Face au conflit toujours en cours en Ukraine et au récent tir de missiles iraniens sur Israël, la défense aérienne sol-air contre des menaces variées, allant des drones quadricoptères aux missiles balistiques, s’impose désormais comme une priorité majeure. Cette préoccupation est vivement reflétée par les fabricants de systèmes correspondants présents au Salon international de l’aéronautique et de l’espace (ILA) qui se tient du 5 au 9 juin à Berlin.
Diehl Defence expose l’intégralité de la famille actuelle des missiles sol-air IRIS-T, éprouvés sur le terrain en Ukraine. Cette présentation inclut une unité de tir complète du système IRIS-T SLM à moyenne portée, dont l’Ukraine a officiellement reçu trois des douze exemplaires prévus, et dont six unités sont attendues pour la Bundeswehr à partir de fin 2025. Le constructeur met également en avant le système très mobile IRIS-T SLS Mk III à courte portée, dont le missile a aussi été livré à l’Ukraine et qui doit équiper prochainement le nouveau véhicule blindé lance-missiles sur châssis Boxer de l’armée allemande.
Pour la première fois, Diehl Defence dévoile aussi une maquette de la version longue portée IRIS-T SLX, destinée à augmenter la portée de tir jusqu’à 80 kilomètres. L’ensemble des systèmes IRIS-T constitue un élément clé de l’initiative européenne European Sky Shield Initiative (ESSI), visant à établir une défense aérienne sol-air commune à l’échelle européenne. Parmi les pays intéressés figurent les États baltes, l’Autriche et la Slovénie, qui envisagent d’acquérir le système IRIS-T SLM. Par ailleurs, Diehl présente son système électromagnétique de lutte anti-drones Guardion.
Le capteur principal de l’unité de tir IRIS-T SLM est le radar de surveillance aérienne TRML-4D développé par Hensoldt, livré à ce jour en neuf exemplaires à l’Ukraine. Ce radar, présenté également à l’ILA, peut détecter et suivre environ 1 500 cibles sur un rayon de 250 kilomètres et jusqu’à 30 kilomètres d’altitude. Parallèlement, Hensoldt expose son système radar passif Twinvis, capable d’établir un tableau précis de la situation aérienne à partir des émissions électromagnétiques existantes jusqu’à 100 kilomètres, ainsi que d’autres équipements de reconnaissance et d’autoprotection.
Rheinmetall dévoile, quant à lui, le futur véhicule blindé antiaérien Skyranger 30 destiné à la Bundeswehr, construit sur le châssis Boxer. Cette plateforme, dont 19 exemplaires sont actuellement commandés avec une option pour 30 supplémentaires, devrait être livrée à partir de 2026. Le Skyranger 30 combine un canon révolver de 30 mm Rheinmetall-Oerlikon KCE, un lanceur double pour missiles sol-air Stinger ainsi que des antennes radar et capteurs optroniques intégrés dans sa tourelle. À terme, les missiles Stinger seront remplacés par des missiles spécialisés dans la lutte contre les drones, comme le MBDA Enforcer (code d’effet 1800+).
En collaboration avec MBDA Allemagne, Rheinmetall présente également leur démonstrateur de système à énergie dirigée laser. Ce système a déjà été testé sur la frégate Sachsen entre juin 2022 et septembre 2023 avec plus de 100 tirs contre des cibles aériennes, et fait l’objet d’études complémentaires à la Wehrtechnische Dienststelle 91 de Meppen pour évaluer son potentiel. Les armes laser pourraient devenir un moyen peu coûteux et efficace pour contrer notamment des attaques massives de drones et autres menaces aériennes. Rheinmetall a d’ailleurs proposé leur intégration future au sein du Skyranger.
Stefan Axel Boes