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Un cargo opéré par un équipage russe, le HAV DOLPHIN, suscite des interrogations après que ses déplacements ont coïncidé avec des incursions de drones au-dessus d’installations militaires allemandes, selon une enquête transfrontalière menée par plusieurs médias européens.

Le navire, battant pavillon d’Antigua-et-Barbuda mais géré par la société norvégienne HAV, est entré en mer Baltique via le canal de Kiel le 24 août, après avoir accosté à Anvers et déclaré comme destination Vaasa, en Finlande.

Un chercheur spécialisé en sources ouvertes, @auonsson, a récemment attiré l’attention sur la trajectoire du navire, évoquant ses liens présumés avec des incidents antérieurs impliquant des drones dans le nord-ouest de l’Allemagne.

Selon l’enquête, le HAV DOLPHIN a passé près d’un mois à Kaliningrad à partir du 10 avril 2025, officiellement pour des travaux de maintenance. La région de Kaliningrad est un centre névralgique des activités navales et du renseignement russes, souvent utilisé comme base pour les navires espions et les auxiliaires de la « flotte fantôme » de Moscou. Après son départ vers le port letton de Liepāja, le signal AIS du navire a disparu. À sa réapparition, il se trouvait à 26 milles nautiques de sa position précédente, ce qui constitue un signal d’alerte pour les observateurs maritimes. Le même jour, des perturbations GPS ont été relevées dans la zone, un phénomène souvent associé aux opérations de brouillage russes.

Cinq jours plus tard, le navire est resté plus longtemps que prévu dans la baie de Kiel. Les analystes soulignent que ces périodes d’errance non expliquées sont fréquentes chez les navires russes suspectés d’activités de renseignement. En mai, les autorités néerlandaises, allemandes et belges ont procédé à une inspection du HAV DOLPHIN ainsi que d’un autre navire russe, le LAUGA, à la recherche de drones. Aucune preuve matérielle n’a été découverte, mais les autorités européennes ont indiqué que les deux navires restent sous surveillance accrue, compte tenu des craintes liées à la stratégie de guerre hybride de la Russie.

Cette surveillance s’inscrit dans un contexte d’augmentation des observations de drones au-dessus de sites militaires allemands. Une carte partagée par @auonsson recense 257 incursions de drones au cours du premier trimestre 2025, principalement dans les régions de Schleswig-Holstein, Basse-Saxe, Hambourg et Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Dans un cas notable, deux jours après l’inspection du HAV DOLPHIN près de Rotterdam, le LAUGA a été associé à un essaim de drones repéré par des patrouilleurs navals allemands. Aucun lien direct entre ces drones et les navires n’a été établi, mais le chevauchement dans le temps et l’espace soulève des questions sérieuses.

Les autorités européennes suspectent la Russie d’employer des drones pour des missions d’espionnage et d’intimidation, mais la preuve formelle reste difficile à réunir. Le comportement suspect des navires peut aussi avoir d’autres explications, compliquant davantage l’établissement d’un lien définitif.

Le cas du HAV DOLPHIN illustre une problématique de zone grise : des navires officiellement commerciaux, mais potentiellement engagés dans des missions de renseignement ou de sabotage.

Plus tôt cette année, des forces de l’OTAN accompagnées d’observateurs du Royaume-Uni ont embarqué à bord du navire suédois Carlskrona dans le cadre de l’opération Baltic Sentry, une mission de patrouille visant à dissuader ce type de menaces. Les officiers décrivent leur tâche comme un « filtrage constant du trafic », expliquant : « Nous scrutons en permanence les écarts. Si quelque chose paraît anormal, nous enquêtons et faisons un rapport si nécessaire. »

Le commodore Arjen Warnaar, commandant du Groupe naval permanent 1 de l’OTAN, s’est montré franc sur l’ambiguïté de la situation : « Tous les navires impliqués et qui ont traîné leurs ancres pendant des kilomètres dans la Baltique sont partis d’un port russe ou s’y dirigeaient. Cela semble étrange, mais si vous me demandez qui est derrière, je ne sais pas. Je peux juste dire que je n’en suis pas certain. »

Pour l’OTAN, la solution réside dans la présence constante et la visibilité. Warnaar compare la situation à une police patrouillant dans un quartier après une série de cambriolages : « Que se passe-t-il généralement ? Le nombre de cambriolages diminue. C’est à peu près ce que nous faisons. Si quelque chose arrive, nous réagissons. Et nous espérons que cela réduira le nombre d’incidents. »

Avec l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN, la surveillance en mer Baltique est désormais renforcée par un réseau étendu de moyens couvrant les domaines de surface, sous-marin, aérien, cyber et spatial. Warnaar confirme que les systèmes sans pilote font déjà partie de l’arsenal de l’Alliance : « Je peux vous dire qu’ils utilisent déjà des systèmes sans pilote aujourd’hui. »

Le dossier du HAV DOLPHIN souligne la difficulté de démontrer des intentions malveillantes en mer. Les comportements suspects tels que les errances prolongées, la dissimulation du signal AIS et les escales longues à Kaliningrad restent des indices circonstanciels, mais ceux-ci forment un ensemble d’éléments suffisamment inquiétant pour que les services de sécurité européens insistent sur la nécessité de ne pas les négliger.