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Une avancée technologique chinoise révolutionnaire permet de multiplier par 60 000 la détection radar des avions furtifs américains, dont les F-22 et F-35. Cette innovation remet en question la furtivité des plateformes aériennes de dernière génération et expose même le futur bombardier B-21 à une menace accrue.

Selon un rapport du South China Morning Post daté du 18 avril, des scientifiques chinois ont mis au point une technologie capable d’amplifier les signaux ultra-faibles émis par les avions furtifs jusqu’à 60 000 fois. Ce développement majeur rend ainsi beaucoup plus vulnérables les avions dont la signature radar est extrêmement réduite.

Un saut technologique dans la détection des appareils furtifs

Le F-22 est reconnu comme l’un des meilleurs chasseurs furtifs de cinquième génération, avec une section radar frontale (Radar Cross Section – RCS) de seulement 1 centimètre carré, soit l’équivalent du reflet d’une surface métallique de la taille d’une ongle. Pour comparaison, un avion de chasse de quatrième génération affiche une surface radar typique de 3 à 5 mètres carrés et peut être détecté à environ 160 km.

À partir d’une relation proportionnelle, un avion avec une surface radar de 0,0001 mètre carré (soit 1 cm²) ne serait détectable qu’à moins de 10 km par un radar classique, entrant alors dans un rayon quasi visuel. Cette distance de détection est également celle à laquelle les missiles air-air à guidage infrarouge peuvent verrouiller leur cible sans être détectés.

Or, les chercheurs chinois ont publié dans le Journal de l’Université Beihang un article révélant une méthode permettant d’amplifier la réflexion radar du F-22 de 60 000 fois ! Autrement dit, sa signature équivaudrait à une surface RCS de plus de 6 m², ce qui repousserait sa distance de détection à plus de 200 km.

Principes et portée du procédé

Cette nouvelle technologie exploite un réseau coordonné de radars répartis sur le théâtre des opérations. Au lieu de fonctionner isolément, les radars envoient et reçoivent des signaux qui, une fois traités par un système complexe, sont superposés et synchronisés pour générer une image cohérente et stable du champ de bataille, même face aux manœuvres des avions furtifs.

Contrairement aux radars classiques qui subissent des pertes lors des changements d’attitude ou d’altitude de la cible, ce dispositif multi-angle assure un suivi continu des F-22 et F-35. La technologie utilise une méthode d’« ordonnancement intelligent des ressources » afin d’adapter en temps réel la puissance et les paramètres des radars en fonction de la position et des caractéristiques de la cible.

Ainsi, même avec un engagement partiel de chaque radar, la combinaison des signaux permet d’aboutir à une détection précise et à un guidage efficace. La surface couverte atteint 63 000 km² avec une précision de localisation pouvant descendre à 20 mètres d’erreur. Ces données répondent pleinement aux besoins du contrôle du tir des missiles air-air à moyenne portée comme le PL-15 chinois, dont la portée est estimée entre 200 et 300 km.

Ce niveau de précision permet un verrouillage quasi instantané – en 0,008 seconde pour une seule cible – et assure une mise à jour permanente des trajectoires grâce aux liaisons de données en temps réel. La manœuvrabilité exceptionnelle des F-22 se trouve ainsi largement neutralisée face à ces missiles dotés de systèmes de guidage corrigés en temps réel.

Détection infrarouge passive : un complément redoutable

En complément, la Chine a également progressé dans la détection passive infrarouge. Une technologie récente est capable d’identifier des signatures infrarouges d’avions furtifs à près de 300 km, bien au-delà des capacités des radars à antenne réseau. Cette technique exploite la détection de photons isolés pour suivre et localiser les cibles de manière passive, sans émission d’ondes radar révélatrices.

Cette capacité passive ne nécessite pas d’activation de signal, ce qui rend l’avion « invisible » tout en étant suivi de près. Les données infrarouges peuvent être enrichies par un laser pour améliorer la résolution, permettant ainsi d’identifier des configurations précises, comme le nombre de moteurs ou les contours.

Les capteurs utilisés sont compacts et adaptables à divers moyens, y compris des satellites, des véhicules terrestres, et des avions de chasse, ce qui facilite leur intégration dans les systèmes d’alerte et de ciblage.

Un avenir incertain pour les forces furtives américaines ?

Avec ces technologies, la zone maritime du Pacifique occidental devient presque transparente aux radars chinois. Les capacités de détection et de verrouillage offensif remettent en question la liberté d’action des appareils furtifs américains aux portes de la Chine.

Ce constat s’associe à un recul annoncé dans les ambitions américaines concernant le bombardier furtif B-21 Raider. Lors d’une audition récente devant le Sénat américain, le chef d’état-major de l’US Air Force, David W. Allvin, a confirmé que l’USAF envisageait un plafond de 100 exemplaires seulement, nettement inférieur aux besoins estimés à 225-250 unités par certains analystes.

Le B-21, prévu pour des missions de pénétration profonde dans des zones à forte défense anti-accès, risque désormais de se heurter à des systèmes de détection chinois nettement améliorés. Son efficacité dans l’espace aérien hautement surveillé des côtes chinoises est ainsi mise en doute.

À l’heure où la guerre électronique et la reconnaissance multifaisceaux prennent une place cruciale, la suprématie technologique, jusque-là attachée aux avions furtifs de dernière génération, pourrait basculer en faveur de ceux qui maîtrisent les systèmes d’observation multi-capteurs et le traitement avancé de données.