Peu après le déclenchement du conflit israélo-palestinien, les États-Unis ont rapidement déployé le groupe aéronaval centré autour de l’USS Ford pour soutenir Israël. Toutefois, les observateurs ont constaté que ce groupe aéronaval évoluait principalement dans les eaux éloignées de la Méditerranée orientale, évitant de se rapprocher des côtes israéliennes, comme s’il craignait une menace particulière. Par ailleurs, le groupe aéronaval de l’USS Eisenhower est également en route, mais malgré la présence de deux groupes aéronavals, la marine américaine continue de s’abstenir de s’approcher des côtes israéliennes en raison des menaces persistantes depuis la terre ferme.
Une menace probable : les missiles anti-navires de Hezbollah au Liban
La cause principale de cette prudence réside très probablement dans la menace que représentent les missiles anti-navires détenus par le Hezbollah, force paramilitaire soutenue par l’Iran et implantée au sud du Liban. Selon des sources fiables, le Hezbollah dispose d’au moins deux types de missiles : le missile Noor, subsonique et fabriqué en Iran, et le Yakhont, missile supersonique russe exporté vers la Syrie. Le missile Noor a une portée d’environ 150 km, tandis que le Yakhont peut atteindre jusqu’à 300 km.
En observant la trajectoire suivie par le groupe aéronaval de l’USS Ford, il apparaît que cette prudence est justifiée puisque les navires américains restent systématiquement au-delà de la limite des 300 km, hors de portée des missiles Yakhont.
Le Hezbollah, soutenu de longue date par l’Iran, a souvent été en conflit avec Israël depuis les années 1980. Pour contrer la marine israélienne, il s’est équipé de missiles côtiers destinés à renforcer la sécurité de ses rivages.
L’origine des missiles : le Noor iranien et le Yakhont syrien
Le missile Noor est une copie iranienne du missile anti-navire chinois C802. Importé en masse dans les années 1990, l’Iran en a produit plusieurs versions sous ce nom. Quant au Yakhont, bien que la Russie n’ait jamais exporté ce missile supersonique directement au Hezbollah ou à l’Iran, il a été vendu à la Syrie, qui aurait fourni un certain nombre de ces missiles au Hezbollah, bien que leur nombre reste limité.
Durant la guerre civile syrienne, la collaboration entre le Hezbollah, l’Iran et le gouvernement syrien a permis à ce dernier de fournir des missiles Yakhont en échange du soutien militaire du Hezbollah sur le terrain. Avec sa portée de 300 km, le Yakhont représente une menace conséquente pour la marine israélienne et peut même atteindre le territoire israélien plus en profondeur.
Il est important de noter que l’Iran n’a pas seulement fourni ces missiles, mais a également contribué à la mise en place d’un système de combat anti-navire complet. En 2006, par exemple, la marine israélienne avait subi la destruction partielle de sa frégate INS Hanit, touchée à la poupe par un missile Noor during a blockade off the Lebanese coast, causant notamment la destruction d’un hélicoptère embarqué et faisant quatre morts.
Outre le Hezbollah, les rebelles Houthi au Yémen ont également reçu des missiles Noor de la part de l’Iran. Ces derniers ont réussi à endommager un navire de guerre saoudien ainsi qu’un navire rapide émirati, et même à menacer un destroyer américain : en 2016, le USS Mason a échappé de justesse à une attaque au missile Noor dans la zone contrôlée par les Houthis, grâce à ses systèmes de contre-mesures.
Une menace réelle mais maîtrisée
Bien que le Noor ne soit pas le missile le plus avancé technologiquement, il reste un danger significatif. La possession de ces armes par le Hezbollah leur permet de menacer les forces navales dans une vaste zone de la Méditerranée orientale. La mission principale de l’USS Ford n’est d’ailleurs pas destinée au combat, mais plutôt à un soutien symbolique en faveur d’Israël et à une forme de dissuasion vis-à-vis des pays arabes, d’où une posture prudente de la marine américaine.
Le porte-avions USS Ford est le plus avancé de la flotte américaine, et il semble peu probable qu’une poignée de missiles Yakhont puisse à lui seul briser la défense d’un groupe aéronaval. De plus, les capacités de surveillance du Hezbollah étant limitées, la détection d’un groupe aéronaval à plus de 300 km paraît difficile, s’appuyant souvent sur des trajectoires de croisière en haute altitude pour permettre aux missiles de se verrouiller automatiquement sur leurs cibles.
Le système de combat Aegis, installé sur au moins quatre navires d’escorte autour de l’USS Ford, est conçu pour détecter et intercepter ce type de menace. Une attaque surprise au missile Yakhont semble donc peu plausible.
Un équilibre stratégique délicat
La principale crainte des États-Unis ne réside pas tant dans la menace concrète des missiles Yakhont que dans le risque d’escalade. Si l’USS Ford s’approchait trop près des côtes libanaises et que le Hezbollah lançait un missile par erreur, Washington se retrouverait face à un dilemme : ne pas répondre serait perçu comme un signe de faiblesse, tandis que répliquer risquerait d’étendre le conflit en ouvrant un second front pour Israël, forçant une intervention américaine plus importante.
Par ailleurs, les États-Unis, actuellement concentrés sur le soutien à l’Ukraine et sur la stratégie d’endiguement de la Chine dans la région Indo-Pacifique, ne souhaitent pas s’engager durablement au Moyen-Orient, comme le montre l’absence de déploiement permanent de porte-avions dans l’océan Indien.
Ainsi, le déploiement prudent du groupe aéronaval USS Ford en Méditerranée orientale traduit bien les arbitrages stratégiques complexes auxquels fait face la marine américaine dans cette région sensible.