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L’Indonésie a visiblement reconsidéré son projet d’acquisition de douze avions de chasse Dassault Mirage 5 en provenance du Qatar, comme l’a révélé un reportage diffusé le 1er janvier sur la chaîne TV One. Cette décision marque un tournant dans la modernisation des forces aériennes indonésiennes.

Dahnil Anzar Simanjuntak, porte-parole du ministre indonésien de la Défense Prabowo Subianto, a confirmé que « la décision d’acheter l’escadron de Mirage 2000-5 auprès du Qatar a été mise en suspens. »

Les motifs officiels de ce report n’ont pas été précisés. Toutefois, des sources locales indiquent qu’en dépit d’une garantie gouvernementale de 734,5 millions de dollars en faveur du ministère de la Défense, l’Indonésie rencontre des difficultés à obtenir un prêt étranger pour financer cette acquisition.

Un problème financier récurrent

Les contraintes budgétaires pèsent régulièrement sur la défense indonésienne ces dernières années. Le pays avait initialement participé au programme sud-coréen ambitieux de développement du chasseur de 5e génération KF-21 Boramae. Toutefois, Jakarta peine à honorer ses engagements financiers depuis le début du programme.

En 2023, un accord entre la Corée du Sud et les Émirats arabes unis a vu ces derniers reprendre la dette de l’Indonésie au titre du projet KF-21, prenant ainsi sa place dans le programme.

Un avion ancien

L’objectif initial de l’Indonésie était d’acquérir ces 12 Mirage 5 d’origine française fabriqués par Dassault d’ici fin 2023, ou au plus tard mi-2024. Ces appareils auraient temporairement comblé un vide capacitaire jusqu’à la livraison prévue en 2026 du premier Rafale commandé à la France.

Il convient de souligner que ces Mirage 5 qatariens ne sont pas des appareils neufs. Selon des sources indonésiennes, ils ont été exploités seulement à 30 % de leur potentiel, tandis qu’Indonésie aurait utilisé les 70 % restants. Les défenseurs de cette acquisition jugent que le Mirage 5 représente une solution d’appoint adéquate, mais il faut garder à l’esprit que cet avion est hors production depuis longtemps, ce qui complique la disponibilité des pièces de rechange.

Le report de cette acquisition pourrait finalement s’avérer bénéfique, car l’entretien de ces avions aurait entraîné un coût important pour le contribuable indonésien, potentiellement supérieur aux prévisions initiales.

Pénurie de pièces détachées

Dans une émission retransmise sur TV One, l’ancien commandant des forces armées indonésiennes (TNI), le général Andika Perkasa, a estimé que l’achat des Mirage 2000-5 n’était pas judicieux.

« J’ai déjà discuté avec l’usine Dassault Aviation et il m’a été confirmé que le Mirage 2000-5 n’est plus en production. Cela signifie que nous serons confrontés à des difficultés pour l’entretien à cause du faible accès aux pièces détachées », a-t-il expliqué. « Les pièces ne peuvent être obtenues que par l’intermédiaire des pays exploitant encore cet avion ou via le marché noir, ce qui fera inévitablement grimper les coûts. »

Des obstacles juridiques

Bobby Additio Rizaldi, membre de la Commission I du Parlement indonésien, est à l’origine de la décision de suspendre l’acquisition des chasseurs qataris. Il a appelé le gouvernement à revoir son projet d’achat des Mirage 2000-5 issus de l’ancienne Royal Qatar Air Force.

Il a notamment souligné la nécessité d’éviter une infraction à la loi numéro 16 de 2012 sur l’Industrie de Défense, qui impose que l’acquisition d’équipements militaires respecte des critères d’intégration industrielle locale et génère un avantage commercial.

« Pour respecter la loi sur l’Industrie de Défense, les contrats d’achat doivent inclure des retombées commerciales, du contenu local et des compensations industrielles. Ce point semble problématique dans le cadre de cet achat de chasseurs qataris, » a-t-il affirmé. Il a en outre conseillé au gouvernement d’opter pour des matériels neufs, concluant simplement : « Il faut acheter du neuf. »