL dans la livraison de six sous-marins Kalvari en collaboration avec Naval Group lui confère un avantage certain pour adapter l’U-214NG à l’usage du SLCM, en s’appuyant sur des infrastructures et une chaîne logistique déjà établies.

Le développement du SLCM s’inscrit dans le cadre plus large du programme de missiles du DRDO, qui comprend également le missile de croisière à technologie indigène (ITCM) et le missile de croisière d’attaque terrestre longue portée (LR-LACM), avec une portée de 1 500 km. Si la vitesse subsonique du SLCM, environ Mach 0,7, peut être un handicap dans un environnement très contesté, son profil volant en basse altitude et son guidage de précision compensent cette limitation. Par ailleurs, le DRDO étudie des variantes hypersoniques, notamment le missile LRAShM (Long Range Anti Ship Missile), qui viendront compléter la gamme de missiles navals pour élargir la capacité d’engagement de la marine indienne.