Article de 951 mots ⏱️ 5 min de lecture

Les Forces armées philippines manifestent un intérêt marqué pour le missile balistique tactique indien Pralay, suite à l’acquisition en 2022 du missile supersonique BrahMos. Cette démarche pourrait renforcer les liens de défense entre Manille et New Delhi dans un contexte géostratégique tendu en Indo-Pacifique.

Le missile balistique tactique Pralay, développé par la Defence Research and Development Organisation (DRDO) indienne, suscite l’attention des Philippines après leur achat du système BrahMos. Selon des sources proches du secteur de la défense indienne, cette évolution intervient alors que l’Inde poursuit également des négociations avec l’Arménie pour une version export du Pralay, dont la portée est limitée à 290 kilomètres pour respecter les règles du Missile Technology Control Regime (MTCR).

La DRDO a déjà lancé le développement de cette version destinée à l’exportation, l’Arménie étant pressentie comme premier client, notamment pour faire face aux capacités balistiques de l’Azerbaïdjan. Pour les Philippines, l’intégration du missile Pralay viendrait renforcer leur batterie côtière BrahMos en offrant une capacité supplémentaire de dissuasion terrestre contre d’éventuelles incursions ou invasions à terre.

Un missile tactique adapté à des frappes précises et mobiles

Conçu par le Research Centre Imarat (RCI) en collaboration avec Bharat Dynamics Limited (BDL) et Bharat Electronics Limited (BEL), le Pralay est un missile balistique à courte portée (SRBM) transportable par camion, doté d’un système de lancement en conteneur. Sa portée standard varie de 150 à 500 kilomètres, avec une capacité de charge militaire de 350 à 1 000 kilogrammes. Sa trajectoire quasi-balistique et son véhicule de rentrée manoeuvrable (MaRV) lui permettent d’éviter les systèmes antimissiles.

Grâce à une navigation inertielle avancée, un guidage par satellite et un chercheur à fréquence radio (DSMAC), le Pralay affiche une précision exceptionnelle avec un Circular Error Probable (CEP) inférieur à 10 mètres. Il est ainsi conçu pour frapper des cibles stratégiques telles que radars, centres de commandement et bases aériennes. Son moteur-fusée à propergol solide, dérivé des programmes Prithvi Defence Vehicle et Prahaar, assure une mise en œuvre rapide, permettant un déploiement en moins de 10 minutes, un avantage tactique crucial sur un champ de bataille dynamique.

En conformité avec le MTCR, la version export possède une portée limitée à 290 kilomètres, tout en conservant la précision et les capacités d’évasion du missile. Elle peut emporter divers types de charges, notamment hautement explosives à fragmentation préformée (HEPF), pénétrantes (PCB) ou des sous-munitions spécifiques pour neutraliser les pistes d’atterrissage (RDPS). Des essais réalisés fin juillet 2025 ont confirmé la fiabilité des performances sur les plages de portée minimale et maximale, ouvrant la voie à la production et à l’intégration aux forces armées indiennes.

Complémentarité avec le missile BrahMos pour les Philippines

Depuis l’acquisition du missile supersonique BrahMos, utilisé pour la défense côtière contre les menaces navales dans la mer de Chine méridionale, les Philippines envisagent d’élargir leur arsenal avec le Pralay pour renforcer leur posture défensive face aux menaces terrestres. Le BrahMos, développé conjointement par l’Inde et la Russie, offre une portée de 290 à 800 kilomètres et une charge militaire de 200 à 300 kilogrammes, adaptée à la lutte anti-navire et à la dissuasion maritime.

Toutefois, sa capacité est limitée aux missions maritimes, laissant un vide en matière de couverture terrestre. Le Pralay pourrait combler cette lacune en offrant la capacité de frapper des infrastructures terrestres critiques telles que centres de commandement, bases logistiques et systèmes de défense aérienne, essentiels pour parer à des invasions ou incursions venant de l’extérieur.

Les caractéristiques du Pralay correspondent aux besoins des Philippines, avec son système de lancement mobile installé sur un véhicule Ashok Leyland 12×12, garantissant une flexibilité opérationnelle sur un archipel au relief et à la configuration variés. Sa trajectoire quasi-balistique et ses manoeuvres terminales, inspirées du missile russe Iskander-M, améliorent sa survie face aux défenses aériennes sophistiquées, notamment le système HQ-9 chinois déployé dans la région. La polyvalence du Pralay a été démontrée lors de l’opération Sindoor en mai 2025, au cours de laquelle il a notamment neutralisé des menaces transfrontalières.

Un partenariat stratégique renforcé avec l’Arménie

Indépendamment des Philippines, l’initiative de l’Inde avec l’Arménie témoigne d’une politique d’exportation balistique ambitieuse. Face à l’acquisition par l’Azerbaïdjan du missile israélien LORA (portée 400 km, CEP de 10 mètres), l’Arménie cherche un contrepoids avec le Pralay export limité à 290 km. Une délégation arménienne a assisté aux récents essais du missile en juillet 2025, laissant présager la finalisation imminente d’un contrat.

New Delhi a déjà livré à Erevan des systèmes d’armement importants, tels que des lance-roquettes multiples Pinaka, des radars Swathi et des systèmes de défense aérienne Akash-1S, pour une valeur totale avoisinant 6 000 crores de roupies en 2022. L’intégration du Pralay dans cet arsenal renforcera considérablement la posture de défense arménienne.

Concernant la variante export, celle-ci conserve les capacités de haute précision et d’évasion du Pralay, avec des manœuvres à grande vitesse diminuant la détection radar. La DRDO développe également une configuration à double lancement, capable de tirer deux missiles depuis une même plateforme, réduisant les temps de rechargement et augmentant la flexibilité tactique, un atout de poids face aux systèmes balistiques adverses.