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Alors que le conflit entre Israël et la Palestine s’intensifie, deux porte-avions américains sont déployés en Méditerranée orientale, tandis que l’armée israélienne continue de regrouper des troupes en vue d’une possible incursion dans la bande de Gaza. Dans ce contexte tendu, le journal britannique The Sun a affirmé de manière soudaine que six navires de la marine chinoise (Armée populaire de libération, PLA) avaient été envoyés au Moyen-Orient en réponse à la détérioration de la situation.

En réalité, ce reportage relève du sensationnalisme. Bien que la marine chinoise dispose effectivement de six bâtiments dans la région, leur présence n’est aucunement liée au conflit israélo-palestinien. Ces navires appartiennent aux 44e et 45e escadrons d’escorte de la PLA, dont la mission principale est la protection des convois dans le golfe d’Aden. Les deux escadrons étaient déjà déployés dans cette zone bien avant le déclenchement des hostilités et n’ont aucun lien direct avec la crise actuelle. Le titre de The Sun est donc une exagération.

Pour préciser le calendrier :

  • Le 12 septembre, le 45e escadron d’escorte, composé du destroyer lance-missiles Urumqi, de la frégate lance-missiles Linyi et du navire de soutien Dongping Lake, est parti de Qingdao (province du Shandong) vers le golfe d’Aden afin de relever le 44e escadron.
  • Le 2 octobre, une cérémonie de rotation a eu lieu entre les 44e et 45e escadrons. Le 44e a ensuite effectué des visites dans plusieurs pays du Moyen-Orient le long de la mer d’Arabie, tandis que le 45e a poursuivi son patrouillage dans les eaux du golfe d’Aden et au large de la Somalie.
  • Le 7 octobre, un nouveau cycle de violences éclate entre Israël et la Palestine. Trois jours plus tard, le 44e escadron arrive à Mascate, capitale d’Oman, pour une visite amicale de cinq jours, après quoi cette escale marque le début de leur tournée.
  • Le 14 octobre, le 44e escadron quitte Oman après un exercice naval conjoint avec la marine royale omanaise. Le 18 octobre, il arrive au port de Shuwaikh au Koweït pour une visite de cinq jours, avant de procéder à un exercice commun avec la marine koweïtienne.

En somme, depuis le début du conflit israélo-palestinien, les deux escadrons chinois présents dans la région effectuent des missions d’escorte ou de visite. Ils ne se sont jamais approchés de la mer Rouge ni de la Méditerranée orientale, et encore moins impliqués dans le conflit.

Cependant, si la situation au Moyen-Orient venait à se dégrader davantage, avec une escalade du conflit israélo-palestinien affectant d’autres États et zones stratégiques pour la Chine ainsi que la sécurité de ses ressortissants, ces escadrons de la PLA pourraient modifier leur mission. Dans ce cas, ces six navires se révéleraient être un atout majeur.

Un précédent existe : en 2015, lors de la guerre civile au Yémen, le 19e escadron d’escorte de la PLA patrouillant alors dans le golfe d’Aden fut immédiatement envoyé vers les ports d’Aden et de Hodeida pour des opérations d’évacuation. Cette mission impliquait les navires Linyi, Weifang et Weishan Lake, ainsi que des forces spéciales. Après plusieurs jours critiques, la marine chinoise a pu évacuer avec succès 670 ressortissants chinois ainsi que 279 étrangers provenant de dix pays différents.

En 2023, au déclenchement de la guerre civile soudanaise, menaçant la sécurité des Chinois sur place, la marine chinoise fut de nouveau mobilisée. Les navires Nanning et Weishan Lake du 43e escadron d’escorte se dirigèrent vers la côte de la mer Rouge pour procéder à des évacuations, illustrant la capacité et la volonté de la PLA à protéger ses citoyens à l’étranger.

Le fait que The Sun s’intéresse soudainement à ce déploiement chinois déjà ancien suggère que la présence de la marine chinoise dans cette région est perçue comme un élément dissuasif potentiel. En effet, la mer Rouge est une zone sensible, directement accessible au sud d’Israël et considérée comme un point faible dans son dispositif de défense. La marine américaine, présente au nord de la mer Rouge, appuie Israël dans la neutralisation des attaques depuis le sud, ayant déjà intercepté 19 missiles de croisière et drones.

Le conflit israélo-palestinien récent souligne l’importance pour la marine chinoise de maintenir une force navale dans le nord de l’océan Indien et la mer d’Arabie. Cette région, proche de plusieurs foyers géopolitiques majeurs, est aussi cruciale pour les routes énergétiques et commerciales maritimes de la Chine. Y maintenir une présence assure à Pékin la capacité de réagir rapidement face à des événements imprévus.

Depuis 2008, la marine chinoise déploie en continu un escadron d’escorte dans le golfe d’Aden, généralement composé de deux frégates de guerre et d’un navire de soutien. Cette présence constante est essentielle pour sécuriser les voies maritimes et intervenir efficacement dans les crises au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, comme en témoignent les évacuations au Yémen et au Soudan.

Par ces déploiements permanents, la marine chinoise a accumulé une expérience considérable, testé ses matériels et formé son personnel aux opérations en haute mer sur de longues distances. Cela constitue une base solide pour ses futures missions et renforce son expertise stratégique.

Avec ses escadrons d’escorte et la base logistique implantée à Djibouti, la stratégie chinoise dans le nord de l’océan Indien et au Moyen-Orient s’éclaire clairement. Les rapports de The Sun, en plus d’être tardifs, manquent de perspective globale. Si les médias occidentaux tendent souvent à déformer les actions de la PLA en les présentant comme une menace, ils reconnaissent au moins la présence et la capacité dissuasive de la marine chinoise dans cette zone sensible.

Source : Wang Yanan