La fin du programme Eurofighter en Allemagne semble imminente, conséquence directe du refus allemand d’autoriser la vente des chasseurs Eurofighter Typhoon britanniques à l’Arabie saoudite.
Michael Schölhorn, PDG d’Airbus Defense and Space et président actuel de l’Association allemande de l’aérospatiale (BDLI), a récemment tiré la sonnette d’alarme sur la situation critique du programme Eurofighter. Son intervention fait suite à l’échec d’une tentative britannique de convaincre Berlin d’approuver une nouvelle vente à Riyad.
Lors d’une conférence de presse organisée par la BDLI à Berlin le 13 octobre, Schölhorn a souligné l’impérieuse nécessité de lancer une nouvelle série de production du Typhoon, dite Tranche 5, dès 2025 afin d’éviter toute interruption dans la fabrication.
Selon les plans actuels, la production allemande d’Eurofighter doit s’achever en 2030 avec la livraison des derniers appareils de la Tranche 4 (contrat Quadriga, 38 chasseurs) à la Luftwaffe. Ce calendrier engendrerait une pause d’une décennie dans les commandes de chasseurs pour l’industrie aéronautique militaire allemande, alors même que l’entrée en service opérationnel des futurs avions SCAF/FCAS, développés en partenariat avec la France et l’Espagne, n’est pas attendue avant 2040.
Airbus redoute un effondrement majeur du secteur, avec des pertes d’emplois massives et un déclin significatif de la filière aéronautique militaire en Allemagne. Le groupe insiste ainsi sur l’urgence d’une décision de la part du ministère allemand de la Défense concernant la commande d’Eurofighter Tranche 5.
Un client important mais réticent : l’Arabie saoudite
Dirk Hoke, PDG d’Airbus Defense and Space, prévoit une commande allemande d’environ 40 Eurofighter pour la Tranche 5, tandis que l’Espagne pourrait acquérir 25 appareils supplémentaires dans le cadre du projet Halcon 2. Il a rappelé que les exportations sont indispensables pour assurer un niveau de production économiquement viable d’au moins dix avions par an.
Environ 100 Eurofighter devraient ainsi être fabriqués entre 2030 et 2040, au prix unitaire estimé entre 100 et 120 millions d’euros.
Or, l’embargo allemand sur les exportations de Eurofighter à destination de l’Arabie saoudite reste ferme. Cette position, fortement soutenue par le parti écologiste, principal groupe politique en Allemagne, a d’ailleurs résisté à une intervention personnelle infructueuse du Premier ministre britannique, démontrant la détermination de Berlin à maintenir ce gel.
Quels autres débouchés pour le Eurofighter ?
Pour Michael Schölhorn, d’autres marchés d’exportation potentiels pourraient être explorés, notamment en Turquie, auprès de plusieurs membres de l’OTAN, mais aussi en Autriche et au Qatar.