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Le ministère russe de la Défense affirme avoir détruit trois systèmes de lance-roquettes multiples (LRM), dont deux HIMARS américains et un lance-roquettes Alder, le 31 décembre 2024, dans les environs de Selidovo dans la République populaire de Donetsk, ainsi qu’à Gloubokoye, dans la région de Kharkiv.

Le 1er janvier, la chaîne Telegram Military Informant a diffusé une vidéo montrant un système HIMARS ayant récemment tiré une salve, puis attaqué par des roquettes d’artillerie équipées de munitions à fragmentation près de Konstantinovka. Ces frappes sur le lance-roquettes laissent à penser à sa destruction, même si la véracité de l’enregistrement reste à confirmer faute de preuves tangibles.

Malgré ce manque de confirmation visuelle incontestable, il est probable que les forces russes aient réussi à toucher un HIMARS avant son retrait complet de la zone de lancement. Cet exploit est d’autant plus notable que neutraliser un système HIMARS s’avère généralement très complexe.

Le défi tactique

Le HIMARS est conçu pour une mise en œuvre rapide et une mobilité élevée. Ce système monté sur un véhicule à roues embarque un seul compartiment contenant six roquettes guidées GMLRS, capables d’atteindre des cibles jusqu’à 90 km de distance.

La précision remarquable du HIMARS réside dans ses roquettes guidées par GPS (SATNAV) et son système de navigation inertielle (INS), lui permettant d’éliminer des objectifs de haute valeur jusqu’à 40 km derrière les lignes ennemies, tout en opérant à environ 50 km du front. Ce positionnement le met hors de portée de la plupart des drones kamikazes russes et des systèmes LRM adverses.

Le temps nécessaire pour lancer l’intégralité des roquettes varie selon des paramètres classifiés, notamment la variante des roquettes, la séquence de tir et les procédures de l’équipage. En revanche, on sait que ce laps de temps, additionné au délai de repositionnement, reste inférieur à la combinaison du temps de vol des roquettes, à celui de la détection radar et de la réponse par tir de contre-batterie. Sur le plan stratégique, le HIMARS conserve ainsi un avantage net.

Le lance-roquettes russe Tornado-S, une réponse partielle

Le Tornado-S russe peut lancer des roquettes guidées de 300 mm, dotées de munitions unitaires ou à sous-munition, sur des distances supérieures à 100 km. Toutefois, en matière de tirs de contre-batterie, ses projectiles atteignent généralement la zone de lancement trop tard, après que le HIMARS s’est déjà repositionné en sécurité.

Une vidéo récente montre pourtant des roquettes arrivant sur le point de lancement avant que le HIMARS ne puisse se mettre à l’abri. Cela s’expliquerait par un tir anticipé des roquettes russes avant l’atterrissage des projectiles HIMARS dans la zone ciblée, réduisant ainsi le temps de réaction adverse et piégeant potentiellement le système américain.

Cependant, une question demeure clé : comment les Russes ont-ils localisé avec précision un point de lancement sans recourir au radar de localisation de tir, qui calcule la trajectoire générale des roquettes ? La réponse probable réside dans la détection optique ou électronique de la traînée de lancement des roquettes GMLRS.

Un dispositif de reconnaissance avancé ?

Les forces russes disposent de plusieurs technologies aériennes capables d’identifier le lancement HIMARS et de guider les tirs de contre-batterie au sol. Parmi elles figurent l’avion de reconnaissance Tu-214R, les drones MALE Orion, ainsi que la constellation satellitaire EKS Kupol.

Le Tu-214R, équipé d’un radar à antenne active AESA et d’un système optronique haute résolution, est spécialisé dans la reconnaissance électronique et optique. Déployé depuis septembre 2022, il contribue à la détection puis à la localisation des tirs adverses.

Les drones Orion, performants en reconnaissance radar et optique, restent protégés des défenses aériennes ukrainiennes en étant utilisés principalement pour la surveillance, offrant une capacité de veille continue grâce à leur endurance de 24 heures et leur altitude de fonctionnement d’environ 6 000 mètres.

Enfin, le système d’alerte précoce aux lancements de missiles balistiques EKS Kupol, reposant sur six satellites Toundra en orbite elliptique Molnya et bientôt renforcé, semble également capable de détecter les lancements de roquettes GMLRS, assurant une surveillance permanente pour une réaction rapide.

Ces moyens combinés impliquent que la Russie pourrait désormais repérer avec une précision inédite la signature thermique et visuelle de la trace des roquettes HIMARS dès leur lancement, améliorant ainsi considérablement ses capacités de contre-batterie.

Des incertitudes demeurent

Cependant, neutraliser un HIMARS reste un défi. La précision des tirs de contre-batterie, même avec guidage GPS et inertiel, est limitée à environ dix mètres, parfois insuffisant contre la robustesse du système américain. De plus, l’emploi de roquettes à sous-munitions complique la destruction certaine du véhicule de lancement.

Le développement éventuel d’une capacité de guidage terminal sur les roquettes russes serait un atout majeur pour garantir la destruction des HIMARS, mais cette technologie reste pour l’instant à venir.

Si la revendication russe de destruction de deux lance-roquettes HIMARS se confirme, elle constituerait un signal fort quant à la capacité de Moscou à limiter l’efficacité des systèmes américains soutenant l’armée ukrainienne, et pourrait influencer le déroulement du conflit en 2024.