La flotte russe en mer Noire subit une pression constante des frappes ukrainiennes, malgré l’absence de forces navales conventionnelles majeures du côté ukrainien. Cette situation illustre les difficultés rencontrées par Moscou dans son invasion de l’Ukraine face à un adversaire plus petit mais agile et résolu.
Ce week-end, le chantier naval de Zaliv à Kertch, en Crimée occupée, a été la cible d’une attaque ukrainienne importante. Selon le ministère russe de la Défense, l’Ukraine a tiré 15 missiles de croisière, dont 13 ont été interceptés. Les deux restants ont endommagé un navire russe, sans que les autorités ne précisent lequel ni l’étendue des dégâts.
Le commandant de l’armée de l’air ukrainienne, Mykola Oleshchuk, a toutefois indiqué sur Telegram que la cible touchée était « l’un des navires les plus modernes de la marine russe », capable d’embarquer les missiles de croisière Kalibr à longue portée, qui frappent depuis 18 mois des villes ukrainiennes. Le Bureau ukrainien des communications stratégiques a ensuite précisé que la corvette Askold avait subi de graves dommages, laissant entendre qu’elle pourrait être irrécupérable.
L’Askold est un porte-missiles relativement compact, pouvant embarquer jusqu’à huit missiles Kalibr, dont la portée dépasse 1 500 milles nautiques. Ce navire, encore en phase d’essais en mer Noire, devait officiellement intégrer la flotte russe dans les mois à venir.
Andriy Ryzhenko, ancien capitaine de la marine ukrainienne et aujourd’hui expert en stratégie de défense chez Sonata, a été l’un des premiers à identifier l’Askold comme la cible de l’attaque. Il estime que le navire « ne rejoindra probablement pas la flotte d’ici décembre prochain et nécessitera plusieurs mois, voire années, pour être réparé, si cela est possible ». D’après lui, des images satellites montrent de lourds dégâts sur la superstructure et possiblement sur la coque.
Cette attaque s’ajoute à une série de revers subis par la flotte russe en mer Noire : en juillet, des drones navals ukrainiens ont frappé pour la deuxième fois le pont du détroit de Kertch. En août, des attaques ont visé des navires et les infrastructures portuaires de Sébastopol en Crimée, ainsi que le port russe de Novorossiysk.
Plus récemment, en septembre, des missiles de croisière ukrainiens ont détruit un navire de débarquement et un sous-marin d’attaque à Sébastopol, ce dernier pouvant également lancer des Kalibr. Quelques jours plus tard, le bâtiment du quartier général de la flotte russe en mer Noire situé en Crimée a été la cible d’une autre frappe.
Ces attaques répétées affaiblissent le potentiel offensif russe, notamment en neutralisant des navires équipés des puissants missiles Kalibr, dans un contexte où Moscou prépare une nouvelle campagne de frappes hivernales visant en priorité l’infrastructure énergétique ukrainienne. Cette stratégie a pour but de contraindre Kiev à la reddition, comme lors de l’hiver 2022.
Oleksiy Chernyshov, directeur général de Naftogaz, la compagnie publique ukrainienne de l’énergie, indique que le pays est aujourd’hui « mieux préparé » aux défis hivernaux, même si la situation demeure périlleuse. La neutralisation des navires russes armés de Kalibr contribue à réduire la pression exercée par Moscou.
Pour Andriy Ryzhenko, « les forces armées ukrainiennes ont réussi à limiter le potentiel des missiles russes avant l’hiver, ce qui constitue un succès majeur ».
Dans le cadre d’une stratégie globale, Kiev vise à démilitariser la flotte russe en mer Noire par des frappes combinées de drones, d’unités spéciales et de missiles, notamment en Crimée où les réseaux défensifs russes s’érodent progressivement.
Depuis l’incident du naufrage du croiseur Moskva en avril 2022, la marine russe évite désormais de s’approcher à moins de 200 milles nautiques des côtes ukrainiennes, craignant les attaques de drones navals ainsi que les missiles antinavires Neptune, symbole de la montée en puissance ukrainienne dans le domaine maritime.