La Défense Research and Development Organisation (DRDO) et l’Indian Air Force (IAF) unissent leurs forces pour développer un brouilleur terrestre avancé dans la bande S, s’inspirant du redoutable système russe Krasukha. Ce dispositif, conçu pour neutraliser les avions Airborne Early Warning and Control (AWACS) jusqu’à 250 km, vise à renforcer significativement les capacités de guerre électronique (GE) de l’Inde face aux menaces régionales.
Ce système autochtone, visant notamment les plateformes pakistanaises Saab 2000 Erieye et chinoises KJ-2000, perturbra également les signaux des systèmes de navigation par satellite (GNSS) comme le GPS américain et le Beidou chinois, augmentant ainsi l’efficacité indienne dans les zones aériennes contestées. En intégrant des technologies de pointe telles que l’Active Electronically Scanned Array (AESA) et la mémoire radiofréquence numérique (DRFM), cette initiative s’inscrit dans la modernisation multidomaine des forces armées indiennes, en lien avec des développements tels que la base aérienne de Nyoma, les radars AESA à base de nitrure de gallium (GaN) et le moteur AMCA développé avec Safran.
La collaboration DRDO-IAF répond à une lacune cruciale dans l’arsenal électronique indien en mettant au point un système terrestre capable d’interrompre les opérations d’AWACS et les missions dépendant des GNSS. Ces plateformes AWACS, véritables multiplicateurs de force, offrent une surveillance en temps réel, ainsi qu’un contrôle et un commandement étendus sur de vastes zones aériennes. Le Saab 2000 Erieye du Pakistan, doté de sept unités opérationnelles et de suites électroniques chinoises CHL-906, a démontré lors de l’opération Sindoor en mai 2025 sa capacité à orienter des missiles PL-15E tirés par des chasseurs J-10CE, même si les contre-mesures indiennes ont finalement neutralisé ces menaces. Par ailleurs, le KJ-2000 chinois, avec une portée de détection d’environ 400 km, représente un défi stratégique majeur le long de la Ligne de Contrôle Effectif (LAC).
D’après les informations obtenues, le futur système indien, calqué sur le modèle russe Krasukha-2, opérera dans la bande S (2,3–2,5 / 2,7–3,7 GHz), ciblant les fréquences radar des AWACS et autres appareils aéroportés, y compris les missiles guidés par radar. Avec une portée de brouillage estimée à 250 km, il sera capable de créer une « zone de déni » perturbant radars et communications ennemis, forçant les AWACS à se replier ou à compromettre leurs missions. Sa capacité à brouiller les signaux GPS et Beidou affectera la navigation et le guidage des drones, missiles et avions, une aptitude d’autant plus stratégique que le Krasukha-4 russe a démontré son efficacité dans ce domaine lors des conflits en Ukraine.
Ce brouilleur intégrera des technologies avancées offrant une grande polyvalence et efficacité :
- Technologie AESA en bande S : Utilisation de radars AESA à nitrure de gallium (GaN) pour un brouillage puissant et précis, avec une meilleure efficacité énergétique et une résistance thermique supérieure aux systèmes à arsenure de gallium (GaAs). Cette expertise s’appuie sur les programmes Netra MkIII et Low Level Lightweight Radar (LLLWR) du DRDO.
- Mémoire radiofréquence numérique (DRFM) : Permet des techniques avancées de brouillage telles que la génération de cibles factices et la tromperie des radars ennemis, renforçant la capacité à contrer les contre-mesures électroniques sophistiquées, notamment le saut de fréquence.
- Brouillage GNSS : Capacité à perturber les signaux GPS et Beidou indispensables à la navigation des drones, missiles et avions ennemis, suivant l’exemple du Krasukha ayant neutralisé des drones américains en Syrie et en Ukraine.
- Plateforme mobile : Installé sur un châssis à roues similaire au BAZ-6910-022 du Krasukha-4, le système bénéficiera d’une mobilité accrue, facilitant son déploiement rapide le long de la LoC ou du LAC et compensant les contraintes liées à la courbure de la Terre, qui limitent les brouilleurs terrestres statiques.
Ce nouveau dispositif s’appuiera sur les succès antérieurs du DRDO dans le domaine de la guerre électronique, avec des systèmes comme le Samyukta (opérant sur une bande de 1,5 MHz à 40 GHz avec une portée de 150 à 200 km) et Himshakti, déjà déployés sur la LoC et au Ladakh. Il renforcera ces capacités en ciblant en particulier les opérations en haute altitude et en s’intégrant aux plateformes aéroportées, notamment la suite SPECTRA du Rafale et le système AEW&C Netra Mk1A.