Article de 801 mots ⏱️ 4 min de lecture

Une entreprise britannique spécialisée vient d’acquérir de l’artillerie soviétique ayant appartenu à Saddam Hussein pour l’acheminer vers l’Ukraine, renforçant ainsi l’arsenal des forces ukrainiennes dans leur lutte contre la Russie. Ces pièces d’artillerie, témoins d’un passé militaire complexe, parcourent aujourd’hui un nouveau parcours sur la scène des conflits contemporains.

Cette opération a été rendue possible par la société privée britannique Tanks-a-lot, qui a saisi l’opportunité d’acheter d’anciens obusiers soviétiques faisant autrefois partie de l’arsenal de Saddam Hussein. Originaires pour partie de sources autrichiennes et lettones, ces pièces d’artillerie russes ont traversé la mer Baltique avant d’être dispatchées vers leur destination finale : l’Ukraine.

L’historique de ces armes demeure en partie obscur, notamment sur la manière dont elles se sont retrouvées en Lettonie et sur leur itinéraire précis. Leur camouflage, conçu pour les environnements désertiques, trahit clairement leur origine soviétique et leur affectation initiale en Irak. Après la chute du régime de Saddam Hussein, ces armes avaient été saisies par les forces de la coalition américano-britannique, censées être désarmées et détruites. Cependant, faute d’une solution efficace, elles ont finalement regagné le territoire européen avant d’être redistribuées vers le front ukrainien.

Ces obusiers, surnommés ironiquement dans ce rebondissement historique, « Carnation » (Gvozdika) et « Acacia » (Akatsiya), symbolisent aujourd’hui une curieuse forme de « réincarnation » dans un conflit opposant indirectement ces armes à leur manufacturier d’origine.

Le 122 mm Gvozdika (2S1) est un obusier automoteur soviétique apparu à la fin du XXe siècle. Il est doté d’un canon de 122 mm capable d’atteindre des cibles à 15,3 kilomètres avec des munitions standard, et jusqu’à 21,9 kilomètres avec des projectiles à assistance fusée. En complément, il porte une mitrailleuse de 7,62 mm PKT pour la défense rapprochée. Ce système est capable de tirer divers types d’obus, incluant explosifs, perforants, fumigènes ou chimiques.

Durant les années 1980, sous Saddam Hussein, plusieurs centaines de ces Gvozdika furent achetées par l’Irak. Elles jouèrent un rôle important lors de la guerre Iran-Irak puis dans les affrontements du Golfe face aux forces de la coalition.

Le 152 mm Akatsiya (2S3), obusier automoteur soviétique dévoilé en 1971, se distingue par son canon de 152 mm monté sur un châssis motorisé blindé. Ce véhicule offre une mobilité accrue pour soutenir l’infanterie et les unités blindées par des tirs indirects puissants, avec une portée maximale d’environ 18,5 kilomètres en munition standard et jusqu’à 24 kilomètres avec projectiles assistés.

En Irak, des centaines d’unités Akatsiya furent intégrées à l’arsenal dans les années 1970 et 1980, renforçant la capacité d’artillerie du pays dans une logique d’expansion militaire.

Un besoin urgent en Ukraine

Les forces ukrainiennes, engagées depuis plusieurs années dans un conflit intense, subissent des pertes régulières d’artillerie automotrice, à la fois moderne et héritée de l’ère soviétique. Le marché des armes d’occasion se raréfie, obligeant Kyiv à mobiliser ses alliés pour compenser ce déficit critique.

L’offensive russe lancée en janvier sur les stocks de missiles ukrainiens a considérablement accentué les défis logistiques et stratégiques, poussant les partenaires d’Ukraine à diversifier et accélérer leurs livraisons d’équipements, parfois en piochant dans des stocks historiques inattendus.

Les munitions associées

La disponibilité des munitions pour ces obusiers reste incertaine. Bien que l’arsenal irakien originel ne soit pas clairement doté d’un stock stable, il est probable qu’Ukraine puisse s’appuyer sur son réseau d’alliés pour assurer un approvisionnement. En effet, la majeure partie des munitions de 122 mm Gvozdika est détenue par la Syrie et le Vietnam, pays toutefois peu enclins à y participer. Quant aux obus de 152 mm Akatsiya, ils se trouvent majoritairement en Russie, en Biélorussie et en Ukraine même.

Ces obusiers sont polyvalents, capables de tirer une vaste gamme de munitions : explosifs à fragmentation, fumigènes, éclairants, chimiques, mais aussi projectiles nucléaires en ce qui concerne l’Akatsiya – un aspect peu connu mais avéré.

Enfin, un point remarquable : ces obusiers peuvent tirer des munitions à guidage laser de précision – avec le missile Krasnopol pour l’Akatsiya et le Kitolov-2 pour le Gvozdika –, permettant des frappes exactes sur des cibles lointaines.

Ce transfert d’armes soviétiques historiques vers les lignes de front actuelles illustre la nature prolongée et complexe du conflit ukrainien, où des équipements du passé retrouvent une nouvelle jeunesse sur les théâtres d’opérations modernes.