Alors que la Russie augmente la présence de ses avions peints [MiG-31 et Su-27] sur les pistes de ses bases militaires proches des zones de combat, l’Ukraine ne reste pas en reste dans un autre domaine. Elle déploie en effet des leurres gonflables en caoutchouc représentant ses principaux systèmes d’armes, fournis par ses partenaires occidentaux.
Des images ont récemment circulé montrant un leurre gonflable reproduisant un char Leopard 2A6 d’origine allemande. Le lieu et la date précise de ces photographies restent inconnus, mais le paysage suggère une période autour de la fin de l’été ou au début de l’automne. L’identité du fabricant de ce modèle gonflable demeure inconnue.
Ce leurre laisse une impression de piètre qualité. La taille de l’imitation ne correspond pas à celle du char réel : l’échelle est visiblement inférieure, à tel point qu’à l’œil nu on remarque une différence notable de dimensions. Un drone suicide aurait donc peu de chances de confondre ce leurre avec un char authentique, sauf si ses capteurs optiques sont de qualité médiocre.
La République tchèque, fournisseur de leurres de qualité
Si le producteur de ce leurre au Leopard 2A6 reste inconnu, il est établi que la République tchèque fournit des leurres gonflables à l’armée ukrainienne. Mais ces leurres tchèques se distinguent par une qualité nettement supérieure, notamment au niveau des proportions fidèles à l’original, des nuances de couleur et des détails minutieux. Ces caractéristiques rendent la tâche difficile aux opérateurs russes, et ces leurres tchèques attirent fréquemment les drones russes.
Au début de l’année, une entreprise implantée dans la ville tchèque de Děčín a été identifiée comme un fabricant de leurres haut de gamme pour l’Ukraine. Vojtěch Fresser, un employé de cette société, a confirmé une capacité de production étonnante atteignant jusqu’à 35 leurres de lance-roquettes HIMARS gonflables par mois. Toutefois, il n’a pas voulu préciser le volume exact de livraisons destinées à l’Ukraine, invoquant un secret militaire.
La présence de ces leurres pourrait expliquer pourquoi les forces russes affirment avoir détruit plus d’HIMARS qu’il n’en a réellement été déployé. Certains rapports évoquent en effet une destruction annoncée de 140 % du nombre de systèmes réellement livrés, ce qui laisse supposer qu’une part importante, potentiellement 40 %, des cibles soit constituée de leurres. Selon M. Fresser, « ces leurres sont sans aucun doute nos créations ».
L’importance stratégique des leurres
Le recours aux leurres dans un but de désinformation n’est pas une invention récente. Durant la Seconde Guerre mondiale, la victoire alliée, notamment lors du débarquement en Normandie, a reposé non seulement sur les sacrifices et la bravoure, mais aussi sur la désinformation des Forces nazies. Bien que conscientes d’un débarquement imminent, les troupes allemandes ignoraient la localisation exacte de cette opération.
Les Alliés, grâce à un agent double, déjouèrent les forces de Hitler en déployant à plusieurs kilomètres du vrai site une impressionnante série de leurres militaires : véhicules, blindés, chars et avions étaient simulés par des mannequins gonflables. Cette ruse amena les forces nazies à se déplacer en masse vers de fausses cibles.
De nos jours, l’utilisation de leurres gonflables reste un élément clé des stratégies militaires, notamment en Ukraine. Ces dispositifs fournissent un camouflage efficace aux systèmes d’armes réels et ont prouvé leur efficacité sur le terrain.
On peut établir un parallèle avec la revendication russe d’avoir détruit plus de 40 lance-roquettes HIMARS, qui semble contestable au regard du nombre livré à l’Ukraine. Il est probable qu’un grand nombre de ces « cibles détruites » étaient en réalité des leurres gonflables.
Les États-Unis également engagés dans la fourniture de leurres
Depuis le début de l’année, une augmentation notable de l’activité militaire aux États-Unis a été observée, notamment par le transport d’équipements militaires à travers au moins 24 États, via différents modes – aérien, terrestre et ferroviaire. Cette circulation a suscité des hypothèses sur leur destination finale, certaines évoquant des exercices militaires à venir.
Un élément surprenant de ce mouvement a été la visibilité de plateformes anti-aériennes russes sur certains trains américains, suscitant une interrogation. L’analyse approfondie de photographies a révélé qu’il s’agissait en réalité de leurres gonflables très réalistes, notamment des systèmes russes 9K331 Tor-M1 et S-300PS, chacun transporté sur des trains distincts.