Le programme ambitieux indien Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), visant le développement d’un chasseur furtif de cinquième génération, pourrait engendrer une retombée technologique majeure : un turboréacteur à double flux à fort taux de dilution. Ce moteur, conçu initialement pour le chasseur, pourrait également équiper des plateformes civiles, notamment l’avion régional RTA-90, et rivaliser avec les moteurs des appareils Airbus et Boeing.
Un turboréacteur à fort taux de dilution canalise une grande partie de l’air entrant autour du cœur moteur grâce à un ventilateur frontal, contournant la chambre de combustion et les turbines. Ce principe optimise la consommation de carburant tout en réduisant le bruit, ce qui le rend particulièrement adapté aux avions militaires de transport comme à l’aéronautique commerciale. Le développement de ce moteur par le Gas Turbine Research Establishment (GTRE), sous l’égide de la Defence Research and Development Organisation (DRDO), s’inscrit dans une stratégie de réduction de la dépendance de l’Inde aux fournisseurs étrangers, en cohérence avec les initiatives Make in India et Atmanirbhar Bharat.
Le programme AMCA, piloté par l’Aeronautical Development Agency (ADA), vise la mise au point d’un chasseur furtif bimoteur de 25 tonnes, doté de capacités avancées telles que le supercroisière, des soutes internes pour armes et une faible observabilité radar. Initialement, le moteur devait délivrer une poussée comprise entre 110 et 130 kN, conforme aux exigences strictes des chasseurs de cinquième génération. Néanmoins, des responsables du GTRE indiquent qu’une variante à fort taux de dilution pourrait être adaptée pour propulser le RTA-90, un avion régional de 90 sièges destiné à soutenir la croissance du marché civil indien et à renouveler les flottes vieillissantes.
Face au fait que l’Inde est appelée à devenir l’un des plus grands marchés aéronautiques mondiaux, ce moteur indigène représente une opportunité d’envergure. Airbus et Boeing dominent aujourd’hui le secteur commercial indien, s’appuyant largement sur des moteurs Pratt & Whitney et CFM International (coentreprise entre General Electric et Safran). Le turboréacteur à fort taux de dilution développé par le GTRE pourrait constituer une alternative locale, compétitive et moins coûteuse, susceptible de concurrencer ces fournisseurs occidentaux. Avec les plans d’acquisition de milliers d’appareils dans les deux prochaines décennies par les compagnies indiennes, un moteur produit localement pourrait capter une part importante de ce marché, renforçant ainsi l’autonomie stratégique et réduisant les coûts d’importation.
Le programme RTA-90, toujours en attente d’approbation gouvernementale, vise à concevoir un jet régional destiné à relier les villes de second et troisième rang dans le cadre du plan national UDAN. Une fois validé, le moteur à double flux pourrait équiper cet avion, offrant une meilleure efficience énergétique et des performances adaptées aux divers environnements opérationnels indiens. Au-delà du RTA-90, ce moteur pourrait aussi être intégré aux plateformes Airbus et Boeing, positionnant l’Inde comme un fournisseur mondial potentiel et marquant une étape significative dans la réduction de sa dépendance aux technologies étrangères, telles que le moteur russe AL-31FP du Su-30 MKI ou le GE F404 du Tejas.