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Un spectaculaire extrait vidéo diffusé récemment par le Hamas illustre l’une des principales préoccupations des planificateurs militaires israéliens lors de leur offensive à Gaza : la vulnérabilité des blindés face aux attaques coordonnées depuis les tunnels souterrains.

La séquence, d’une durée d’environ 84 secondes, a été enregistrée depuis une caméra montée sur un casque. Elle montre un combattant du Hamas surgissant discrètement de la végétation, au bord d’une route poussiéreuse à l’est du quartier Al-Zaytoun dans la ville de Gaza, après être sorti d’un tunnel. Le char principal israélien Merkava avance alors dans cette zone urbaine dense. En une course effrénée de neuf secondes, le combattant s’approche du char, y place un engin explosif improvisé (IED) fabriqué à partir d’une roquette propulsée (RPG) sur la tourelle, avant de retourner rapidement vers le tunnel tout en tirant un RPG Al-Yassin-105 sur le blindé, alors qu’un autre char Merkava braque son canon en sa direction.

Un éclair de feu éclate sur le char immédiatement après le tir du RPG. Il reste toutefois incertain si l’explosion provient de l’IED déposé ou de l’impact du projectile anti-char. Le combattant disparaît ensuite à nouveau dans le tunnel, tandis qu’un autre membre du Hamas récupère un morceau de métal, vraisemblablement un débris du char.

Le Hamas a par la suite revendiqué la destruction du véhicule blindé sur sa chaîne Telegram. Or, aucune preuve visuelle ne confirme la destruction totale ou les dégâts infligés au Merkava. L’explosion pourrait aussi résulter de l’activation du système de protection active Trophy, installé sur les chars israéliens pour intercepter les projectiles avant impact. Le sort exact de l’engin explosif improvisé n’est pas éclairci.

Ce témoignage vidéo rappelle la vulnérabilité des blindés isolés face à une infanterie ennemie agile. Le combattant du Hamas a pu s’approcher au plus près du char sans être gêné par une présence visible d’infanterie israélienne, alors même que plusieurs chars étaient dans les environs. Cette situation illustre l’absence de manœuvre combinée, essentielle sur les théâtres urbains où blindés et fantassins doivent coopérer étroitement.

Cela met également en exergue le défi posés par les réseaux de tunnels, considérés comme de véritables forteresses souterraines abritant des troupes et offrant des positions d’attaque et de défense avantageuses.

John Spencer, expert en guerre urbaine au Modern War Institute, souligne dans ce contexte : « Il est probable qu’une véritable ville souterraine de tunnels et de bunkers s’étende sous Gaza. Comme en 2014, le Hamas emploie les tunnels pour manœuvrer les forces sous terre afin d’échapper aux forces israéliennes, lançant des attaques-surprises. Ils servent aussi à se déplacer à couvert entre les positions – contournant la puissance de feu et les troupes terrestres israéliennes. »

Ce complexe réseau ajouté à l’environnement urbain serré complique davantage la détection et la neutralisation des menaces potentielles pour les blindés.

À ce jour, Israël a perdu 18 soldats dans son invasion de Gaza. Parmi ceux-ci, 11 militaires du Bataillon Tzabar de la Brigade d’Infanterie Givati ont péri et quatre ont été blessés suite à une attaque contre un véhicule blindé de transport de troupes Namer, un dérivé blindé du Merkava dépourvu de tourelle, touché par un missile guidé anti-char du Hamas.

Les détails exacts concernant ce dernier incident, notamment l’éventuelle implication de combattants sortis de tunnels, restent inconnus dans un contexte de guerre très instable et d’information contrôlée.

Ces affrontements soulignent les nombreux risques auxquels font face les blindés israéliens lors de confrontations avec un ennemi bien armé, retranché et usant de tunnels pour surprendre et combattre efficacement.

Préparant une campagne probablement longue et sanglante, Israël vise en priorité la destruction de ces réseaux souterrains, véritables nœuds stratégiques du Hamas à Gaza.

Howard Altman