Des manifestations pro-palestiniennes ont éclaté devant la base aérienne turque d’Incirlik, où sont stationnées des troupes américaines, alors que la Turquie critique fermement Israël dans le contexte de la crise humanitaire à Gaza. Ankara soutient officiellement une solution à deux États, tout en accueillant des membres du Hamas sur son sol.
Dimanche, la police turque a utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser des centaines de manifestants qui tentaient de s’approcher de la base aérienne d’Incirlik, située dans la province d’Adana, dans le sud du pays. Ces événements se sont produits quelques heures avant l’arrivée à Ankara du secrétaire d’État américain Antony Blinken, venu rencontrer des responsables turcs.
Le convoi organisé par la fondation humanitaire islamiste turque IHH a pris le chemin d’Incirlik pour protester contre les frappes israéliennes sur Gaza et le soutien américain à Israël. Cette base aérienne est un point logistique clé pour les opérations menées contre l’État islamique en Irak et en Syrie, et elle accueille une importante présence militaire américaine.
Les images des manifestations montrent les forces de l’ordre turques affrontant des protestataires agitant des drapeaux turcs et palestiniens, scandant des slogans. Des barricades ont été arrachées, provoquant des heurts avec la police anti-émeute, qui a répondu en tirant des gaz lacrymogènes et en utilisant des canons à eau pour disperser la foule.
Ces manifestations interviennent alors que le bilan à Gaza atteignait officiellement 9 770 Palestiniens tués, selon le ministère de la Santé contrôlé par le Hamas. Cette hausse des victimes est liée à l’intensification de l’offensive terrestre israélienne dans le nord de la bande de Gaza, accompagnée de frappes aériennes massives sur l’ensemble du territoire. En parallèle, Antony Blinken effectuait une visite surprise en Cisjordanie, où il a rencontré le président palestinien Mahmoud Abbas.
Lors de cette rencontre, Mahmoud Abbas a réclamé un « cessez-le-feu immédiat », selon son porte-parole Nabil Abu Rudeineh. Le département d’État américain a indiqué, par la voix de son porte-parole Matthew Miller, qu’« Antony Blinken a réaffirmé l’engagement des États-Unis à promouvoir la création d’un État palestinien, conformément aux aspirations légitimes du peuple palestinien ».
L’entrevue, qui a duré plus d’une heure, s’inscrit dans le cadre des discussions américaines sur l’après-opération israélienne à Gaza. Depuis 2007, Mahmoud Abbas et l’Autorité palestinienne ont perdu le contrôle de la bande de Gaza au profit du Hamas. Selon des sources, Blinken a évoqué l’idée qu’une « Autorité palestinienne efficace et revitalisée serait la plus appropriée pour diriger Gaza », tout en reconnaissant que d’autres acteurs internationaux pourraient jouer un rôle dans la gouvernance et la sécurité de l’enclave dans l’intervalle.
Sur un autre front diplomatique, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a échangé dimanche par téléphone avec ses homologues égyptien et jordanien pour discuter de la situation à Gaza, des pourparlers relatifs aux otages et des négociations en vue d’un cessez-le-feu.
Dans le même temps, des manifestations de soutien aux Palestiniens ont eu lieu dans plusieurs grandes villes du monde, notamment à Washington D.C., où une mobilisation a rassemblé de nombreux participants samedi.
Sur le plan militaire, le groupe de frappe du porte-avions USS Dwight D. Eisenhower est arrivé en mer Rouge. Ce groupe comprend le croiseur lance-missiles USS Philippine Sea, deux destroyers à missiles guidés, USS Mason et USS Gravely, ainsi que neuf escadrons aériens. Le déploiement de ce groupe d’intervention dans la région s’ajoute à la présence du porte-avions USS Gerald R. Ford en Méditerranée, marquant la volonté de Washington de dissuader l’Iran et les milices alliées de s’engager dans des actions hostiles dans le cadre du conflit israélo-palestinien.