Le ministère de la Défense norvégien a annoncé début novembre un accord stratégique réunissant la Norvège, Kongsberg Defence & Aerospace (KDA) et l’américain Raytheon. Cette collaboration vise à développer la prochaine génération du système de défense aérienne NASAMS, reconnu pour son efficacité sur les théâtres d’opérations actuels.
Le ministre de la Défense, Bjørn Arild Gram, a souligné dans un communiqué que ce partenariat consolidé offre une base solide pour faire évoluer le NASAMS face aux menaces aériennes de plus en plus complexes et sophistiquées. Fruit de dix années de coopération, cet accord va permettre de lancer de nouveaux projets destinés à renforcer les capacités opérationnelles du système.
Tom Laliberty, président de la division Land & Air Defense Systems chez Raytheon, a qualifié ce partenariat d’étape majeure dans la consolidation du NASAMS comme système de défense aérienne à moyenne portée de référence au niveau mondial.
Dans les prochains mois, le gouvernement norvégien prévoit de soumettre au Storting deux projets spécifiques relatifs à la défense aérienne dans le cadre de la révision du budget de l’État 2023. Ces projets concernent notamment l’acquisition de missiles pour le NASAMS ainsi que la récupération de composants essentiels offerts précédemment au système. Une proposition visant à ajuster la portée de la défense aérienne de combat accompagnera ces mesures.
Kjetil Reiten Myhra, directeur de la division Systèmes de défense intégrés chez Kongsberg Defence, a déclaré : « Anticipant une coopération continue entre Kongsberg, Raytheon et le ministère de la Défense, nous cherchons à perfectionner le NASAMS en lui conférant la mobilité et la flexibilité opérationnelle nécessaires pour protéger efficacement les personnes et infrastructures critiques à l’avenir. »
Historique du NASAMS
Le National Advanced Surface-to-Air Missile System (NASAMS) est un pilier de la défense aérienne américaine, notamment utilisé pour la protection de la capitale Washington, D.C. Il intervient notamment lors d’événements majeurs comme l’inauguration présidentielle de 2005 et protège des sites sensibles tels que Fort Belvoir et le Centre naval de recherche de Carderock, à proximité de la Maison Blanche.
Depuis plusieurs années, plusieurs pays renforcent leurs capacités avec le NASAMS. La Lituanie, par exemple, a commandé la version NASAMS-3 en 2017, qui doit livrer deux batteries avant 2020. La même année, l’Australie a lancé un appel d’offres restreint attribué à Raytheon Australia pour développer un NASAMS terrestre à courte portée destiné à ses forces armées.
Dans ce cadre, Kongsberg Defence & Aerospace a été sélectionné par Raytheon Australia en juin 2019, via un contrat de 185 millions de dollars américains, pour fournir des composants clés du système. Raytheon Australia coordonne la livraison du NASAMS dans le cadre du programme Land 19 Phase 7B du gouvernement australien.
Les composantes fabriquées en Australie joueront un rôle central dans la version australienne du NASAMS Ground-Based Air Defence (GBAD), comme l’a précisé la ministre de la Défense Marise Payne après l’approbation initiale en avril 2017.
Début 2022, la production du matériel a progressé avec la finalisation des centres de distribution de feu et la boîte Mk2 destinée aux lanceurs NASAMS, avec une livraison prévue de trois lanceurs dans l’année. Par ailleurs, le Qatar a investi dans des missiles AMRAAM-ER, intégrés à son acquisition de NASAMS entamée en 2019.
En juillet 2022, les États-Unis ont alloué une aide militaire de 820 millions de dollars à l’Ukraine confrontée à l’agression russe. Celle-ci inclut plusieurs systèmes NASAMS, dans le cadre de l’Ukraine Security Assistance Initiative (USAI).
Selon un haut responsable américain, la coexistence en Ukraine de systèmes de défense aérienne soviétiques présente un défi particulier pour leur remplacement. Ce processus pourrait nécessiter de puiser dans les stocks norvégiens ou de recyclage d’unités retirées du service.
Le 29 juillet 2022, le Département américain de la Défense a lancé un contrat pour la livraison à l’Ukraine de deux batteries NASAMS, chacune comprenant douze lanceurs mobiles et six missiles. Le 24 août 2022, six batteries supplémentaires avec munitions ont été commandées toujours dans le cadre de l’USAI. La livraison a débuté fin 2022.
À son arrivée en Ukraine début novembre 2022, le NASAMS a prouvé son efficacité, avec un taux d’interception de 100 % contre les missiles russes le 15 novembre, selon le Pentagone. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a confirmé ce succès en soulignant que le système avait intercepté dix missiles sur dix ciblés.
Face à la demande croissante, les États-Unis ont sollicité l’aide de pays du Moyen-Orient pour accélérer la fourniture de NASAMS. Fabriquer ces systèmes à partir de zéro prendrait plus de deux ans. Selon Greg Hayes, PDG de Raytheon, les systèmes obtenus auprès de la région seront progressivement remplacés par du matériel neuf.
Greg Hayes a par ailleurs précisé : « Ce n’est pas parce qu’il faut 24 mois pour construire un NASAMS que la livraison aux utilisateurs devra attendre aussi longtemps. » En avril 2023, l’armée de l’air ukrainienne a déclaré que le NASAMS avait intercepté plus de 100 missiles et drones ennemis depuis son déploiement.