Une nouvelle usine dédiée à la production des systèmes anti-aériens S-400 a été inaugurée à Moscou, au sein du parc industriel de Rudnevo. Ce nouvel établissement a été construit par les autorités moscovites et devrait prochainement être remis à la société Almaz-Antey, spécialisée dans la fabrication de systèmes de missiles antiaériens.
Selon des informations provenant de sources fiables à Moscou, la construction de ce bâtiment s’est achevée en un temps record de seulement 8,5 mois, grâce à l’utilisation de modules industriels préfabriqués. Actuellement, cette usine sert principalement à l’assemblage des composants majeurs du système S-400. Les experts soulignent qu’il ne s’agit pas d’un transfert de production, mais plutôt d’une extension significative des capacités industrielles d’Almaz-Antey.
Ce nouveau site accueillera l’intégralité du cycle de production, ainsi que les essais méticuleux des équipements commandés par le ministère de la Défense russe, concentrant ainsi toutes les étapes de fabrication au sein d’une seule installation.
Pas encore de production de masse
Si la rapidité de construction de l’usine a suscité l’attention, notamment dans les médias ukrainiens, il faut préciser que seules les infrastructures sont aujourd’hui achevées. L’installation des lignes de production est encore en cours, ce qui retarde le lancement opérationnel de la fabrication à grande échelle dans cette nouvelle usine.
Par ailleurs, certains analystes envisagent que cette installation pourrait à terme produire non seulement des systèmes de défense aérienne, mais aussi une gamme plus étendue d’armements liés à la défense antimissile.
Possibilité de production des missiles 48N6 modifiés
En septembre 2023, la Russie a révélé un projet visant à transformer les missiles anti-aériens 48N6 du système S-400 en missiles quasi-balistiques capables de frapper des cibles terrestres. Ces variantes améliorées pourraient présenter des modifications du rayon d’action, du système de guidage et de la configuration de la charge militaire.
Dans ce contexte, il est plausible que la nouvelle usine de Moscou ait pour objectif principal la fabrication de ces versions reconfigurées des 48N6, tout en continuant la production classique des S-400 dans d’autres installations.
L’Inde, un partenaire stratégique clé
Si l’apparition de cette nouvelle usine semble liée à la situation géopolitique actuelle, notamment au conflit en Ukraine, certains spécialistes estiment que l’initiative remonte à bien plus loin. Dès 2010, des discussions avaient été engagées pour accroître la capacité de production des systèmes S-400 en lien avec des exportations majeures.
En effet, la commande importante passée par l’Inde en octobre 2018, d’un montant de 5,43 milliards de dollars, a accéléré les efforts de production en Russie. Cette commande, qui représentait un tournant stratégique, a entraîné une impulsion majeure pour répondre aux demandes du partenaire indien tout en continuant à fournir les forces russes.
Extension industrielle en Russie
Dans le cadre de l’expansion des capacités de production des systèmes de défense aérienne, plusieurs sites clés ont été modernisés ou étendus en Russie. Parmi eux, l’usine Obukhovsky à Saint-Pétersbourg, l’atelier Avitek à Kirov et le complexe NMP à Nijni Novgorod jouent un rôle crucial dans la fabrication des S-400 et des systèmes plus avancés comme le S-500.
Cette dynamique ne se limite pas à la défense aérienne. La Russie investit également dans la production d’avions de combat, tels que les Su-57, Su-30, Su-34 et Su-35, tout en développant des capacités de fabrication de drones, notamment des drones kamikazes en collaboration avec l’Iran.
Par ailleurs, la volonté d’augmenter la production de chars se traduit par des investissements accrus dans l’usine Uralvagonzavod et ses sites satellites, permettant un flux continu de matériel militaire malgré les pressions extérieures.
Des chiffres impressionnants
Début 2023, le président Vladimir Poutine a souligné lors de sa visite à l’usine Obukhovsky la capacité de production exceptionnelle de cette installation, supérieure à celle de ses homologues mondiaux. Bien que les chiffres précis des productions chinoises ou nord-coréennes restent inconnus, cette plante russe représenterait à elle seule une production supérieure à celle de l’ensemble des membres de l’OTAN réunis, illustrant son rôle central dans la défense aérienne mondiale.