Le chef de l’armée allemande alerte sur l’aggravation des problèmes d’équipement liée à la création d’une nouvelle brigade en Lituanie. Selon lui, l’armée de terre est déjà sous-financée et la mise en place de cette unité permanente à l’étranger risque de réduire davantage ses capacités matérielles.
Dans un document daté de novembre et adressé au ministère de la Défense, le général Alfons Mais, inspecteur de l’armée de terre, dresse un état des lieux précis des besoins matériels pour la formation de la brigade proposée en Lituanie. Cette démarche s’inscrit dans la préparation de ce déploiement, mais ce sont surtout les conclusions du chef d’état-major qui suscitent l’attention.
Le général Mais indique que l’armée de terre ne dispose actuellement que de 60 % du matériel nécessaire pour remplir ses missions. Avec la mise sur pied de la brigade en Lituanie, ce taux pourrait chuter à 55 %. Cette baisse reflète les exigences de dotation complète des forces stationnées en Baltique, ce qui entraînerait des lacunes accrues dans les équipements disponibles sur le sol allemand.
Dans une communication interne, diffusée avant publication, le général Mais exprime de fortes réserves sur la capacité à réaliser ce projet sans investissements massifs. Il écrit : « Je ne peux que souligner à nouveau que l’équipement matériel de l’armée de terre, au regard de ses missions, est à partir de 2025 déjà plus que limite et restera sous-financé malgré tous les efforts positifs. »
Son analyse est sans concession : « La marge de manœuvre est tout simplement insuffisante ». Il précise que l’armée est équipée à seulement 60 % sur l’ensemble des catégories de matériel, « de l’artillerie aux tentes ». La création de cette nouvelle grande unité sans financements supplémentaires « fera baisser ce taux à 55 % ».
Le général souligne également que les besoins matériels spécifiques à cette brigade n’ont pas encore été intégrés dans les prévisions budgétaires du ministère. Il appelle à une décision de haut niveau pour allouer clairement les ressources nécessaires afin de garantir une dotation complète : « Il est temps que les coûts de la brigade soient totalement reflétés dans le budget ».
Cette prudence s’explique aussi par la nature même de la formation de cette brigade. Elle sera constituée d’unités existantes dont le 1er bataillon de chars 203 basé à Augustdorf et le bataillon de panzergrenadiers 122 d’Oberviechtach, tous deux devant être transférés en Lituanie d’ici 2027. À ces deux unités s’ajoutera un troisième bataillon multinational de la force de combat de l’OTAN, déjà présent en Lituanie sous commandement allemand avec un personnel rotatif.
Cependant, cette composition ne suffit pas à elle seule. L’armée de terre insiste sur la nécessité d’unités de soutien supplémentaires, comme des compagnies de génie blindées, pour lesquelles aucun financement n’a encore été prévu. Le général Mais met en garde contre « l’idée erronée que l’armée pourrait absorber ces besoins supplémentaires à partir de ses ressources actuelles ou des plans antérieurs sans la brigade en Lituanie ».
En parallèle, les ministres de la Défense allemande, Boris Pistorius, et lituanien, Arvydas Anušauskas, ont signé juste avant Noël une feuille de route établissant le calendrier de déploiement de la brigade en Lituanie. Selon ce calendrier, un détachement préalable débutera son activité à Vilnius dans le deuxième trimestre 2024, évoluant progressivement vers un état-major de brigade. Une convention technique pour définir les infrastructures nécessaires est attendue début 2024. La formation officielle de la brigade est prévue pour 2025, avec un déploiement complet au plus tard fin 2027.
(Photo d’archive : soldats de la Bundeswehr participant à la parade du groupe de combat de l’OTAN en Lituanie à Vilnius, 25 novembre 2023 – Jana Neumann/Bundeswehr)