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L’US Air Force enquête actuellement sur les risques cancérogènes potentiels liés à ses silos de lancement nucléaires, mais les dossiers récemment dévoilés révèlent que le service connaissait depuis des années la présence de substances toxiques dans ces installations.

Selon un rapport de l’Associated Press, qui a obtenu plusieurs documents internes de l’Air Force remontant à plusieurs décennies via une demande au titre de la loi sur la liberté d’information, l’Armée de l’air savait non seulement que de nombreux produits chimiques utilisés dans les bases de missiles nucléaires représentaient un danger, mais elle a également enregistré des fuites et déversements répétés ayant impacté le personnel des centres de contrôle de lancement (LCC) situés dans ces infrastructures.

Les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) terrestres sont déployés dans trois bases du Midwest américain : la base aérienne F.E. Warren dans le Wyoming, la base Malmstrom dans le Montana et la base Minot en Dakota du Nord. Les documents obtenus révèlent des rapports internes sur la présence d’amiante, marqués « PRIORITÉ » dès 1992, ainsi que des fuites d’amiante dans les silos dès 1989. En 1987, une fuite de polychlorobiphényles (PCB) sous une forme gluante provoqua des maux de tête et des nausées chez les personnes exposées.

Malgré ces incidents, les évaluations de l’Air Force sur les installations en 2001 et 2005 affirmaient que les centres de contrôle étaient sûrs, qualifiant même certaines zones « dépourvues de risques sanitaires ». Cette évaluation contrastait fortement avec les presque deux décennies de risques avérés d’exposition à l’amiante et aux PCB.

Les centres de contrôle de lancement, enterrés à plusieurs dizaines de mètres sous terre, sont occupés en continu par des équipages qui passent de nombreuses heures dans ces espaces confinés, augmentant ainsi leur risque d’exposition aux substances toxiques. L’an dernier, plusieurs anciens personnels sont venus témoigner avoir développé un cancer, ce qui a conduit l’Air Force à initier une série de mesures destinées à tester les LCC encore en service et à recenser les personnes affectées par ces matériaux dangereux.

Au début de l’été, le Commandement Global Strike de l’Air Force, responsable des missiles balistiques intercontinentaux, a détecté deux cas de niveaux élevés de PCB dans les LCC de Minot et Malmstrom. Un nettoyage complet des trois bases nucléaires a été ordonné. Une mise à jour en décembre a révélé quatre incidents supplémentaires de niveaux élevés de PCB détectés dans les LCC de Malmstrom et F.E. Warren.

Par ailleurs, l’Armée de l’air cherche à établir précisément le nombre de personnels, actifs ou retraités, affectés par un cancer. Cette enquête a été élargie en ce début de mois au-delà des seuls équipages des centres de contrôle, englobant l’ensemble des personnels ayant travaillé sur les missiles nucléaires terrestres.

Les PCB sont reconnus par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) pour leurs effets potentiellement cancérogènes mais aussi non cancérogènes. Interdits depuis les années 1970, ces composés restent présents dans certains équipements plus anciens, constituant ainsi un risque persistant, comme le confirment les documents dévoilés par l’Associated Press.

Les silos nucléaires américains n’ont pas échappé à d’autres problèmes, tels que des systèmes électroniques et informatiques obsolètes, ou encore des témoignages relatant l’usage de drogues hallucinogènes par certains militaires en service.

Actuellement, l’armée américaine travaille au remplacement des missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III par les nouveaux missiles Sentinel ICBM. Dans ce cadre, de vastes travaux de rénovation sont prévus pour les trois bases nucléaires, incluant le remplacement des centres de contrôle existants. Néanmoins, ces derniers, malgré leur historique d’exposition toxique, continueront d’être utilisés jusqu’à leur remplacement effectif.