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Vladimir Poutine et Xi Jinping ont annoncé un renforcement de leur coopération afin de contrer la pression américaine lors d’une visite d’État de deux jours en Chine. Cette rencontre illustre la volonté de Moscou de consolider ses liens avec Pékin, tout en adressant un message à la communauté internationale sur sa place et sa résilience face aux sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine.

La Russie, soumise à des sanctions occidentales de plus en plus strictes depuis la réinvasion de l’Ukraine en 2022, dépend de manière grandissante de la Chine. Poutine cherche ainsi à renforcer les relations économiques et à dissiper les réticences chinoises quant à un engagement plus profond.

Lors de cette visite, les deux pays ont déclaré vouloir « augmenter l’interaction et resserrer leur coordination pour contrer la politique destructrice et hostile de Washington ». Ce voyage, première sortie internationale de Poutine depuis sa réélection, a offert une mise en scène suffisante pour maintenir une illusion d’égalité entre les deux États, malgré un déséquilibre économique marqué : l’économie chinoise est six fois plus importante que celle de la Russie.

Si Pékin réaffirme son appel à une résolution pacifique du conflit en Ukraine sans soutenir ouvertement Moscou, des signes laissent entendre un élargissement des liens militaires, un point sensible pour l’Occident.

Cependant, la Chine n’a pas conclu d’accord majeur défiant ouvertement les sanctions occidentales. Aucune avancée n’a été réalisée sur le projet de gazoduc Power of Siberia 2, censé exporter du gaz russe vers le nord-est chinois, bien que les deux leaders aient souligné leur volonté de renforcer leur coopération énergétique. La baisse drastique des exportations énergétiques russes vers l’Europe pousse Moscou à chercher de nouveaux débouchés.

Ce déplacement revêt une forte portée symbolique pour Poutine, notamment en raison du mandat d’arrêt émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI), qui l’empêche de se rendre dans certains pays dits amis comme l’Afrique du Sud. La Chine, non membre de la CPI, ne reconnaît pas ce mandat.

Poutine peut ainsi s’appuyer sur le soutien affirmé de Pékin, Xi Jinping exprimant son inquiétude face à « la politique de la force qui continue de menacer la paix et la sécurité ». Ensemble, ils se sont engagés à combattre les pressions américaines qualifiées de « destructrices et hostiles ».

La Chine a également réitéré son opposition à la saisie des avoirs russes par les pays occidentaux, une mesure envisagée notamment en Europe et aux États-Unis pour financer la reconstruction de l’Ukraine.

Dans le domaine industriel, Pékin devrait continuer à fournir à Moscou des biens essentiels à la production d’armement, notamment des machines-outils, indispensables à la filière militaire russe. L’industrie russe dépend quasi entièrement de ces importations, de même que d’engins de chantier et de camions lourds susceptibles d’être utilisés à des fins militaires.

Les semi-conducteurs, composants clés pour les drones, l’artillerie et les missiles, sont également importés de Chine, parfois via l’Asie centrale pour contourner les sanctions occidentales.

Au cours du second jour du sommet, les dirigeants ont visité Harbin, ville proche de la frontière sino-russe surnommée « Petite Moscou » et ancien foyer d’une importante communauté russe. Ce site abrite notamment un institut de technologie impliqué dans des recherches communes de défense, ainsi qu’un laboratoire soumis à des sanctions américaines.

Depuis le début de l’année, la quasi-totalité des échanges commerciaux russes, près de 90%, s’effectue en yuan, témoignant de la volonté des deux pays de réduire la dépendance au dollar. La dé-dollarisation des transactions internationales est perçue comme un moyen d’atténuer l’impact des sanctions américaines.

Dans ce contexte, Poutine a invité les constructeurs automobiles chinois à s’implanter en Russie, en vue d’une coopération industrielle accrue. Cette stratégie est également motivée par les droits de douane américains frappant les voitures chinoises, rendant la production conjointe en Russie plus attrayante.

Situation de la Russie en Ukraine

Sur le plan militaire, la Russie semble s’être renforcée dans le conflit ukrainien, lançant une nouvelle offensive qui lui permet de regagner du terrain. Ce contexte offre à Poutine l’opportunité de dialoguer avec Xi Jinping dans une position plus favorable, inversant l’image d’une Russie affaiblie ressentie à l’automne 2022.

La récente restructuration gouvernementale russe, avec le remplacement du responsable de la défense, a renforcé la délégation russe. Andrei Belousov, nouveau ministre de la Défense et ancien ministre de l’Économie, dispose d’une expérience notable des relations avec la Chine, ce qui devrait consolider son autorité.

Ce sommet illustre cependant le délicat exercice de Pékin. Sur le plan politique, la Russie demeure un allié indispensable pour la Chine, n’ayant à ce jour aucun autre partenaire majeur. En revanche, sur le plan économique, la Russie ne peut remplacer les marchés américains ou européens, d’autant que la Chine fait face à des droits de douane importants aux États-Unis.

Sur la scène internationale, Pékin doit aussi entretenir de bonnes relations avec les pays européens, acteurs clefs du commerce et de l’investissement, d’autant que Washington cherche à réduire les importations en provenance de Chine. Un partenariat russo-chinois appuyé, notamment via un accord énergétique majeur, raviverait les inquiétudes occidentales sur la montée en puissance chinoise et la capacité russe à contourner les sanctions pour poursuivre son offensive en Ukraine.