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La riposte iranienne contre Israël semble s’être arrêtée, mais ses répercussions continuent de se faire sentir. Lors de l’aide apportée à Israël pour se défendre contre les missiles et drones iraniens, les responsables militaires et politiques américains ont été surpris de découvrir que même les missiles balistiques classiques, technologiquement dépassés, de l’Iran ne pouvaient pas être entièrement interceptés par les systèmes anti-aériens et antimissiles dernier cri des États-Unis. Face aux missiles chinois de la série Dongfeng, notamment les missiles hypersoniques, les États-Unis seraient-ils capables de se protéger efficacement ?

Le constat iranien et l’état de la défense antimissile américaine
Selon le général de brigade Amir Ali Hajizadeh, commandant des forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique, lors des frappes de représailles contre Israël, les Gardiens n’ont pas utilisé de missiles balistiques récents comme les Hormuz Shaher, Sajil Martyr Hajj Kasim, ni les armes avancées telles que les missiles hypersoniques Fateh. L’Iran a principalement lancé la série Meteor-3, des missiles balistiques à propergol liquide à moyenne portée, ainsi que la série Qiam, à propergol solide, armement en service depuis plus de dix ans. Soutenus par un certain nombre de drones suicides longue portée, ces moyens ont réussi à perturber significativement les capacités de défense aérienne d’Israël et de ses alliés occidentaux, malgré un effort limité.

Cette révélation sur l’insuffisance des taux d’interception face à des missiles balistiques « anciens » a renforcé la perception d’une crise aux États-Unis. En effet, l’Armée populaire de libération chinoise (APL) a massé des milliers de missiles balistiques visant le détroit de Taiwan, y compris des armes à grande vitesse comme le Dongfeng-17. Les modèles moins avancés comme le Dongfeng-15 et le Dongfeng-16 disposent aussi de capacités de manœuvre en phase terminale, dépassant largement les performance des missiles Meteor.

Une réponse américaine ambitieuse : le Next Generation Interceptor
Face à ces menaces, l’Agence américaine de défense antimissile (MDA) a choisi, en partenariat avec Lockheed Martin, de développer un nouveau système d’interception bientôt destiné à remplacer les systèmes Patriot-3, THAAD et les intercepteurs Standard Missile-3. Ce futur système, nommé Next Generation Interceptor (NGI), vise à défendre le territoire américain contre les missiles en provenance de Chine, Russie, Iran et Corée du Nord.

Le NGI devrait être opérationnel d’ici 2028. Lockheed Martin a remporté ce contrat d’une valeur de 17,7 milliards de dollars après avoir devancé Northrop Grumman. Ce succès intervient dans un contexte difficile pour l’industriel, confronté à une baisse des commandes de F-35 et à l’annulation d’un programme d’hélicoptères de reconnaissance avancée de l’Armée de terre américaine. Ce contrat pourrait donc refléter une volonté politique de maintenir la solidité de ce géant de l’armement.

Historiquement, la défense du territoire américain, incarnée par le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) depuis la Guerre froide, concentre une part majeure des investissements militaires. Actuellement, 44 systèmes de défense balistique terrestre (GMD – Ground-Based Midcourse Defense) sont déployés, principalement à Greely en Alaska, avec quelques unités à la base aérienne de Vandenberg en Californie.

En théorie, les GMD étaient à peine suffisants face aux missiles intercontinentaux soviétiques, mais des évaluations récentes montrent qu’ils sont inefficaces contre des missiles à ogives multiples ou à leurres et risquent d’échouer face à des attaques saturantes. Une modernisation est donc impérative. En réponse, l’administration Biden a demandé au Congrès 28,4 milliards de dollars pour l’exercice 2025 afin d’acquérir 20 systèmes NGI, également destinés à renforcer la défense aérienne nordique et la surveillance.

Pour convaincre, le Pentagone souligne que le NGI sera compatible avec les GMD existants tout en améliorant la défense dite de low-tier, c’est-à-dire la capacité d’intercepter aussi bien les missiles à courte portée que les systèmes tactiques comme Patriot et THAAD. Cette approche multi-couches, déjà éprouvée en Ukraine, vise à combler le manque actuel de défense contre les missiles balistiques à moyenne portée, qui menacent le territoire américain à des distances inférieures à celles des missiles intercontinentaux.

Un défi multidimensionnel face aux menaces maritimes avancées
Ce système composite vise également à contrer les menaces provenant de navires de surface et de sous-marins capables de lancer des missiles balistiques à moyenne portée ou hypersoniques. Sur ce point, les capacités russes incluent des sous-marins nucléaires de la classe 949AM Antey, équipés de missiles lourds supersoniques anti-navires Granit ou Onyx, ainsi que les sous-marins nucléaires 885M Yasen, aptes à lancer des missiles de croisière, voire à l’avenir des hypersoniques Tsirkon.

Du côté chinois, les destroyers de classe Type 055 équipés de missiles hypersoniques YJ-12X, voire de versions plus avancées, constituent une menace majeure pour la Marine américaine. Contrairement à la Russie qui repose sur sa flotte de sous-marins nucléaires, la Chine développe une flotte complète avec porte-avions, destroyers, frégates et sous-marins nucléaires, appuyée par une capacité de lancement de missiles balistiques et hypersoniques embarqués.

Une montée en puissance progressive face aux avancées chinoises
Le développement de ces nouveaux systèmes de défense par les États-Unis reste prudent. Il y a vingt ou trente ans, une telle menace aurait probablement conduit à des réponses beaucoup plus agressives. Faute de pouvoir éliminer totalement ces menaces en amont, Washington s’oriente vers une défense échelonnée, selon la recommandation de Robert Soofer, ancien sous-secrétaire adjoint à la Défense pour la politique nucléaire et de défense antimissile. Soofer préconise un déploiement en strates, combinant différentes technologies et plateformes pour former un réseau défensif multi-couches, plus efficace et économique, notamment dans le contexte de la sécurité intérieure.

Le succès du NGI n’est pas garanti, mais compte tenu des besoins impérieux des États-Unis et des compétences technologiques de Lockheed, il est plausible que d’ici 2028 un système capable d’intégrer la défense contre les missiles moyen, intermédiaire et intercontinental puisse voir le jour. Cependant, le délai reste préoccupant, notamment face à la rapidité avec laquelle la Chine modernise et étend ses capacités militaires. L’avenir réserve sans doute de nouvelles surprises dans cet affrontement stratégique entre superpuissances.