L’armée indienne franchit un nouveau cap dans le contrôle et la surveillance de son espace aérien régional grâce aux radars de longue portée de pointe développés par l’Organisation de recherche et développement de la défense (DRDO). Ces systèmes, conçus dans le cadre du Projet Kusha, du missile sol-air à moyenne portée (MR-SAM) et du programme de défense antimissile balistique (BMD), offrent une capacité de détection inédite.
Parmi ces radars avancés figurent le Very Long Range Radar/Very Long Range Tracking Radar (VLRR/VLRTR) ainsi que le Long Range Battle Management Radar (LRBMR), développés localement. Ils permettent à l’Inde de scruter profondément l’espace aérien pakistanais sur une distance pouvant atteindre 500 à 600 km, suivant avec une précision remarquable chaque avion, drone ou plateforme aérienne. Toutefois, spécialistes et militaires soulignent qu’il est indispensable de renforcer la surveillance embarquée grâce à des systèmes AWACS (Airborne Warning and Control Systems) supplémentaires et à des pseudo-satellites en haute altitude (HAPS) pour garantir une pleine connaissance de la situation.
Le cœur des nouvelles capacités de surveillance indiennes repose sur le VLRR/VLRTR, un radar AESA (Active Electronically Scanned Array) basé sur la technologie nitrure de gallium (GaN) et opérant dans la bande L. Ce système, développé par l’Établissement de développement électronique et radar (LRDE) du DRDO dans le cadre de la phase II du programme BMD, offre une portée de détection dépassant 500 km. Il couvre l’intégralité de l’espace aérien pakistanais et détecte aussi bien des avions tactiques comme le JF-17 que des plateformes stratégiques telles que les AWACS et divers drones chinois. Sa technologie GaN garantit une grande efficacité énergétique et une robustesse lui permettant de suivre des cibles difficiles, y compris des appareils furtifs et des missiles de croisière, avec une précision élevée.
Le Projet Kusha, également appelé Extended Range Air Defence System (ERADS), augmente encore les capacités grâce au LRBMR, un radar en bande S conçu pour détecter et suivre des cibles au-delà de 500 km. Ce système permet de scruter en profondeur le territoire adverse et s’intègre parfaitement au système de commandement et de contrôle aérien intégré (IACCS) de l’Armée de l’air indienne (IAF). Il fournit ainsi des données en temps réel pour coordonner les interceptions avec des systèmes comme l’Akash, le MR-SAM et le S-400. Sa capacité à détecter avions furtifs, drones ainsi que des missiles balistiques antinavires hypersoniques Mach 7 fait du LRBMR un atout majeur face à la modernisation des forces aériennes pakistanaises et à l’arsenal croissant de la Chine.
Le missile sol-air à moyenne portée (MR-SAM), fruit d’une collaboration entre le DRDO et Israel Aerospace Industries (IAI), utilise des radars de conduite de tir avancés qui complètent le VLRR/VLRTR et le LRBMR. Avec une portée de 80 km, ses radars excellent dans la détection de missiles de croisière et drones volant à basse altitude. Cette efficacité a été démontrée lors de l’opération Sindoor en mai 2025, lorsque l’Inde a neutralisé plusieurs infrastructures pakistanaises, dont un radar à Chunian et un AWACS suspecté, intercepté à 300 km par un S-400. L’intégration du MR-SAM au système IACCS renforce donc la défense en couches, en comblant l’écart entre les systèmes courte portée comme l’Akash et les plateformes longue portée du Projet Kusha.
Dans le cadre du programme BMD, le radar Swordfish Long Range Tracking, actuellement en cours de modernisation pour atteindre une portée de 1 500 km, améliore encore la surveillance indienne. Ce radar est capable de détecter les lancements de missiles balistiques et les avions évoluant en haute altitude au-dessus du Pakistan et au-delà. Combiné au VLRR/VLRTR, il offre une image complète non seulement des mouvements tactiques mais aussi des plateformes stratégiques pakistanaises telles que les AWACS SAAB 2000 et les drones, permettant un suivi exhaustif de l’espace aérien ennemi.
Cependant, en dépit de ces progrès, les radars terrestres seuls ne suffisent pas pour maintenir la suprématie aérienne, notamment face aux menaces dynamiques comme le système Data Link 17 pakistanais, intégrant des technologies chinoises et suédoises de surveillance. L’IAF dispose actuellement de trois AWACS Netra et trois AWACS Phalcon, mais leur nombre limité contraint la persistance de la surveillance. Ces plateformes embarquées, installées sur des avions comme l’Embraer EMB-145 ou l’IL-76, offrent une couverture à 360 degrés avec une détection jusqu’à 400 km, complétant ainsi les radars terrestres grâce à leur mobilité et leur vision en altitude, essentielle pour contrer les menaces volant à basse altitude.
Pour conserver cet avantage stratégique, il est impératif que l’Inde accélère ses programmes AWACS et HAPS. L’IAF prévoit l’acquisition de six AWACS supplémentaires, tandis que le DRDO développe son programme HAPS, avec pour objectif des prototypes opérationnels d’ici 2027. L’intégration de ces plateformes avec le LRBMR du Projet Kusha et le radar Swordfish du programme BMD dessinera un réseau de surveillance aérienne homogène, garantissant qu’aucune menace ne puisse passer inaperçue.