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Malgré les efforts commerciaux russes pour promouvoir le chasseur Su-35 au Moyen-Orient, aucun contact n’a été établi avec les Émirats arabes unis concernant la fourniture de cet appareil depuis 2021. C’est ce qu’a déclaré Alexander Mikheev, directeur général de Rosoboronexport, lors du salon international aéronautique de Dubaï en 2023.

Le chef de Rosoboronexport a également cherché à relativiser l’image des armes russes, en mettant en perspective leur utilisation et leur efficacité sur le théâtre ukrainien. Selon Mikheev, les avions Su-35 ont fait la preuve de leur performance en conditions de combat réel, malgré une forte opposition des systèmes de guerre électronique et de défense aérienne adverses.

Dans une interview, Mikheev a précisé : « Nous discutons de coopération avec différents partenaires sur une large gamme de produits, dont le Su-35. Nous poussons activement ces appareils sur le marché mondial, en particulier dans les pays du Moyen-Orient, en adaptant nos offres aux exigences des clients potentiels. Cependant, depuis 2021, il n’y a eu aucune communication avec les Émirats arabes unis concernant l’acquisition du Su-35. »

Ces déclarations confirment que la Russie a en grande partie fait le constat d’un échec à l’exportation du Su-35S. En dehors de la Fédération de Russie, l’avion est utilisé par la Chine (24 exemplaires) et potentiellement l’Iran, avec une première livraison pouvant atteindre 24 appareils. Plusieurs autres pays avaient initialement manifesté un intérêt, mais se sont finalement rétractés.

Parmi eux, l’Égypte, qui avait commandé 24 Su-35SE en 2018 pour environ 2 milliards de dollars, s’est finalement désistée au dernier moment. Il est aujourd’hui fort probable que ces Su-35 initialement destinés à l’Égypte soient redirigés vers l’Iran. Par ailleurs, l’Algérie a brusquement annulé son projet d’acquisition début 2022, suivie par l’Indonésie le mois suivant.

Incertaine, la livraison des Su-35 à l’Iran

Depuis le milieu de l’année 2023, des rumeurs circulent sur une possible annulation de l’accord d’achat des Su-35 par l’Iran. Mohammad-Reza Gharaei Ashtiani, ministre iranien de la Défense, a laissé entendre un revirement, évoquant la capacité du pays à produire localement des avions de chasse de haute qualité.

Sans entrer dans les détails, il a indiqué : « À un moment donné, nous avions envisagé cet achat, mais nous avons depuis déterminé être capables de fabriquer ces appareils nous-mêmes. » Néanmoins, l’hypothèse d’un achat reste ouverte et pourrait être réévaluée en fonction des besoins.

En 2018, l’Iran avait en effet annoncé le lancement de la production du Kowsar, un avion de chasse conçu nationalement, souvent considéré par les experts comme une copie du F-5 américain des années 1960.

Plusieurs analyses évoquent différentes raisons pour la remise en cause du contrat avec la Russie. Certains avancent l’influence d’Israël qui chercherait à empêcher la vente de ces avions avancés à l’Iran, tandis que les États-Unis s’inquièteraient des retombées géopolitiques d’un renforcement militaire croissant entre Moscou et Téhéran.

Babak Taghvaee, spécialiste de l’aviation, propose une autre explication : la Russie refuserait de transférer les technologies nécessaires à la production des pièces et à la maintenance locale des Su-35 sur une période de 30 ans, freinant ainsi l’opération.

Il cite ainsi le général Hamid Vahedi, commandant de l’aviation de l’armée iranienne : « L’état-major s’oppose actuellement à l’achat des Su-35SE en raison du refus de la Russie de fournir la technologie de production et l’expertise nécessaire pour assurer la maintenance sur le long terme. »

Par ailleurs, la Russie n’aurait proposé à l’Iran que les 25 Su-35E commandés par l’Égypte, sans garantir un accompagnement complet en termes de maintenance, d’armement, de pièces détachées et de supports de formation.

Taghvaee souligne aussi que l’expérience passée, notamment la vente des Su-30SM à l’Arménie et la décision russe d’interdire leur emploi dans le conflit du Haut-Karabakh, illustre une certaine défiance envers la fiabilité russe. Il estime que cela pourrait se reproduire avec l’aviation iranienne si les Su-35SE étaient engagés dans de futurs conflits.