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Les réactions à un article invité récent révèlent une opposition large et unanime parmi les Suédois à l’idée que les citoyens ordinaires puissent se promener armés en public pour se protéger contre la criminalité sévère. Ce constat persiste même si une grande majorité des lecteurs sont formés aux armes à travers le service militaire, la chasse, le tir sportif, ou par leur métier dans la police ou les forces armées. C’est sans doute parce qu’ils connaissent bien la réalité : un pays où chacun serait armé verrait inévitablement beaucoup plus de tirs accidentels sur des innocents.

La théorie selon laquelle les criminels réfléchiraient avant d’attaquer un potentiel adversaire armé ne tient pas. En réalité, les criminels violents manquent de maîtrise de soi, de sens des conséquences, et d’empathie. Ils ne se soucient pas que leurs victimes soient armées – ils se tirent dessus entre eux malgré ce risque.

Les armes à feu ne constituent donc pas un moyen de dissuasion efficace.

Les lecteurs de ce blog sont majoritairement des hommes blancs d’âge moyen, entre 30 et 55 ans, votant à droite, souvent très inquiets à la lecture des gros titres sur les violences par armes à feu dans les grands médias, alors qu’ils vivent dans des quartiers résidentiels paisibles. La plupart ont une certaine expérience des armes, soit par le service militaire, soit en tant que policiers, militaires, chasseurs ou tireurs sportifs.

C’est probablement cette connaissance des armes qui leur fait mesurer leur dangerosité, notamment dans les mains de civils stressés, impulsifs ou peu compétents. Le rejet du projet d’armer la population est donc très net, aussi bien dans les commentaires que sur les réseaux sociaux.

La Suède, avec un taux d’homicides comparable à celui de la Finlande, est confrontée essentiellement à des règlements de compte entre gangs armés. Armer la population civile n’effacerait en rien cette réalité. Au contraire, cela risquerait d’entraîner davantage de tirs accidentels et d’aggraver la situation sécuritaire.

La solution réside dans la réforme des lois, de la justice et des forces de l’ordre, afin d’adapter la Suède aux enjeux contemporains, et non pas dans l’armement des citoyens lambda. Armer la population civile ne ferait qu’ajouter des problèmes sans réduire la criminalité.

Pour autant, il est important de rappeler que la législation suédoise permet déjà à certains citoyens de posséder et d’utiliser des armes dans des conditions strictes. Par exemple, il est possible, après avoir passé un examen de chasse, de posséder des armes de fort calibre comme le .30-06, calibre capable de blessures mortelles.

Chez soi, on peut légalement porter un fusil à canon lisse ou un fusil à verrou, bien que leur maniement au quotidien soit contraignant. Se promener armé dans son jardin est théoriquement possible, mais les voisins sont susceptibles d’appeler la police en cas de port visible, ce qui entraîne souvent une intervention musclée même si aucune infraction n’est commise.

Vivre en milieu rural, notamment hors zones urbanisées, offre davantage de liberté pour porter et utiliser des armes légalement, y compris pour chasser ou se protéger. Là-bas, la présence d’armes est courante et généralement acceptée, ce qui n’est pas le cas dans les zones urbaines.

Concernant les fusils semi-automatiques comme les AR-15 ou AR-10, souvent évoqués dans le débat, ils sont reconnus pour être homologués pour la chasse en Suède. Toutefois, leur acquisition n’est pas principalement motivée par la chasse, puisque leurs détenteurs possèdent souvent déjà des carabines spécifiques à cet usage. Ces armes sont fréquemment achetées par des réservistes ou des militaires souhaitant s’entraîner ou se préparer à des scénarios de défense nationale, et non par des chasseurs au sens strict.

Il est admis que la rare utilisation d’armes à feu légalement détenues dans des crimes souligne la rigueur de la réglementation suédoise, qui reste à préserver pour éviter les dérives.

Les pouvoirs publics, y compris le gouvernement et le parlement, doivent concentrer leurs efforts sur la lutte contre la criminalité organisée, même si les compétences et les mesures actuelles donnent parfois une impression de gesticulation ou de politique spectacle.

La Suède ne vit plus dans une époque idyllique où le crime était marginal, ni dans un conte de fées rural où tout est paisible. Même en zone rurale, la criminalité peut être élevée, bien que moins médiatisée, et la présence policière y est souvent insuffisante. Ainsi, les appels récurrents à armer la population urbaine restent déconnectés des réalités de terrain et risquent d’aggraver la sensation d’insécurité.

Il convient de reconnaître que certains, dans une sorte de nostalgie mal comprise, proposent des solutions mal élaborées, comme celle d’armer la population civile avec des armes de poing, une idée qui n’est pas réservée aux simples citoyens, mais aussi parfois aux hommes politiques eux-mêmes.

Le taux de meurtres et de violences graves était plus élevé dans les années 1980, avant l’ère des réseaux sociaux qui amplifient aujourd’hui chaque incident à l’échelle nationale. Pourtant, les données officielles montrent clairement ces évolutions.

Cette prise de position a naturellement suscité le mécontentement des deux camps opposés – anti et pro-armes. Mais cela fait seize ans que ce débat agite le pays, et la controverse demeure.