Des preuves photographiques publiées récemment confirment que la corvette porte-missiles russe Askold, du projet 22800 Karakurt, a été gravement endommagée lors d’une attaque contre l’usine Zaliv, située à Kertch, en Crimée temporairement occupée. Ce site industriel a été brièvement sous contrôle ukrainien lors de l’assaut.
Les images montrent que trois missiles SCALP ont touché la corvette Askold. Malgré le fait que le navire ait conservé sa flottabilité, il a subi des dégâts importants affectant plusieurs systèmes clés, nécessitant des réparations majeures. Les forces russes doivent désormais relever le défi de reconstruire leur corvette sérieusement endommagée quasiment « à partir de zéro ».
Cette opération marque un précédent historique : l’Ukraine est devenue la première nation à neutraliser un navire de guerre lance-missiles adverse alors qu’il n’était pas encore officiellement en service.
Les missiles SCALP-EG ont touché la zone centrale de la coque, là où se trouvent les huit lanceurs verticaux de missiles de croisière Kalibr et/ou P-800 Onyx, ce qui a permis de neutraliser l’armement principal du navire. Par ailleurs, l’analyse des dommages externes suggère que la majeure partie, voire la totalité, des équipements de contrôle situés sur la passerelle du navire devra être remplacée.
Il est aussi important de souligner que le compartiment central abritait la propulsion diesel. Au vu de l’ampleur des dégâts, il est peu probable que la centrale électrique du navire soit intacte. Ainsi, la fonctionnalité globale du navire est sérieusement compromise.
Des vidéos diffusées par les médias russes confirment l’ampleur des frappes sur Askold, situé au sud de Kertch. Plusieurs sources font état d’au moins trois impacts précis sur la corvette. Officiellement, ces informations restent à confirmer par Moscou.
Cette corvette était attendue pour renforcer la flotte russe de la mer Noire dès décembre 2023. Pour des raisons de communication stratégique, il est probable que la Russie annonce la réparation du navire, même si l’étendue des dégâts suggère une reconstruction complète plutôt qu’une simple remise en état, puisqu’il ne s’agit plus que d’un assemblage de débris métalliques.
A propos de la classe Karakurt
La classe Karakurt, officiellement projet 22800, désigne les dernières corvettes lance-missiles intégrées à la marine russe depuis 2018. Ces navires sont conçus pour renforcer les capacités opérationnelles en haute mer, complétant les corvettes Buyan-M, plus adaptées aux zones littorales.
Les Karakurt bénéficient d’une meilleure navigabilité et sont armées de missiles de croisière antinavires Kalibr ou P-800 Onyx. Avec une autonomie d’environ 15 jours, elles constituent une solution économique face aux grandes frégates Admiral Grigorovich, dont la construction a été perturbée notamment par la fin de la coopération militaire russe avec l’Ukraine.
La production des Karakurt a été ralentie par des difficultés liées à l’approvisionnement en moteurs nationaux et par les sanctions internationales, qui compliquent par ailleurs l’assemblage au chantier naval More, situé dans la région controversée de Feodosia, également en Crimée.
Conception et armement des Karakurt
Le projet 22800 s’inspire du projet 12300 Skorpion, un concept russe des années 1990 pour un navire lance-missiles de 500 tonnes, ainsi que des corvettes Buyan-M. La superstructure furtive est équipée d’un mât intégrant quatre panneaux radar à réseau phasé.
Leur armement principal comprend huit cellules de lanceurs verticaux UKSK, abritant soit des missiles de croisière Kalibr, soit des missiles supersoniques antinavires P-800 Onyx, positionnés à l’arrière, derrière la superstructure.
Pour la marine russe, l’armement secondaire se compose d’un canon automatique AK-176MA de 76,2 mm, une version modernisée de l’AK-176. Le premier navire du projet avait expérimenté un canon A-190 de 100 mm, tandis que pour l’export, une variante avec un canon italien OTO Melara de 76 mm est envisagée.
Les deux premiers navires disposent également de systèmes de défense anti-aérienne basés sur des mitrailleuses à tir rapide AK-630M. À partir du troisième bâtiment, la défense est renforcée par le système Pantsir-M, une version navale du système de missiles surface-air Pantsir.
Le troisième navire de la série, Odintsovo, équipé de Pantsir-M, est entré en service dans la flotte de la Baltique en novembre 2020. Il est à noter que ces corvettes ne disposent pas de capacités anti-sous-marines.