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Plus de 75 ans après son retour aux États-Unis, Charles Hardy se voit décerner une distinction prestigieuse pour son engagement militaire en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet ancien ingénieur de combat de l’Armée de terre américaine sera fait Chevalier de la Légion d’honneur le 4 décembre prochain.

Charles Hardy, ancien soldat et chef de voie ferrée à la retraite, recevra cette distinction au consulat de France à Washington, D.C. Né à Cumberland dans le Maryland, il s’est engagé dans l’US Army en juillet 1943. Il a d’abord intégré le 1053e Engineer Port Construction and Repair Group, une unité spécialisée dans la construction et la réparation des infrastructures portuaires, dont l’entraînement s’est déroulé au Royaume-Uni en vue de l’invasion de la France.

Bien que son unité n’ait pas participé au débarquement du 6 juin 1944, elle a débarqué en Europe continentale en août pour réparer les ports, essentiels au déchargement des matériels et aux opérations humanitaires. Cependant, cette mission ne s’est pas déroulée sans rencontrer d’opposition, ni sans affronter des éléments de la Wehrmacht résiduels.

« Lorsque nous sommes arrivés à Cherbourg, notre tâche était de remettre en état ce port », expliquait Charles Hardy au Veterans History Project de la Bibliothèque du Congrès. « Le port avait été endommagé, des navires avaient été coulés dans le chenal pour bloquer l’accès. »

Mais son unité a rapidement été redéployée à Brest, où a eu lieu son plus grand fait d’armes et la raison principale de cette reconnaissance française. La ville avait été largement dévastée par les combats. L’infanterie américaine avait avancé à l’intérieur des terres, laissant Brest et ses importants bassins destinés aux sous-marins aux équipes de construction et de réparation. Hardy et son sergent ont été envoyés pour évaluer la situation. Ils ont découvert environ 70 soldats allemands armés retranchés dans les bassins à sous-marins. Conscients de leur défaite, les soldats allemands se sont rendus et ont été faits prisonniers. Une photographie prise ce jour-là montre les prisonniers allemands marchant en file indienne sous surveillance américaine.

Par la suite, Hardy a participé à la réparation d’autres infrastructures clés, notamment à Saint-Malo et Liège, travaillant sur les ports et les chemins de fer. Il se trouvait encore en Allemagne lors du début de la Bataille des Ardennes, une phase intense et cruciale du conflit. Hardy a vécu cette bataille parmi les troupes américaines encerclées, exposées à de violents bombardements. Il se rappelait dans son entretien que ces bombardements étaient particulièrement démoralisants : « On ne savait jamais si on allait être touchés ou non. »

Après la retraite des forces allemandes et la fin de la bataille, Hardy a été transféré au 282e Engineer Combat Battalion, compagnie B, en janvier 1945. Lorsque la victoire en Europe a été proclamée, il venait de franchir la frontière autrichienne.

« Nous n’étions pas une unité de combat direct, mais nous avons encaissé beaucoup de bombes », se souvenait-il.

De retour aux États-Unis, il a quitté l’armée en décembre 1945 avec le grade de sergent technique 4e classe. Après la guerre, Charles Hardy a achevé son apprentissage et a travaillé pendant 40 ans comme chef de voie ferrée. Marié, il a perdu son épouse il y a six ans et vit désormais avec son petit-fils, Alex Hardy.

Toutefois, jusqu’aux années 1990, Charles Hardy ne parlait guère de son expérience en temps de guerre. C’est à cette période qu’il a renoué avec certains de ses anciens camarades. Membre de l’Association de la Bataille des Ardennes, il a appris via ces contacts qu’il pouvait potentiellement recevoir la Légion d’honneur. L’attribution de cette décoration exige que les anciens combattants ou leurs familles fassent une demande officielle auprès des autorités françaises, qui évaluent le dossier en fonction du parcours et des faits d’armes. En 2022, avec l’aide de son petit-fils, Hardy a déposé sa candidature et a reçu la réponse cette année.

Alex Hardy, lui-même ancien soldat de 2007 à 2012, raconte que son grand-père avait commencé à partager plus régulièrement ses souvenirs de guerre à son retour d’Irak. L’annonce de cette distinction française a encouragé Charles Hardy à évoquer plus ouvertement son parcours en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Pendant longtemps, il pensait ne pas l’obtenir. Depuis qu’il sait qu’il va être décoré, il a commencé à se remémorer de nouveaux souvenirs », précise Alex Hardy.

Charles Hardy est l’un des nombreux vétérans de la Seconde Guerre mondiale à avoir reçu récemment la Légion d’honneur. En octobre dernier, le caporal technique John Gojermac a également été fait Chevalier pour ses actions en Italie et en France, tandis que le capitaine Joe Kenneth Jones, à 100 ans, a reçu l’Ordre national de la Légion d’honneur le mois dernier.

La remise de la décoration aura lieu le 4 décembre au consulat français de Washington, D.C.