Alors que la crainte d’un nouveau conflit de longue durée dans la région s’installe, l’armée israélienne a désormais lancé sa campagne terrestre à Gaza.
Les Forces de défense israéliennes (FDI) revendiquent déjà plusieurs succès après trois semaines d’opérations, notamment l’élimination de plusieurs responsables terroristes, dont Ibrahim Biari, présenté comme un « chef d’orchestre » des attaques du 7 octobre, ainsi que la libération d’au moins un otage détenu par le Hamas.
Toutefois, les commandants militaires israéliens savent que cette opération ne sera pas simple. Parmi les principaux obstacles figure le réseau de tunnels souterrains appelé le « métro de Gaza », un vaste système interconnecté que le Hamas a développé au fil des ans pour assurer sa survie durant les combats à venir.
L’ingénierie souterraine a une longue tradition en matière de conflit armé. Des temps anciens jusqu’à la guerre du Vietnam, de nombreux groupes ont utilisé des tunnels pour bénéficier d’un avantage tactique. Ces passages souterrains offrent non seulement un moyen de dissimulation et de déplacement discret, mais posent aussi d’importants défis aux forces attaquantes, étant souvent renforcés contre les frappes venant de la surface. Pénétrer ces réseaux peut s’avérer extrêmement difficile en raison de l’espace confiné.
Si les tunnels peuvent être efficaces, tout dépend toutefois de leur défense. Par exemple, bien que l’État islamique ait construit un vaste réseau pour contrer la puissance aérienne occidentale, composé de pièges et rendant la surveillance et les frappes aériennes compliquées, en 2015 la majorité de ses combattants avaient déjà déserté la zone avant l’arrivée des forces kurdes à Sinjar.
Un réseau bien établi
Le réseau souterrain du Hamas représente un défi particulier pour les FDI. Ces tunnels, présents depuis des années à Gaza, ont d’abord été utilisés pour la contrebande avant d’être rapidement détournés à des fins offensives, notamment pour des enlèvements et le stockage d’armes.
Ce système s’est véritablement développé à partir de 2012, lorsque les restrictions sur l’importation de matériaux de construction dans la région ont été partiellement levées. Le Hamas a ainsi pu détourner des fournitures destinées à des projets civils pour étendre ses installations souterraines. Si la qualité des tunnels varie, nombre d’entre eux sont solides, bien équipés et suffisamment profonds pour échapper à la détection par radar à pénétration de sol.
Sans surprise, des alliés clés du Hamas, comme l’Iran, se targuent désormais de ce « métro de Gaza ». Ce réseau offre au groupe un refuge sécurisé et un moyen de se déplacer sans être détecté. Il abrite les structures de commandement, éloignées des frappes aériennes, ainsi que des stocks d’armes, de carburant et de ravitaillement.
Ces tunnels sont défendus, truffés de pièges et probablement occupés par des combattants, des otages humains et des boucliers humains, ce qui complique considérablement l’intervention même de forces bien équipées.
Ignorer ce réseau permettrait au Hamas de poursuivre ses opérations, indépendamment de la situation en surface. Plusieurs tunnels franchissent la frontière, ce qui expose les forces israéliennes à d’autres incursions, tirs de roquettes et attaques. De plus, le caractère fortement urbanisé de Gaza fait que ces tunnels passent souvent sous des infrastructures civiles, rendant l’action militaire encore plus délicate.
Le Hamas est expérimenté et prolifique dans l’utilisation des tunnels, mais cette longue expertise a aussi permis aux FDI de se forger un savoir-faire essentiel face à cette menace.
En plus de leur propre expérience contre le Hamas, les Israéliens peuvent s’appuyer sur les leçons tirées de la guerre contre le terrorisme, où les forces alliées ont dû combattre dans des environnements souterrains complexes, que ce soit contre des tunnels naturels ou construits, ainsi que sur les expériences américaines dans la lutte contre les trafiquants opérant sous la frontière sud des États-Unis.
Une expérience durement acquise
Si le Hamas espère créer des difficultés grâce à ses tunnels, Israël dispose déjà de moyens variés pour y faire face, fruit de nombreuses années de préparation et d’innovation technologique. Certaines solutions sont simples, comme l’inondation de tunnels avec des eaux usées, tandis que d’autres requièrent une ingénierie spécialisée. L’usage d’explosifs pénétrants fait partie des options, bien que leur emploi soit restreint par la présence de civils.
Depuis longtemps au fait de l’existence de ces réseaux, Israël les prend très au sérieux. Les opérations récentes montrent que les formations menées pour se préparer à ce type de confrontation commencent à porter leurs fruits.
Cependant, gérer un réseau de plus de 480 kilomètres demeure un défi immense. Il est impossible d’espérer contrôler ou neutraliser chaque partie du système.
Les FDI connaissent déjà la plupart des tactiques du Hamas, mais le groupe conserve certaines ressources inconnues. La surprise de l’offensive du 7 octobre reposait sur la combinaison coordonnée de plusieurs capacités limitées prises isolément, telles que des assauts aériens par parapente, des attaques au sol et des tirs de roquettes, qui se sont révélés dévastateurs.
Hamas espère sans doute rééditer ce succès en mode défensif. Selon les choix stratégiques israéliens, les troupes au sol pourraient être ralentis par les combats dans ce milieu confiné ou bien provoquer des pertes civiles lourdes en bombardant ou en faisant effondrer les tunnels.
Dans tous les cas, chaque solution envisagée peut être exploitée par le Hamas, tant sur le plan militaire que politique.
En définitive, Israël ne dispose pas de solution parfaite face à la complexité du réseau souterrain du Hamas. Cependant, les années de confrontation avec ce « métro de Gaza » ont permis aux FDI d’acquérir une certaine capacité à relever ce défi.
Les prochains jours et semaines s’annoncent donc comme un combat âpre et sanglant, aussi bien dans les rues de Gaza que dans les profondeurs, jusqu’à 70 mètres sous terre.