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Le président Vladimir Poutine a signé jeudi un projet de loi abrogeant la ratification par la Russie du Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires (TICE), une décision que Moscou justifie par la nécessité de rétablir une parité avec les États-Unis.

Poutine a indiqué que cette révocation “refléterait” la position des États-Unis, qui ont signé mais jamais ratifié ce traité. Le mois dernier, les deux chambres du Parlement russe avaient voté en faveur de cette mesure.

Adopté en 1996, le TICE interdit toutes les explosions nucléaires à travers le monde, mais n’a jamais été pleinement appliqué. Outre les États-Unis, plusieurs puissances nucléaires comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord, Israël, l’Iran et l’Égypte n’ont pas ratifié ce texte.

Le 6 octobre, la Russie avait déjà annoncé son intention de se retirer de ce traité pour “aligner” sa position sur celle des États-Unis. Cette décision suscite de vives inquiétudes quant à une possible reprise des essais nucléaires par Moscou afin de dissuader l’Occident de continuer à soutenir militairement l’Ukraine. De nombreux faucons au sein des autorités russes se sont également prononcés en faveur de cette relance.

Des experts occidentaux redoutent que cette initiative marque le début d’une nouvelle ère d’essais nucléaires entre grandes puissances. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré que cette décision russe “représente un pas important dans la mauvaise direction, qui éloigne plutôt que rapproche de l’entrée en vigueur du traité. Cette action affaiblira la confiance dans le régime international de contrôle des armements”.

Poutine a précisé que certains experts plaidaient pour la nécessité de réaliser de nouveaux essais, mais que la Russie n’avait pas encore pris de position définitive à ce sujet. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a insisté le mois dernier sur le fait que Moscou respecterait toujours l’interdiction, ne reprenant les essais nucléaires qu’en cas de premier lancement américain.

Quelques heures après le vote du Conseil de la Fédération, l’armée russe a mené un exercice de riposte nucléaire “massif”, incluant des tirs de missiles d’essai depuis un silo terrestre, un sous-marin nucléaire et un bombardier stratégique, en présence de Poutine. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le président russe s’est régulièrement appuyé sur la doctrine nucléaire nationale.

“Profondément regrettable”

“La décision de la Fédération de Russie de révoquer sa ratification du Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires est très décevante et profondément regrettable”, a réagi Floyd, qui avait tenté de convaincre des hauts responsables russes de revenir sur ce choix.

Le TICE prévoit un réseau mondial de stations capables de détecter le bruit, les ondes de choc ou les retombées radioactives d’explosions nucléaires.

Depuis la dissolution de l’Union soviétique, la Russie n’a procédé à aucun essai nucléaire. L’URSS avait réalisé sa dernière explosion en 1990, les États-Unis en 1992. Aucun autre pays, à l’exception de la Corée du Nord, n’a effectué d’essai nucléaire ce siècle.

Andrey Baklitskiy, chercheur principal à l’Institut des Nations Unies pour la Recherche sur le Désarmement, considère cette révocation russe comme une “pente glissante” vers la reprise des essais. Il s’inscrit dans une tendance préoccupante des dernières années, marquée par la remise en cause ou la suspension de traités de contrôle des armements.

“Nous ne savons pas quelles seront les prochaines étapes ni leur calendrier, mais nous savons où cette voie mène. Et nous ne voulons pas y arriver”, a-t-il affirmé.

La promulgation par Poutine de la loi d’abrogation a été publiée sur un site gouvernemental, précisant que cette décision prenait effet immédiatement après sa signature. Le Parlement russe avait déjà approuvé la mesure.