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La Suède vient d’annoncer son plus important soutien militaire à l’Ukraine, incluant deux avions radar de surveillance ASC 890 et l’intégralité de ses véhicules blindés PBV 302 encore en réserve. Toutefois, la livraison des chasseurs Gripen a été bloquée in extremis, compromettant la capacité suédoise à honorer son engagement annuel de 25 milliards de couronnes suédoises (GSEK) sans épuiser gravement ses stocks militaires actuels. Par ailleurs, la Russie subit de lourdes pertes, notamment sur le front nord de Kharkiv où ses offensives butent toujours sur les lignes de défense ukrainiennes.

La Suède a dévoilé un nouveau paquet de soutien militaire à l’Ukraine d’une valeur de 13,3 milliards de couronnes suédoises, soit environ la moitié des 25 milliards annoncés pour cette année. Ce soutien comprend deux avions radar de commandement et de surveillance ASC 890, des missiles air-air AMRAAM, ainsi que tous les véhicules blindés PBV 302 conservés dans les réserves matérielles suédoises. Cette annonce a été faite lors d’une conférence de presse menée par le gouvernement et le parti au pouvoir « Tidölaget ».

Blocage des Gripen et épuisement des stocks suédois

Selon des sources proches du dossier, la livraison des chasseurs Gripen, initialement prévue, a été stoppée à la dernière minute, très probablement sous la pression des États-Unis. Officiellement, on justifie ce refus par des arguments diplomatiques prétendant que l’Ukraine ne pourrait gérer l’emploi simultané de deux types d’appareils de combat aériens, les F-16 et les Gripen, une explication tenue pour peu convaincante étant donné que les pays nordiques opèrent depuis longtemps plusieurs types d’avions grâce à des formations et des personnels en effectifs nombreux. En réalité, le blocage semble lié à l’interdiction d’utiliser la technologie suédoise dans des frappes contre le territoire russe.

La Suède devait fournir un système complet intégrant les ASC 890 en tant que centres de commandement et d’appui pour les Gripen, équipés de missiles AMRAAM destinés à neutraliser les missiles de croisière russes. Privée des chasseurs, la Suède envoie désormais uniquement les avions radar non offensifs ainsi que les missiles AMRAAM qui seront montés sur des F-16 ou adaptés pour le système de défense antiaérien NASAMS, déjà livré par la Norvège.

En parallèle, la Suède vide ses réserves en envoyant tous les véhicules blindés PBV 302 encore disponibles en réserve matérielle, un système contemporain des M113 américains, qui a déjà fait ses preuves en Ukraine. Ces véhicules sont robustes, simples à entretenir et adaptés pour des missions offensives directes, notamment dans des terrains difficiles où ils peuvent harceler les positions russes. Leur simplicité permet une formation accélérée – quelques semaines seulement – pour des conscrits sans expérience préalable.

Les limites du soutien suédois

Le principal défi pour la Suède réside dans l’engagement de 25 milliards de couronnes suédoises par an de soutien militaire à l’Ukraine, un objectif désormais compromis sans la livraison des Gripen. Le paquet actuel aurait pu atteindre ce montant s’il inclut entre 16 et 24 chasseurs intégrés au système radar ASC 890 et équipés des missiles AMRAAM. Trouver les fonds et le matériel nécessaires pour combler ce déficit, soit 12 milliards supplémentaires cette année et autant l’année prochaine, s’annonce compliqué.

En outre, continuer à fournir du matériel signifie puiser dans les stocks opérationnels régulièrement utilisés par les forces armées suédoises, ce qui affectera la capacité de défense nationale. En effet, l’armée a résisté à l’idée d’envoyer des chars Leopard 2 améliorés, mais a néanmoins expédié des canons automoteurs Strf 9040C – censés auparavant servir pour les missions à l’étranger et la défense du territoire insulaire de Gotland. Le stock de véhicules adaptés pour les opérations extérieures est quasi épuisé et leur valeur comptable ne suffira pas à atteindre les engagements financiers de la Suède.

Pour maintenir la formation des nouvelles cohortes de conscrits et répondre aux exigences de l’OTAN, la Suède devra jongler entre l’envoi des équipements en Ukraine et la nécessité de conserver un minimum de matériel au pays, notamment pour remplir ses obligations dans les pays baltes.

Formation et capacité d’intégration suédoises

Des sources indiquent que des formations ukrainiennes sur le système ASC-890 sont en cours depuis plus d’un an, signe que la livraison sera imminente, ce qui laisse supposer que la formation des pilotes de Gripen a également largement progressé. Toutefois, la livraison des Gripen reste suspendue car leur usage contre le territoire russe est interdit.

Cette situation est source de frustration parmi les responsables politiques, du FMV (l’administration suédoise des acquisitions de défense) et des forces armées, ce blocage étant intervenu la veille de l’annonce officielle. Ce contexte symbolise les tensions entre la volonté d’aider l’Ukraine et les contraintes internationales pesant sur l’exportation de matériels offensifs sensibles.

Les pertes russes se poursuivent sur le terrain

Hier, les forces russes ont subi des pertes très significatives sur le front nord de Kharkiv, avec environ 1 300 soldats tués selon l’état-major ukrainien. Leur offensive a échoué dès qu’elle a attaqué les lignes ukrainiennes, tandis que les lignes d’Avdiivka ont connu quelques progrès russo-ukrainiens réduits.

Les pertes russes incluent aussi 8 chars de combat, 33 véhicules blindés de combat d’infanterie ou véhicules à roues motorisés, 37 obusiers, 2 pièces d’artillerie à salves, 56 véhicules de transport et un nombre record de 20 équipements militaires spécialisés détruits.

Analyse du véhicule PBV 302

Le canon automatique de 20 mm monté sur le PBV 302 soulève des questions quant à son efficacité sur un champ de bataille moderne, notamment face à des soldats équipés de protections corporelles et casques balistiques. Historique, ce système a été développé dans les années 1930 et sa munition antipersonnel n’a qu’une faible capacité létale sur un soldat protégé. En comparaison, les mitrailleuses lourdes de 12,7 mm équipant les M113, bien que plus simples à entretenir, semblent offrir une meilleure capacité d’impact. En 2018, on recensait encore 180 PBV 302 en réserve en Suède, bien que le nombre exact ait pu diminuer depuis. Ce stock reste limité comparé aux ambitions financières annoncées par la Suède.

Le défi économique du soutien à long terme

Pour atteindre le seuil de 25 milliards de couronnes en fourniture annuelle uniquement avec des PBV 302 (valeur conservatrice estimée à 2 millions de couronnes par véhicule), il faudrait envoyer plus de 12 000 véhicules par an, un chiffre évidemment irréaliste. Même en incluant des équipements plus coûteux comme des navires de la classe Visby, leur quantité limitée ne permettrait pas de couvrir cet engagement. Cela illustre la difficulté qu’a la Suède à soutenir ses promesses à moins de livrer des systèmes avancés comme les Gripen.

Réactions officielles et soutien politique

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exprimé sa gratitude envers la Suède pour ce soutien exceptionnel. « Ce nouveau paquet met l’accent sur la défense aérienne, les munitions d’artillerie et les véhicules blindés, essentiels pour nos forces », a-t-il déclaré, soulignant que l’aide suédoise était cruciale pour la défense et la résilience ukrainiennes, ainsi que pour la sécurité à long terme en Europe.

L’ambassadeur d’Ukraine en Suède a insisté sur le fait que Kiev maintient sa demande de chasseurs Gripen et réfute l’argument selon lequel l’Ukraine ne pourrait pas gérer l’utilisation simultanée de différents modèles d’avions de combat.

Évolution du contexte militaire et stratégique

Par ailleurs, la Pologne aurait donné son accord à l’Ukraine pour utiliser les armes qu’elle a fournies contre des cibles situées en territoire russe, ouvrant la voie à des attaques plus profondes, notamment contre l’artillerie russe opérant à partir de Russie sur le front de Kharkiv.

Sur le terrain, la guerre s’étiole pour les forces russes. Elles multiplient les moyens improvisés pour compenser le manque de véhicules blindés, au point d’utiliser des équipements non militaires comme des motos ou des véhicules légers civils. Leur capacité offensive est désormais considérée comme épuisée, avec des pertes constantes de leurs moyens blindés.

Enfin, les services russes cherchent à camoufler leurs bases aériennes par des hangars temporaires afin de masquer leurs avions aux images satellites, une technique simple mais efficace pour rendre la surveillance plus difficile.

Sur le plan économique, la Russie traverse une période critique, avec des contrôles bancaires stricts, des mobilisations élargies – notamment autour de Moscou –, et une hausse des taxes, signe du stress financier grandissant. Cette fragilisation pourrait accélérer une spirale inflationniste et miner encore davantage son effort de guerre.

Sur le plan opérationnel ukrainien, des frappes à longue portée avec des missiles ATACMS viseraient à neutraliser les systèmes de défense aérienne russes protégeant le pont de Kertch, préparant ainsi des opérations futures contre cette infrastructure clé.

Slava Ukraini ! Gloire aux héros ! Ensemble vers la victoire !