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L’Allemagne se montre prête à engager ses forces navales dans le cadre d’une mission européenne visant à protéger la navigation commerciale en Mer Rouge, une zone stratégique en proie à une recrudescence des attaques des milices Houthis. Alors que les États-Unis ont initié fin 2023 l’opération Prosperity Guardian pour contrer ces agressions, le gouvernement allemand privilégie toutefois une initiative sous mandat européen.

Lors d’une conférence de presse tenue mercredi, Sebastian Fischer, porte-parole du ministère des Affaires étrangères allemand, a déclaré :

« Permettez-moi de commencer par souligner que les attaques violentes menées par les Houthis contre la navigation commerciale civile sont une atteinte grave à la sécurité du trafic maritime international, mettent en danger des routes commerciales mondiales majeures, sont totalement inacceptables et doivent cesser. »

« Au sein de l’Union européenne, plusieurs options sont à l’étude pour que l’UE et ses États membres participent à la protection de cette route commerciale. L’une d’elles concerne l’extension de l’opération Atalanta vers la Mer Rouge. Ce débat, déjà largement discuté avant les fêtes de Noël, s’est heurté à des réserves d’un État membre, ce qui empêche à ce jour d’aboutir à un consensus. »

« En parallèle, une mission européenne autonome pour la Mer Rouge est à l’étude à Bruxelles. Le gouvernement allemand s’y montre favorable et maintient un dialogue étroit avec le Service européen pour l’action extérieure. »

Interrogé sur la possibilité d’autres options que la mission européenne, M. Fischer a précisé : « Nous examinons toutes les possibilités juridiquement et constitutionnellement viables. »

Concernant une éventuelle mission calquée sur l’opération Counter Daesh, il a rappelé : « Nous y avons participé, mais cela reposait sur des conditions spécifiques, notamment des résolutions des Nations unies. »

Mise à jour : Mercredi soir, plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont diffusé une déclaration conjointe pour avertir les milices Houthis d’une escalade supplémentaire. Ils affirment : « Si les Houthis continuent de menacer des vies humaines, l’économie mondiale et la libre circulation des marchandises sur les voies maritimes clés de la région, ils devront en assumer les conséquences. »

La déclaration, diffusée par le ministère allemand des Affaires étrangères, précise :

« Déclaration conjointe des gouvernements des États-Unis, Australie, Bahreïn, Belgique, Canada, Danemark, Allemagne, Italie, Japon, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni »

« En reconnaissance du large consensus manifesté par 44 pays le 19 décembre 2023, ainsi que de la déclaration du Conseil de sécurité des Nations unies du 1er décembre 2023 condamnant les attaques des Houthis contre les navires commerciaux en Mer Rouge, et au regard des attaques répétées, y compris une escalade significative la semaine dernière avec des tirs de missiles, des assauts de petites embarcations et des tentatives de prises d’otages sur des navires commerciaux, nous réaffirmons et mettons en garde les Houthis contre toute nouvelle agression : »

« Les attaques continues des Houthis en Mer Rouge sont illégales, inacceptables et profondément déstabilisantes. Rien ne justifie les actions ciblées contre la navigation civile et les navires militaires. Les attaques par drones, petites embarcations et missiles, notamment la première utilisation de missiles balistiques anti-navires contre des navires commerciaux, représentent une menace directe à la liberté de navigation, pilier du commerce mondial sur l’une des voies maritimes les plus importantes au monde. »

« Ces attaques mettent en danger la vie d’innocents à travers le monde et posent un problème international nécessitant une réponse collective. Près de 15 % du commerce maritime mondial emprunte la Mer Rouge, incluant 8 % du commerce mondial de céréales, 12 % du commerce pétrolier maritime et 8 % du commerce mondial de gaz naturel liquéfié. En conséquence, de nombreuses compagnies maritimes détournent désormais leurs navires autour du Cap de Bonne-Espérance, ce qui renchérit considérablement les coûts, retarde les livraisons de plusieurs semaines, et menace l’acheminement essentiel de denrées alimentaires, de carburants et d’aides humanitaires dans le monde entier. »

« Notre message est clair : nous exigeons l’arrêt immédiat de ces attaques illégales et la libération sans délai des navires et équipages détenus illégalement. Si les Houthis persistent à menacer des vies humaines, l’économie mondiale et la libre circulation des marchandises sur ces routes clés, ils en porteront la responsabilité. Nous restons engagés envers l’ordre international fondé sur des règles et déterminés à tenir les auteurs d’actes malveillants responsables de leurs actions illégales. »

Contexte : Cette déclaration survient alors que les compagnies maritimes internationales multiplient les détours pour éviter la Mer Rouge et le canal de Suez à cause du risque croissant d’attaques Houthies, engendrant de lourdes perturbations logistiques et économiques.