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La Suisse a finalement accepté les conditions imposées par les États-Unis pour l’achat des avions de combat F-35A, renonçant à son exigence d’un prix fixe et anticipant la prise en charge des surcoûts liés à ce contrat majeur.

Le coût global de l’opération s’annonce élevé. Déjà impactée par des droits de douane de 39 % instaurés sous l’administration Trump, la Confédération se prépare à payer davantage que prévu pour ses chasseurs F-35A. Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS) a confirmé le maintien du projet d’acquisition des appareils de Lockheed Martin, tout en explorant diverses pistes de financement pour couvrir ces dépenses supplémentaires.

Le prix d’achat des avions reste au cœur des discussions. En juin, le DDPS indiquait que les États-Unis exigeaient que la Suisse assume les coûts additionnels générés par l’inflation, alors que le contrat initial prévoyait un tarif ferme. Un différend qui devait trouver une « solution négociée », excluant de fait une démarche contentieuse.

Financer les surcoûts

Après des « négociations intensives », selon le DDPS, Washington semble avoir imposé sa position, contraignant la Suisse à identifier des sources de financement pour des coûts supplémentaires évalués entre 650 et 1 300 millions de francs suisses (soit environ 690 à 1 380 millions d’euros).

Lors d’une conférence de presse, le ministre fédéral Martin Pfister a évoqué trois options principales : une réduction du nombre d’appareils commandés, une augmentation des compensations industrielles (« transactions compensatoires »), ou encore un financement via une « affectation parlementaire ». Le ministre a précisé que ces pistes ne s’excluent pas mutuellement.

Une source proche du dossier a souligné que diminuer le nombre d’avions serait compliqué tant sur le plan opérationnel que technique. Le seuil final retenu – 36 appareils – correspondait déjà au minimum nécessaire pour former une flotte apte à assurer les missions de défense aérienne du territoire.

Interrogé sur un chiffre précis, Martin Pfister n’a donné qu’une indication : le nombre retenu restera « trop faible » au regard des scénarios envisagés initialement, qui allaient de 30 à 70 avions selon un rapport de 2017.

Sur le plan financier, le ministre a insisté sur la volonté de rester dans un cadre budgétaire de 6 milliards de francs suisses (environ 6,4 milliards d’euros), somme soumise à votation en septembre 2020 et adoptée avec une faible marge par le peuple suisse.

Les droits de douane en point de mire

Le ministère souligne toutefois que le coût total exact ne peut être établi à ce stade. Ce dernier dépendra fortement de l’inflation future aux États-Unis, de l’évolution des prix des matières premières sur les marchés mondiaux, mais aussi d’autres facteurs tels que la hausse des tarifs liée aux droits de douane américains.

Touchée de plein fouet par des surtaxes douanières de 39 % imposées par l’administration Trump, la Suisse a tenté sans succès de négocier un accord commercial avec Washington. Ces taxes, en vigueur depuis le 7 août, mettent en danger plusieurs secteurs d’exportation essentiels, notamment l’horlogerie et l’agroalimentaire.

Le ministre Martin Pfister a même laissé entendre qu’un achat complémentaire de matériel militaire pourrait être envisagé pour débloquer la situation. Par ailleurs, Urs Loher, le directeur général de l’Armement, s’est rendu en mission à l’usine de production du F-35 à Fort Worth, Texas.

Un contrat majeur pour la défense helvétique

Paraphé en septembre 2022, le contrat porte sur l’acquisition de 36 chasseurs F-35A dont les premières livraisons sont prévues à partir de 2027. Ces appareils de Lockheed Martin remplaceront successivement les flottes vieillissantes de F/A-18 Hornet et surtout les F-5 Tiger datant des années 1950. Le retrait progressif des 18 F-5 encore en service (sur un total initial de 110) avait été reporté à plusieurs reprises, mais leur maintenabilité opérationnelle ne sera plus garantie au-delà de 2027.

En parallèle, la Suisse a choisi de se doter de cinq systèmes de défense anti-missiles Patriot américains, dont les livraisons devaient s’échelonner entre 2026 et 2028 afin de moderniser les capacités de défense aérienne nationales. Cependant, en raison de la priorité donnée par les États-Unis à l’Ukraine, cette commande a été reportée à une date indéterminée.

Un groupe de travail a été mis en place pour examiner en détail les recommandations émises en 2017 concernant le système de défense aérienne suisse, évaluer la pertinence actuelle des critères retenus et, le cas échéant, réviser les objectifs et priorités d’acquisition. Le DDPS prévoit de soumettre ses conclusions au Conseil fédéral d’ici fin novembre 2025.