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Pour la première fois, des images montrent la frégate chinoise améliorée de type 054A lançant le missile sol-air avancé HQ-16C, révélant ainsi les capacités renforcées de ce système de défense aérienne navale de moyenne portée. Le HQ-16C, évolution majeure de la série HQ-16, dispose désormais d’une portée portée de 70 km, apportant à la frégate améliorée des capacités de défense aérienne de zone accrues, et allégeant ainsi la dépendance de la flotte aux seuls bâtiments équipés du système Aegis.

Le HQ-16C n’est cependant pas la version la plus avancée de la famille HQ-16. Le modèle HQ-16FE, présenté au salon aéronautique de Zhuhai, atteint une portée maximale de 160 km. Il est destiné à équiper la future frégate Type 054B, qui bénéficiera ainsi d’un système de défense aérienne miniaturisé comparable à celui des navires Aegis. Théoriquement, la Type 054A améliorée pourra également exploiter ce missile plus sophistiqué, offrant à la quarantaine d’unités en service un accroissement significatif des performances à un coût maîtrisé.

Le missile HQ-16 est un missile de défense aérienne de moyenne portée développé en Chine par la Shanghai Aerospace Eighth Academy, entité du China Aerospace Science and Technology Corporation. Conçu pour une utilisation terrestre et navale, il a connu quatre phases d’amélioration aboutissant à un triplement de sa portée initiale. La version de base équipe déjà la frégate Type 054A et est lancée depuis le système de lancement vertical domestique JAK-16, le premier système de ce type polyvalent chinois capable d’embarquer à la fois le missile HQ-16 et des torpilles anti-sous-marines Yu-8.

Un missile à ailes delta recoupées, rapide et maniable

Le HQ-16 se distingue par ses ailes delta recoupées, un design qui concilie haute vitesse, portance importante et excellente manœuvrabilité. Lors de ses essais, il a démontré sa capacité à intercepter des cibles à très basse altitude sur mer ainsi que des cibles supersoniques à basse altitude, gage d’une efficacité élevée face aux menaces modernes. Son système de guidage combine des commandes sans fil, un guidage inertiel en milieu de vol, et un guidage radar semi-actif terminal, offrant une forte résistance aux contre-mesures électroniques. La portée maximale de la version initiale est d’environ 25 km avec une altitude d’interception maximale de 15 km, capable d’atteindre des cibles volant à moins de 10 mètres au-dessus de la mer.

La frégate Type 054A est équipée d’un système de lancement vertical JAK-16 à 32 cellules, pouvant embarquer jusqu’à 32 missiles HQ-16 en configuration anti-aérienne pure. Le navire dispose de quatre radars de conduite de tir, capables de guider simultanément huit missiles pour intercepter jusqu’à quatre cibles entrantes, offrant ainsi une bonne capacité d’anti-saturation pour la protection de la flotte.

Une portée triplée au fil des évolutions

Après les modèles HQ-16 et HQ-16A, des améliorations ont été apportées en réponse aux retours des utilisateurs, principalement pour augmenter la portée. Face à l’évolution des menaces avec des frappes de plus en plus longues distances et hors de zone immédiate, il devenait indispensable d’étendre la portée des missiles de défense aérienne. Ainsi ont été développés les HQ-16B (armée de terre) et HQ-16C (marine), partageant des performances similaires avec des différences mineures.

L’un des défis majeurs était d’accroître la portée tout en conservant les dimensions et le poids compatibles avec les systèmes de lancement verticaux existants. Cela a nécessité la mise au point d’un nouveau moteur-fusée solide plus performant. Cette extension de portée impose aussi des exigences plus élevées au système de guidage, notamment pour la version navale qui doit disposer d’une alimentation énergétique renforcée à bord afin de soutenir des capacités accrues.

Grâce aux efforts des ingénieurs chinois, un moteur de nouvelle génération a été développé. En conservant un volume et un poids proches de ceux des versions précédentes, la portée a pu être portée à 70 km, une performance qui place ce missile au niveau du Standard Missile-2 Medium Range (SM-2MR) américain.

Par ailleurs, l’augmentation de la vitesse a conduit à une réduction de la taille des ailes delta recoupées sur les versions HQ-16B/C. Ces ailes, tout en fournissant la portance nécessaire, génèrent aussi une traînée aérodynamique ; avec une vitesse accrue, la portance est davantage assurée par le corps du missile, permettant d’optimiser la forme des ailes pour réduire cette traînée et ainsi trouver un équilibre entre vitesse, maniabilité et autonomie.

Le système de guidage des HQ-16B/C combine un guidage inertiel statique, des mises à jour en vol via commandes, et un guidage radar actif/passif en phase terminale. Ces missiles disposent de deux modes d’attaque en phase finale : un mode radar actif pour les cibles à longue portée ou dans le cadre d’une saturation des défenses, et un mode semi-actif pour les cibles à moyenne et courte distance. Cette flexibilité permet d’exploiter au mieux la puissance des radars d’illumination du navire, généralement bien supérieure à celle des radars embarqués sur le missile, améliorant ainsi la résistance au brouillage et l’efficacité contre les cibles proches.

Pour maximiser le potentiel du HQ-16C, les derniers exemplaires de la série Type 054A ont été équipés d’un radar d’illumination à réseau phasé actif, en remplacement du radar mécanique à balayage classique. Ce radar de nouvelle génération offre plus de puissance, une précision accrue, et une meilleure résistance aux interférences, exploitant pleinement la performance accrue du missile.

Vers une nouvelle génération : le HQ-16F

Le dernier-né de la famille HQ-16 est le HQ-16F, qui peut être considéré comme un missile de nouvelle génération tout en restant compatible avec le système de défense aérienne HQ-16, à l’image de la coexistence des missiles Patriot PAC-2 et PAC-3. Ce missile se caractérise par un corps élancé et ne conserve que de petites ailes caudales. En effet, à haute vitesse, la portance est principalement assurée par le corps du missile, ce qui permet de supprimer les ailes, configuration désormais privilégiée pour les missiles longue portée. Par exemple, le missile intercepteur HQ-9, parent du HQ-16, ne comporte que de petites ailes arrière.

Le HQ-16F introduit aussi un contrôle par poussée latérale grâce à des propulseurs positionnés autour du corps. Ceux-ci s’allument au moment des corrections de trajectoire, permettant ainsi au missile d’effectuer des interceptions « latérales » pour mieux atteindre des cibles très rapides telles que les missiles balistiques tactiques.

La version export, baptisée HQ-16FE, affiche une portée maximale de 160 km, surpassant des missiles similaires comme le SM-2 Extended Range américain (120 km), le russe RIF-M (150 km) ou l’européen Aster-30 (120 km). Avec la mise en service de la frégate Type 054B, dotée de ce missile, la marine chinoise disposera d’une capacité de défense aérienne navale d’élite, rivalisant voire surpassant de nombreux bâtiments étrangers, et renforçant sa posture dans les opérations océaniques.