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Le 7 octobre, des terroristes du Hamas ont pénétré en Israël, déclenchant une vague meurtrière d’enlèvements et d’attaques qui ont coûté la vie à plus de 1 000 personnes et pris en otage des centaines d’autres. Ces événements ont plongé la région dans un conflit intense, avec plusieurs milliers de morts désormais estimées dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, alors que les forces israéliennes traquent les combattants et dirigeants du Hamas.

Une affirmation récente avance que nombre de combattants du Hamas impliqués dans ces attaques auraient consommé du captagon — un stimulant illégal, connu scientifiquement sous le nom de fenéthylline, un amphétaminique synthétique très répandu au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe du Sud.

Les forces américaines en Syrie ont suivi le commerce du captagon dans la région, annonçant plusieurs saisies importantes en 2018 et 2019.

La première allégation selon laquelle les combattants du Hamas auraient été sous l’effet du captagon le 7 octobre a été diffusée sur la chaîne israélienne Channel 12. Des médias américains ont rapporté que des responsables anonymes israéliens et américains auraient confirmé cette information.

Si la consommation de captagon s’avérait massive parmi ces combattants, cela interviendrait après plusieurs années d’intensification des efforts des États-Unis et de leurs alliés au Moyen-Orient pour lutter contre le trafic de drogues dans la région. Apparue dans les années 1960, cette drogue est désormais au cœur d’importantes opérations de contrebande à travers le Moyen-Orient.

Son commerce a financé à la fois le régime d’Assad en Syrie et divers groupes terroristes, notamment l’État islamique. Les militants sont connus pour en consommer, mais le captagon n’est pas exclusivement associé aux combattants : il est aussi considéré comme une drogue festive, populaire dans les scènes nocturnes, et porte des surnoms tels que la « drogue du djihad » ou encore la « cocaïne du pauvre ».

Pour autant, le lien entre le captagon et le Hamas le 7 octobre reste très incertain. Caroline Rose, directrice du programme Strategic Blind Spots au New Lines Institute, estime cette hypothèse « extrêmement improbable ».

« Ils ont mentionné et laissé entendre que la drogue avait été détectée chimiquement chez des combattants du Hamas lors des attaques du 7 octobre. Cela est très difficile à confirmer », a-t-elle déclaré.

Elle souligne par ailleurs qu’aucune preuve n’a été produite par les services de sécurité israéliens depuis ces déclarations : ni photos, ni analyses chimiques démontrant une consommation généralisée de captagon par les membres du Hamas à cette occasion.

Le captagon est un stimulant qui, au-delà d’une sensation d’euphorie, est réputé pour augmenter l’endurance et la vigilance, permettant à ses usagers de rester longtemps éveillés. Il partage ce rôle avec d’autres drogues utilisées dans les armées, par exemple les célèbres « pilules Go » distribuées aux pilotes ou soldats au cours du XXe siècle pour prolonger leurs capacités opérationnelles.

Dans la région, les Forces armées américaines ont pris une part active à la lutte contre ce trafic dans le cadre de l’opération Inherent Resolve, ciblant notamment l’Organisation État islamique en Irak et en Syrie. Les saisies effectuées, parfois d’une valeur de plusieurs millions de dollars, sont régulièrement détruites sur place.

Le général de division Alexus Grynkewich, commandant des Forces aériennes centrales des États-Unis, a alerté en juin 2023 sur les risques de propagation accrue du commerce du captagon dans le Moyen-Orient et au-delà, tout en précisant que, du point de vue américain, cette mission relevait avant tout d’efforts policiers et non militaires.

Le captagon moderne, souvent fabriqué sous forme de pilules, diffère grandement de la molécule originale issue du fenéthylline. Il combine diverses substances, notamment des amphétamines, parfois de la méthamphétamine, de la quinine, de la caféine ainsi que d’autres composés, ce qui en fait un stimulant de qualité inférieure comparable à certains médicaments comme l’Adderall ou le Ritalin.

La production de grande ampleur, attribuée en grande partie au régime syrien d’Assad, constitue une source importante de financement pour le pouvoir en place, fragilisé par des années de guerre civile et de sanctions internationales.

Par ailleurs, le commerce du captagon a prospéré malgré une intensification des opérations de répression. En août dernier, par exemple, l’armée jordanienne a intercepté un drone en provenance de Syrie transportant une cargaison importante de captagon.

Le Combined Special Operations Joint Task Force-Levant, ainsi que ses forces partenaires, intensifient depuis deux ans leur lutte contre les trafiquants dans la région, multipliant saisies, perquisitions et interventions ciblées.

Concernant l’introduction de captagon dans la bande de Gaza, les informations restent floues. Aucun chiffre précis sur la contrebande n’a été dévoilé par Israël, tandis que le Hamas prétend avoir souvent empêché des envois vers son territoire. Il est néanmoins probable que, comme ailleurs dans la région, ce trafic existe mais n’a pas joué un rôle opérationnel majeur lors des attaques du 7 octobre.

Selon Caroline Rose, « il est probable que certains drogues aient été trouvées parmi des convois, mais pas forcément du captagon. Le lien affirmé entre captagon et militants est largement amplifié, ce qui alimente ces récits beaucoup trop facilement ».