La Chine pourrait prendre une avance décisive sur les États-Unis dans une nouvelle course aux armements liée aux drones pilotés, notamment grâce à des moteurs développés à un coût extrêmement bas. Alors que les États-Unis ont annoncé une forte augmentation de leur production de drones, des experts chinois affirment avoir réduit le coût des moteurs à seulement 20 % de la moyenne internationale, bouleversant ainsi l’équilibre du marché des équipements de drones militaires.
Des moteurs à 20 % du coût international : quelles spécificités ?
Selon des informations relayées par la presse asiatique, Zhu Junqiang de l’Institut de thermophysique appliquée de l’Académie des sciences chinoise explique que la Chine dispose déjà d’une nouvelle génération de drones à réaction offrant un vol rapide et une endurance prolongée grâce à des moteurs à faible coût. L’objectif est d’utiliser cette technologie abordable pour pousser les États-Unis et d’autres pays rivaux à participer à une véritable course aux armements, d’où la capacité de la Chine à maîtriser ses coûts qui pourrait lui assurer un avantage significatif.
À titre de comparaison, le drone Global Hawk RQ-4 de l’armée américaine est motorisé par un Rolls-Royce AE3007, dont le prix unitaire avoisine les 4 millions de dollars. Ce moteur se distingue par sa haute performance et sa faible consommation, garantissant une longue endurance, mais son coût élevé, ajouté aux frais réguliers d’entretien, pèse lourd dans le budget.
Zhu Junqiang souligne que grâce à des avancées récentes, l’Armée populaire de libération (APL) peut désormais se procurer des moteurs similaires pour moins de 20 % du prix moyen mondial. En cas de production de masse, cette différence entraînerait un écart budgétaire considérable ou permettrait d’armer un nombre largement supérieur de drones avec le même budget.
La Chine, qui a longtemps accusé un retard dans le domaine des moteurs aéronautiques — comme le montre l’équipement tardif du chasseur J-20 avec le turbofan WS-15 haute performance ou l’utilisation du moteur américain LEAP sur le C919 — a néanmoins su s’adapter plus rapidement dans le segment des drones, accélérant l’intégration technologique et les progrès moteurs.
Quelle technologie pour ces moteurs low cost ?
Les moteurs développés pour ces drones allient à la fois altitude élevée, vitesse rapide et endurance prolongée, des exigences de performances habituellement contradictoires. Cette réussite s’explique par l’utilisation d’un turbofan à axe unique compact, différent des moteurs classiques multi-axes et multi-étages.
L’architecture multi-axe, comme celle du moteur AE3007 du Global Hawk, relie plusieurs turbines à des vitesses différentes via une boîte de vitesses de précision, maximisant la performance mais au coût élevé. En revanche, le turbofan chinois ne dispose que d’un seul axe du début à la fin, sans boîte de vitesses, ce qui simplifie la conception et augmente la fiabilité.
Jusqu’à récemment, ce type de moteur devait faire des compromis en termes de performance, poids et consommation. Cependant, les progrès dans la conception des pales de turbine et l’augmentation de la température d’entrée ont notablement amélioré ses performances, lui permettant désormais d’atteindre des performances proches des moteurs aérospatiaux à haute performance, répondant aux exigences des missions longues et rapides à haute altitude.
Pour rappel, un moteur à flux axial se compose d’un cylindre traversé par un arbre axial équipé de plusieurs étages de turbines et compresseurs servant à augmenter la pression de l’air avant sa combustion. L’énergie thermique dégagée entraîne mécaniquement les turbines frontales pour assurer un fonctionnement autonome du moteur.
Les turbofans à petit taux de dilution, comme ce moteur chinois, sont en général adaptés à la haute vitesse, contrairement aux moteurs à fort taux de dilution, plus efficaces pour la durée en vol et une consommation maîtrisée à basse vitesse.
Selon Zhu Junqiang, grâce à sa simplicité, ce moteur réduit les coûts d’entretien de 70 % et consomme environ un tiers de carburant en moins qu’un moteur à arbre double. Au total, les coûts d’achat et d’exploitation des moteurs de drones en Chine pourraient être réduits de 80 % par rapport aux standards internationaux.
Le moteur intègre aussi un postcombustion et une chambre de combustion repensés pour garantir une stabilité à 20 000 mètres d’altitude, une altitude où les moteurs low cost traditionnels connaissent souvent des défaillances importantes.
Course aux drones : la Chine en tête face aux États-Unis ?
Début 2023, des rapports américains indiquaient que le Pentagone cherchait à acquérir un système autonome de drones en essaim capable de coordonner des milliers d’unités incluant drones aériens, navires autonomes et sous-marins, pour saturer les dispositifs militaires adverses et notamment contenir la Chine.
Le programme américain « Replicator », dévoilé fin 2023 par la vice-secrétaire à la Défense Kathleen Hicks, vise à produire en masse des drones autonomes pour contrecarrer les capacités d’accès et de déni d’accès (A2/AD) croissantes de la Chine. L’objectif est de maintenir l’avantage malgré d’éventuelles pertes en misant sur la quantité.
Cependant, des experts soulignent que la Chine a déjà exploité cette stratégie depuis une décennie, tirant parti de son industrie de défense intégrée. Jon Grevatt, directeur des actualités Asie-Pacifique à la DIA américaine, note la rapidité et la facilité avec laquelle la Chine produit en masse ses systèmes sans pilote.
Avec un coût moteur chinois évalué à seulement 20 % de celui des Etats-Unis, la Chine, avec un budget militaire bien inférieur, peut donc potentiellement équiper une flotte égale voire supérieure à celle des États-Unis, une réalité qui surprend les cercles du renseignement américains.
Cette différence de coûts se reflète aussi sur le marché international : l’Inde a ainsi dépensé plus de 3 milliards de dollars pour plus de 30 drones MQ-9B Reaper américains, tandis que le Pakistan a acquis un système chinois équivalent pour environ un dixième du prix, suscitant des inquiétudes stratégiques à New Delhi. Parallèlement, plusieurs pays du Moyen-Orient, malgré leur richesse, préfèrent désormais acquérir des drones chinois, réputés plus efficaces au regard du coût, plutôt que des modèles occidentaux plus onéreux.
Aux États-Unis, un surcoût technologique inquiétant face au J-20 chinois
Au-delà des drones, la comparaison entre les plateformes habitées souligne aussi un déséquilibre croissant. Un récent commentaire sur Twitter met en lumière que le F-35 américain coûte environ trois fois plus cher que le chasseur chinois J-20, tout en affichant une portée, une charge utile et une capacité d’armement inférieures. Là où le F-35 ne peut maintenir un vol supersonique continu, le J-20 y parvient aisément.
Plus encore, la version biplace du J-20 est déjà capable de commander des drones alliés (loyal wingman) dans des missions de combat, tandis que l’armée américaine mise sur une flotte future entièrement dénuée de pilotes humains, ce qui soulève d’importantes questions sur l’évolution des doctrines et des capacités.
Il existe un clivage dans les opinions américaines : certains soulignent que le matériel technologique du pays demeure à la pointe, tandis que d’autres dénoncent le coût exorbitant du matériel et un manque d’efficacité budgétaire.
Des programmes comme le F-35, les destroyers de classe Zumwalt ou les Littoral Combat Ships sont souvent cités en exemples d’équipements haut de gamme mais jugés peu rentables. Le coût unitaire de certains missiles anti-aériens, comme le Standard Missile 3 produit par Raytheon, peut atteindre 10 millions de dollars, contre environ 40 millions pour un chasseur russe Su-30MKI, illustrant un déséquilibre majeur dans les économies d’échelle.
En 2022, Cameron Holt, adjoint au secrétaire à la Défense pour les acquisitions, alertait sur la supériorité de la Chine en termes d’efficacité d’achat et de modernisation, la PLA rénovant ses forces cinq à six fois plus rapidement que l’armée américaine. Cette différence s’explique par les « réformes de guerre de l’information » menées en moins de dix ans par la Chine, tandis que de nombreuses unités américaines restent encore à numériser.
La situation américaine est aussi affectée par deux fléaux principaux : la corruption – révélée par des prix extravagants pour des équipements simples, comme des cafetières à plus de 1 200 dollars – et le complexe militaro-industriel, qui enferme le pays dans un cycle économique dépendant de la guerre et des commandes d’armement coûteuses.
Les guerres successives ont accru la dette nationale, aujourd’hui à plus de 33 000 milliards de dollars, avec une charge d’intérêts annuelle de 1,7 000 milliards, une réalité pesant sur la capacité d’innovation stratégique et d’investissement militaire.
Le recentrage du dialogue diplomatique entre Washington et Pékin, symbolisé par la récente rencontre amicale à la Maison-Blanche, illustre un contexte géopolitique en pleine évolution où le pouvoir américain semble en déclin face à une Chine maîtrisant mieux ses dépenses et son développement militaire.