Lors d’une conférence de presse tenue le 27 octobre, MBDA Deutschland, le groupe industriel allemand, a présenté une analyse approfondie du missile de croisière Taurus KEPD 350. L’intervention s’est concentrée sur les capacités de frappe du missile ainsi que sur les processus complexes de fabrication et de remise en état.
Joachim Knopf, directeur général de MBDA Deutschland, a expliqué que le Taurus peut atteindre une portée de vol supérieure à 500 kilomètres et atteindre des vitesses proches de Mach 0,9. Fait notable, lorsque le missile évolue à une altitude d’environ 50 mètres, il reste indétectable pour le système de défense anti-aérienne russe S-400, ce qui le rend quasiment invulnérable à une interception.
La présentation a également révélé des détails techniques liés à l’usine de production du Taurus en Allemagne. Parmi les défis majeurs figure la fabrication de la ogive, qui comprend la réalisation des charges explosives, des composants électroniques embarqués ainsi que de la structure extérieure. La reprise complète de la production est estimée à une durée supérieure à un an.
Par ailleurs, MBDA Deutschland a indiqué qu’il y a deux ans, 300 exemplaires du missile avaient été rénovés pour la Luftwaffe, incluant le remplacement des moteurs, des batteries et de “joints spécifiques”, ainsi qu’une mise à jour du système de navigation.
En parallèle, le constructeur allemand a dévoilé son projet de développer une version de nouvelle génération du Taurus KEPD 350, intégrant des améliorations importantes. Parmi celles-ci, on trouve un élargissement de l’angle de flèche des ailes de 10 degrés ainsi que l’intégration “d’éléments d’intelligence artificielle” dans le système de guidage, permettant une recalibration en vol de la trajectoire du missile.
Sur le volet géopolitique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky demande avec insistance l’acquisition de chasseurs F-16 pour renforcer les capacités défensives d’Ukraine face aux incursions russes. Sous l’égide du Danemark, un programme international de formation pour pilotes ukrainiens sur F-16 est en cours. Les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège se sont également engagés à fournir ces avions une fois la formation achevée.
Un accord notable a été conclu le 20 août : les Pays-Bas livreront 42 avions F-16, le Danemark 19, tandis que la Norvège a promis un soutien supplémentaire en appareils. Parallèlement, l’Ukraine cherche à obtenir les missiles Taurus auprès de l’Allemagne, qui se montre toutefois réticente à transférer cette technologie sensible.
L’intégration du missile Taurus sur les avions ukrainiens, ainsi que la formation associée, nécessiteront environ six mois. Joachim Knopf a également souligné qu’adapter le missile sur un Su-24 ukrainien anciennement équipé pourrait prendre plusieurs mois, auxquels s’ajouteraient trois à quatre mois pour la formation des équipages.
Pour une intégration sur F-16, la complexité technique implique un délai plus long, estimé entre 12 et 18 mois. Le missile Taurus est déjà en service sur plusieurs plateformes, dont le Tornado allemand, le EF-18 espagnol et le F-15K sud-coréen. D’ici 2028, il devrait également être compatible avec le Eurofighter.
Le Taurus KEPD 350E résulte d’une collaboration entre MBDA Deutschland GmbH et Saab Dynamics AB, opérant sous la société commune Taurus Systems GmbH. Cette coopération permet d’optimiser les capacités du missile et d’envisager des évolutions adaptées aux besoins contemporains des forces aériennes.
En résumé, le missile de croisière allemand Taurus KEPD 350, doté d’une grande portée et d’une furtivité à basse altitude face au système russe S-400, reste une arme stratégique majeure dont la production et la modernisation mobilisent des compétences industrielles avancées. Les enjeux liés à sa livraison et à son intégration dans la force ukrainienne s’inscrivent dans un contexte géopolitique tendu, où la modernisation des capacités militaires est cruciale.