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Les forces spéciales irlandaises, connues sous le nom de Army Ranger Wing (ARW), font face à une réforme majeure qui comprend un changement de nom, un renforcement des effectifs et une réorganisation de leur structure de commandement. Cette révision profonde marque la plus importante évolution depuis leur création il y a 43 ans.

Le Army Ranger Wing est l’unité la plus élitiste et secrète des forces armées irlandaises. Selon les plans actuels, il prendra le nom d’Ireland Special Operations Force (IRL-SOF) et verra ses effectifs augmenter significativement. Bien qu’Irlande soit membre de l’Union européenne, elle ne fait pas partie de l’OTAN, mais participe au programme Partenariat pour la Paix et aux missions de l’OTAN, de l’ONU et de l’UE.

Actuellement, l’ARW compte environ 200 militaires spécialisés dans les opérations terrestres, maritimes et aériennes, ce qui lui confère une capacité d’action multidomaine. L’unité dépend directement de l’état-major des forces irlandaises et fait partie du Defence Forces Training Centre (DFTC) situé au camp de Curragh, dans le comté de Kildare. Le DFTC comprend également d’autres composantes comme la 1re et la 2e brigade ainsi que plusieurs groupes spécialisés. Les capacités aériennes sont assurées par l’Irish Air Corps via des aéronefs tels que le CASA CN-235MP, le Cessna FR 172 ou l’AW139, mais ne font pas partie intégrante de l’ARW.

Une évolution majeure concerne la séparation de l’ARW en trois unités distinctes, chacune dédiée à une spécialité particulière. La Special Operations Land Task Group (SOLTG) reprend les missions terrestres traditionnelles de l’ARW, telles que la reconnaissance spéciale et le sauvetage d’otages, avec un maintien probable du béret vert et du badge à l’éclair caractéristiques.

La Air Task Group (ATG), basée au quartier général de l’Air Corps à Baldonnel, près de Dublin, sera spécialisée dans les opérations de transport aérien, notamment le parachutage et le fast roping. Enfin, la marine Task Group sera dédiée aux opérations maritimes, comme l’interception et la libération de navires, intégrant notamment les nageurs de combat, depuis la base navale d’Haulbowline.

Toutes ces unités seront regroupées sous l’appellation IRL-SOF et placées sous la direction d’une autorité dédiée aux opérations spéciales, probablement dirigée par un colonel et rattachée à l’état-major des forces irlandaises.

Cette réforme vise à renforcer le statut des forces spéciales, élargir leurs capacités d’intervention, notamment au-delà des frontières de l’île, et accroître leur autonomie. Les analystes militaires irlandais évoquent notamment la montée des menaces terroristes, exacerbées par les tensions au Moyen-Orient, comme facteur déclencheur de ces changements.

Le recrutement est cependant un défi important. Les candidats au sein des forces spéciales passent un processus de sélection rigoureux avec un taux de réussite inférieur à 10%. Afin d’appuyer les opérateurs, la doctrine prévoit qu’ils soient accompagnés de plusieurs opérationnels de soutien (supporters and enablers). Un nouveau programme de recrutement pour ces personnels d’appui est en cours de développement. Par ailleurs, des méthodes nouvelle génération de sélection, élaborées avec des experts en sciences du sport, ont permis de réduire drastiquement les blessures chez les candidats.

En 2023, les primes versées aux membres de l’ARW ont été significativement augmentées après une longue négociation avec le ministère de la Défense, afin d’accroître l’attractivité de cette unité. Un nouveau siège spécifique à l’ARW, situé au camp de Curragh, est également en construction et devrait être opérationnel en 2024. Ce projet inclut des infrastructures modernisées et un équipement amélioré.

Les forces armées irlandaises comptent actuellement moins de 8 000 soldats, soit un déficit de plus de 1 500 militaires par rapport aux effectifs prévus. L’objectif est de porter ce nombre à 11 500 d’ici 2028.

Même si les forces irlandaises et leurs unités spéciales restent relativement modestes en taille, elles jouent un rôle non négligeable au sein des opérations internationales. Elles ont été engagées à plusieurs reprises dans des missions OTAN, ONU et UE, notamment en Afghanistan, au Tchad, à Timor-Oriental, en Irak, au Liberia, en Somalie et récemment au Mali dans le cadre de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies (MINUSMA). L’ARW a aussi fourni des éléments spécialisés pour la Battle Group européenne commandée par l’Allemagne en 2020 et devrait contribuer à nouveau à la mission prévue en 2025.

Andre Forkert